Marcelle, c’est un urinoir pour femmes et sans chasse d’eau, hygiénique et écolo. Encore peu répandus, ils ont un petit quelque chose en plus qui pourrait faire la différence : ils permettent, comme le fait leur pendant masculin, de récolter l’urine… ensuite utilisée comme matière fertilisante. “L’urine est un engrais efficace”, entame Louise Raguet, designeuse française de l’urinoir Marcelle. Riche en phosphore et en azote, elle offre effectivement les nutriments nécessaires à la croissance des plantes, “dont nous mangeons les fruits. Et dont les nutriments ressortent dans l’urine”. La boucle est bouclée !

© Louise Raguet

À petite ou grande échelle

Contrairement aux matières fécales, “l’urine est salubre en sortant et ne comprend pas de microbes pathogènes, ce qui permet une utilisation rapide, sans risque sanitaire”, motive Louise Raguet.

À l’échelle individuelle, un pipi dilué dans 10 litres d’eau peut être directement épandu dans le potager. “À plus grande échelle, l’urine est stockée pendant trois mois afin que le pH augmente naturellement et tue les bactéries. On obtient le lisain, équivalant du lisier animal.” Enfin, il est possible de transformer l’urine pour n’en garder que les nutriments (et filtrer les éventuels résidus médicamenteux). Un procédé plus coûteux et énergivore, davantage envisagé à l’échelle d’un quartier.

© Louise Raguet

Monnaie courante il y a un siècle, “c’est une alternative crédible”, insiste Louise Raguet. Des recherches le confirment, notamment celles menées, en France, par OCAPI (Programme de recherche&action sur les systèmes alimentation/excrétion urbains et la séparation à la source des eaux usées). Elles montrent “un potentiel fertilisant similaire entre les engrais naturels à base d’urine et les engrais azotés de synthèse.” En outre, la valorisation de l’urine permettrait une production locale d’engrais alors même que les matières fossiles contenues dans les solutions synthétiques sont limitées et polluantes.

Assainir les cours d’eau

En bout de course, ce procédé permet de limiter la pollution des cours d’eau favorisée par le système du tout-à-l’égout. “En France, on estime que 40 % de l’azote n’est pas traité par les stations d’épuration et finit dans les rivières, où il favorise le développement d’algues asphyxiant le milieu aquatique”, commente Louise Raguet.

Récolter l’urine à la source aurait, enfin, l’avantage de rendre les procédés de traitement des eaux usées moins intensifs en énergie et moins émissifs en gaz à effet de serre.