Johan Corsini et Chloé Prieur avaient mis toutes leurs économies dans l’achat d’une maison. Une jolie maison avec jardin, mais avaient peu de compétences pour lui donner un premier coup de frais. "J’ai mis quatre jours à tailler la haie… c’était ridicule !", commente-t-il quelques années plus tard. Plus de sous pour faire appel à un jardinier…

Il serait tellement plus simple de pouvoir échanger des services, se dit le couple. Johan est doué en informatique, il aime ça et a des compétences à faire valoir… "Et puis, en déballant les caisses, on s’est rendu compte de tous ces objets qui ne nous étaient en fait plus utiles. On aurait aimé pouvoir leur donner une deuxième vie", poursuit-il.

De là est née l’idée de créer une plateforme qui permettrait d’échanger biens et services, sans débourser un euro… mais bien des mercis ! Le Merci, c’est une "monnaie alternative solidaire et écoresponsable" qui permet de "faciliter la vie des gens et de participer à l’avènement d’une société différente en se détachant de l’argent", entame Johan Corsini.

Associer écologie et économie

Ces Mercis sont ainsi la monnaie d’échange de biens et de services proposés par des particuliers sur la plate-forme virtuelle "Merciki". Les transactions se font donc en Mercis, que l’on gagne en vendant des objets ou en rendant des services, et que l’on réutilise sur la plateforme en achetant des objets ou des services dont on a besoin. Ceci en favorisant l’économie circulaire et le développement durable.

L’objectif est double : économique et écologique, "deux concepts qui sont rarement associés", soulève Johan Corsini. "Nous voulons rendre l’écologie accessible à tous", poursuit-il. C’est ainsi que depuis son lancement, en juin 2019, la plateforme a permis aux 11 000 inscrits d’échanger 2 000 biens et services, équivalant à économiser l’émission de 20 tonnes de CO2. "L’impact est direct et concret", commente son cofondateur.

Un outil de géolocalisation permet aux utilisateurs de voir les offres disponibles près de chez lui. Assez naturellement, ces échanges se font à une échelle locale. Le contraire aurait d’ailleurs été une ineptie écologique ! Ceci a l’avantage de "créer un écosystème pour une économie plus fidèle à nos valeurs" et de souder une communauté…

Dépasser les barrières sociales

Car par le biais de l’échange de biens et de services, la finalité de Merciki est de "recréer le lien distendu entre les gens" en s’affranchissant des "barrières sociales". "On tenait à sortir du schéma selon lequel de généreux donateurs donnent à de malheureux nécessiteux", précise Johan Corsini. Grâce à l’usage d’une monnaie alternative, chacun peut se rendre utile à la communauté, indépendamment de ses moyens financiers.

L’inquiétude n’est-elle pas de voir des citoyens compétents se substituer aux professionnels ? "Non. Il s’agit de services que l’on souhaite ponctuels et qui ne requièrent pas une expertise élevée… Et on s’adresse à des personnes qui, par manque de moyens, n’auraient de toute façon pas fait appel à un professionnel", objecte Johan Corsini. D’ailleurs, lui et ses associés planchent sur le développement d’une version dédiée aux entreprises. Elle leur permettrait d’échanger, entre elles, matériel et services. "C’est particulièrement utile pour des entreprises qui n’ont pas beaucoup de trésorerie", souligne-t-il. De plus, "il existe une volonté politique en Région Bruxelles-Capitale et en Région wallonne de créer une monnaie interentreprises avec l’objectif de faciliter les échanges et l’économie circulaire". Du côté des professionnels, l’accueil a été "favorable". "Elles se disent prêtes à s’engager pour une économie plus juste", se réjouit Johan Corsini.

Le SEL numérique… et au-delà

L’idée n’est en réalité pas neuve. Les SEL, ces groupements de personnes mettant des ressources à disposition les unes des autres selon une unité d’échange propre, existent déjà au niveau local. Merciki est en quelque sorte un SEL numérique. "Nous ambitionnons d’être LE SEL numérique", abonde Johan Corsini. Merciki accueille déjà l’un ou l’autre SEL et souhaite "mettre à disposition la plateforme pour que d’autres écosystèmes puissent y vivre". Une sorte de "Facebook durable", ose Johan Corsini.

Cela dit, "on ne se définit pas comme une plateforme numérique", tempère-t-il. "Mais comme une communauté de personnes qui utilisent ces outils numériques - car ils sont efficaces - provoquer des interactions concrètes, créer du lien, rapprocher les gens, faciliter les contacts."

Aujourd’hui, 85 % des échanges concernent des biens. Si le Covid n’aide pas à rééquilibrer la balance, les fondateurs de Merciki entendent bien donner un coup de pouce aux échanges de services, davantage vecteur de rencontre.

GiveActions: quand la publicité a un impact positif

GiveActions favorise les gestes solidaires depuis son smartphone.

Traditionnellement, d’aucuns soutiennent les causes qui leur tiennent à cœur en versant de l’argent ou en donnant de leur temps à l’association de leur choix.

Elias Printz, Gaspard Merten et Maxime Van der Meerschen, fondateurs de GiveActions, proposent une troisième voie et, du même coup, un modèle alternatif de publicité, taillé pour les "entreprises à impacts positifs", que ceux-ci soient environnementaux, sociaux ou culturels.

Les jeunes entrepreneurs sont partis du constat que nombreux sont ceux qui, entre 18 et 35 ans, souhaitent apporter leur soutien au secteur associatif ; nombreux sont aussi ceux qui, dans cette tranche d’âge, manquent de moyens financiers. Expérimentant ce désir de "changer les choses et d’aider la planète" sans le pouvoir, ils ont développé "une application qui permet à toutes et à tous de soutenir des projets depuis leur smartphone, gratuitement", résume Elias Printz.

Cette application présente une série de projets associatifs. Partant de là, l’utilisateur choisit celui qu’il soutient. En regardant deux vidéos publicitaires d’entreprises éthiques (triées sur le volet selon une charte précise), il finance ledit projet. "Une part de ce que les entreprises payent est utilisée pour planter des arbres, offrir des repas aux sans-abri, créer des réserves naturelles, nettoyer les déchets plastiques des rivières, protéger des animaux", illustre M. Printz.

Une alternative au modèle dominant

Grâce à cette plateforme publicitaire, les entreprises "gagnent en visibilité auprès d’un public qu’elles ont du mal à atteindre et augmentent leur impact positif." Les associations bénéficient quant à elles de fonds et de visibilité auprès de ce même public. Celui-ci en ressort plus conscient des enjeux d’une consommation responsable et peut, qui plus est, constater l’impact de son geste via l’application.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes constamment happés par la publicité. "Elle est intrusive et pousse sans cesse à la surconsommation", commente Elias Printz. Lui veut changer ce paradigme. Avec GiveActions, l’utilisateur choisit de regarder une publicité qui émane d’une entreprise jugée éthique par GiveActions. L’application espère devenir la plateforme publicitaire des entreprises à impact. Entreprises éthiques, secteur associatif et jeunesse engagée : voilà le trio sur lequel mise GiveActions pour "créer un écosystème d’acteurs du changement".

Lancée en septembre 2019, GiveActions compte 23 000 utilisateurs en Belgique et en France. Ceux-ci ont permis de créer 4 000 km2 de réserve naturelle, de planter 4 000 arbres, de fournir plus de 750 repas aux sans-abri et de parrainer 135 000 abeilles. Le projet a récemment reçu le prix SE’nSe remis par la Fondation pour les générations futures.