3500 kilos. c'est la quantité de déchet que produit en moyenne le Belge chaque année, si on compte la production de déchets ménagers à laquelle s'ajoutent les déchets industriels liés à sa consommation. « On consomme de plus en plus de produits de moins en moins bonne qualité », regrette Jean-Marc Caudron, président de RESSOURCES, la fédération belge des entreprises sociales et circulaires. Ceci complique le défi que s’est fixé le secteur du réemploi : traiter 8 kg de déchets par habitant - pour le moment, il n'en est qu'à 3kg – en prolongeant la durée de vie de ces produits ou matières plutôt que de les jeter.

Les brocantes et les plateformes de revente entre particuliers sur le web participent à ce mouvement. Mais à côté d'eux, il existe une foule d'acteurs, professionnels du secteur. Pensons aux Petits Riens, actifs depuis… 70 ans !

Récolte de vêtements et autres encombrants, nettoyage, réparation, les Petits riens proposent des produits de 2e main et accomplit, grâce aux bénéfices générés, son objet social. Impact environnemental, social et économique, voilà les leviers qu’actionnent les entreprises d'économie sociale et circulaire actives dans la récupération. "En agissant en circuit court, elles créent du service à la collectivité et dynamisent l'économie locale", résume Jean-Marc Caudron.

Mon déchet, ta ressource
Depuis ses débuts, Inspire se penche sur les initiatives de réemploi et va à la rencontre de ceux qui innovent pour rendre notre économie davantage circulaire. Circulaire, car les déchets des uns y constituent les ressources des autres.

"Il existe plusieurs filières du réemploi",explique Jean-Marc Caudron : celle du textile est la plus importante, suivie des appareils électriques et électroniques. La troisième filière est celle des encombrants (meubles, livres, jouets, vélos…). « Ces objets ont encore un potentiel d’utilisation », soulève Jean-Marc Caudron. Tels quels ou en changeant leur usage premier...

© Jean-Luc Flemal

Et puis, il y a le traitement circulaire des biodéchets : du pain pour faire de la bière, de la drêche de brasserie ou du marc de café pour faire pousser des champignons… Des initiatives comme Permafungi, Le champignon de Bruxelles, La Miche ou Beerfood utilisent ainsi des déchets produits localement pour produire, toujours au niveau local, des aliments. "Il convient maintenant de les faire changer d'échelle pour que notre économie devienne circulaire", analyse Jean-Marc Caudron.

© Olivier Papegnies

© Marie Russillo

Pour ce faire, il est important d'embarquer dans cette transition des secteurs particulièrement polluants comme celui de la construction. Un vivier énorme en termes d'opportunité de réemploi puisqu'il est responsable d'un tiers des déchets produits en Belgique. Si le choix de matériaux durables pour peser le moins possible sur nos ressources est primordial, Jean-Marc Caudron met l'accent sur la "déconstruction sélective": lors de démolition, plutôt que de tout jeter dans un container, sans distinction, trions ce qui peut encore être utilisé : isolant, panneaux de bois, sols… C'est ce que fait notamment Be-Module, en construisant des espaces de bureaux modulables issus en grande partie de matériaux de réemploi récupérés ailleurs.

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En termes de récup, une tendance se marque particulièrement ces derniers temps : le partage de biens. Usitoo, une bibliothèque d'objets, Kidsbox, qui prête des jouets pour enfants, Coucou Shop, magasin de location de vêtements, sont autant d'exemples de ce que l'on appelle l'économie de la fonctionnalité. Elle consiste à acheter des usages et les services qui leur sont liés plutôt que de posséder des objets que l’on utilise de manière occasionnelle. "En mutualisant ces biens, on intensifie leur utilisation. Cela permet de produire moins et diminue donc l’impact sur l’environnement", commente Jean-Marc Caudron. C'est l'objectif que poursuit également le mobilier évolutif, qui grandit avec l'enfant.

© Jean-Luc Flémal

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Une tendance qui s’immisce tout doucement au sein même des multinationales. Certaines font place à la 2emain et aux activités de réparation. « Espérons que cela influence la durabilité des produits qu’elles mettent sur le marché », soulève cependant Jean-Marc Caudron.

Enfin, de plus en plus de personnes essaient de tendre vers le zéro déchet. Des magasins alimentaires comme The Barn - qui fait la part belle à la vente en vrac - ou non alimentaire comme Yuman Village les y aident.

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Des écueils

Aujourd'hui, l'activité de préparation au réemploi - collecte, nettoyage et réparation des biens- est subsidiée par les autorités publiques. Une nécessité pour garantir la pérennité d'un secteur qui subit de plein fouet la concurrence d’acteurs mettant sur le marché des biens neufs de mauvaise qualité, vendus à bas prix. "Le consommateur n'est pas incité à acheter des biens issus du réemploi quand il a accès à des produits neufs à moindre coût", déplore Jean-Marc Caudron. Le coût environnemental et le manque à gagner social et économique sont par contre immenses. "Il est grand temps d'appliquer ce que l'on dit depuis longtemps : produire moins mais produire mieux, des biens de qualité, qui soient réutilisables et réparables", insiste Jean-Marc Caudron.

Avant la mise en décharge et donc l'incinération, on trouve le recyclage. Il capte aujourd’hui la plus grande partie des flux de déchets. Pourtant, "il est essentiel de changer la logique de collecte et de donner la priorité au réemploi", insiste Jean-Marc Caudron. Les Régions semblent avoir pris la mesure du défi. A elles de mettre en place un cadre légal favorisant autant que possible ce mode de traitement.

L’économie du réemploi est-elle structurelle ? Nous vous proposons, dans ce podcast long format, un état des lieux de ce qui existe en termes de réemploi. 30 minutes pour mieux comprendre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du traitement des déchets que nous produisons.