La Ressourcerie namuroise a mobilisé son réseau pour produire des milliers de visières de protection durables à destination du secteur médical et social. 

En temps normal, la Ressourcerie namuroise valorise les déchets comme ressources. De la collecte d’encombrants, ses travailleurs fabriquent du mobilier ensuite revendu dans ses magasins. Alors, quand les activités de collecte ont été supprimées ; lorsque la menuiserie et les magasins ont fermé leurs portes, Marc Detraux, directeur général de la coopérative namuroise, a cherché comment celle-ci pouvait apporter sa pierre à l’édifice de la solidarité. « En tant qu’entreprise d’insertion animée par une vision forte de sa responsabilité sociétale, nous ne pouvions pas rester à l‘arrêt », commente-t-il.

La Ressourcerie, dont l’activité est la restauration, l’upcycling, le remanufacturing, avait à sa disposition des machines numériques, dont une découpeuse laser. Ancré dans le tissu local associatif et économique, Marc Detraux a cherché un ingénieur pour développer un modèle de visière de protection et pour en assurer la production sur la machine mise à disposition par la Ressourcerie. Un partenariat a été rapidement scellé avec OpenFlow, dont les ingénieurs sont impliqués dans le processus de transition, et plus particulièrement avec la famille Demarteau. « Père et fils se sont relayés plusieurs jours 24h/24 », raconte-t-il. Au total, 2000 pièces ont été produites au tout début de la crise sanitaire et ont été distribuées au personnel médical ainsi qu’aux CPAS et aux maisons de repos de la province.

Des visières plus durables

Ces visières, produites dans l’urgence, « avaient leurs limites et n’étaient pas hyper-solides », admet Marc Detraux. « Il faut dire aussi que le plastique, ce n’est pas très durable… Il s’agissait donc de réfléchir à une manière de faire tenir le produit dans le temps », poursuit celui dont le coeur du métier est de prolonger le cycle de vie des objets.

Une deuxième collaboration a dès lors vu le jour, avec la start-up namuroise Timbtrack. Spécialisée dans les outils de mesure pour le secteur forestier, elle a transformé son process pour produire des visières intégrales, « plus confortables, plus solides, facilement nettoyables » et dès lors beaucoup plus durables que les précédentes.

Entre temps, les équipes de la Ressourcerie avaient été mises au chômage pour cas de force majeur - la différence de salaire étant compensée par la Ressourcerie. « Nous avons proposé aux employés de travailler bénévolement et d’ainsi participer à l’assemblage des visières », précise le directeur général. Grâce à une levée de fonds, la start-up a pu en produire 5000 pièces, distribuées gratuitement auprès du réseau mis à sa disposition par Marc Detraux.

Répondre à la demande massive du secteur social

La semaine du 11 mai cependant, les collectes, la menuiserie et les magasins de la Ressourcerie namuroise reprendront du service. « Nous n’allons plus pouvoir mobiliser les équipes autour de l’assemblage », prévient-il. Pourtant, les demandes continuent de lui parvenir massivement. Elles émanent principalement des secteurs qui offriront à nouveau leurs services dans des conditions sanitaires compliquées : garderies, crèches, institutions pour personnes handicapées, services d’aide à la jeunesses… Les magasins de la Ressourcerie namuroise (Namur, Florenne et Andenne) serviront dès lors de point de relais pour la distribution de ces visières, vendues cette fois au prix coûtant (16 euros/pièce).

« La mission de notre entreprise est de recréer de la valeur ajoutée pour participer à un monde plus durable. En proposant de répondre, à notre échelle, à des problématiques sociétales - qu’elles soient environnementales, économiques ou sociales - nous sommes au coeur de cette finalité », ponctue-t-il.