Live in Color se mobilise pour la confection de masques en région liégeoise. Mehdi, étudiant afghan en couture, en est à l'initiative.

Mehdi a 19 ans. Depuis plusieurs semaines déjà, ce jeune demandeur d’asile afghan coud. Il coud des masques. D’abord, à destination de son entourage, puis du personnel de Live in Color , une association liégeoise de soutien aux réfugiés par laquelle il est suivi. « Il avait envie de nous donner un peu de ce qu’il avait reçu » , commente Nadine Lino, fondatrice de l’ASBL. « Quand je suis arrivé en Belgique, on m'a aidé. Aujourd'hui, la Belgique a besoin d’aide et je souhaite apporter la mienne à la population » , confirme Mehdi, étudiant en couture.

"Couturier, c’est mon métier"

Avant d’arriver en Belgique, Mehdi était couturier dans des grandes usines afghanes. « C'est mon métier, alors c'est facile pour moi » , commente-t-il. « Pour une partie des réfugiés, la couture fait encore partie des traditions » , remarque Nadine Lino. Il y a dans ces communautés un vivier de compétences. Le jeune homme coud « un peu tous les jours » et parvient à fabriquer 50 masques tous les deux ou trois jours, précisant:  « Mais je peux faire plus. ».  À côté de Mehdi, son ami Mortaza et trois mamans afghanes se sont mis au travail.

Malgré sa bonne volonté, l’équipe a fait face à une pénurie de tissu. « Mais grâce aux entrepreneurs de notre réseau et à la solidarité citoyenne, nous avons pu récolter les matériaux nécessaires à la confection de 200 masques suivant les recommandations 'qualité' du milieu médical» , précise Nadine Lino. Des colis de tissus et d’élastiques sont ainsi livrés au domicile des couturiers avant d’y être récoltés et distribués aux bénéficiaires de Live in Color. « Il ne faudrait pas que les plus précarisés - les sans-abri, les réfugiés - soient laissés sur le carreau » , commente-t-elle. Et de dénoncer le « manque de clarté du fédéral quant à la nécessité du port du masque » . Dans l’inconnue, « le citoyen prend les choses en main ! »

À l’échelle locale, cependant, les choses semblent bouger puisque la ville de Liège aurait sollicité le concours de différents fabricants pour aider à la confection de masques à plus grande échelle. Live in Color attend encore de voir quel rôle elle y jouera. « Notre large réseau de réfugiés se met au service de la population , se réjouit Nadine Lino. En temps de crise, les dés sont relancés… On constate que toutes les compétences sont les bienvenues. C’est un fameux pied de nez. » « Paradoxe de l’histoire, après trois ans sur le territoire et un avenir prometteur dans le milieu de la couture, Mehdi s’est récemment vu refuser le droit à un titre de séjour » , soulève Nadine Lindo . Le jeune homme a fait appel de la décision.

Un projet plus global

Si Mehdi a donné l’impulsion de la production de masques, cette initiative fait partie d’un projet plus large déposé par Live in Color auprès de la Fondation Roi Baudouin, institution par laquelle l’ASBL a été contactée pour bénéficier de fonds. « Nous avons remis plusieurs projets comprenant la confection des masques, la poursuite des cours de français, la livraison de colis alimentaires et de carte 4G ainsi qu’un suivi psychologique » à destination des Mena (mineurs étrangers non accompagnés) et des familles réfugiées suivis par l’ASBL. L’objectif est de maintenir le contact avec son public, mais aussi de traiter les problèmes administratifs auxquels il continue de faire face : « Les déménagements, inscription au CPAS après l’obtention d’un titre de séjour, le soutien aux jeunes et aux familles qui n’ont plus de moyens de subsistance, celles qui sont à la recherche d’un logement » , détaille Nadine Lino. « C’est un véritable plan d’urgence corona » mis en place pour soutenir ce public vulnérable.