Quand, Jonathan et moi, nous avons eu notre petite fille, qui a maintenant 8 ans, nous avons été couverts de cadeaux, nous raconte Delphine de Hemptinne. Si on a reçu des choses super chouettes, certaines aussi n’étaient pas du tout adaptées. Des jouets ne correspondaient pas à l’âge de l’enfant indiqué sur la boîte. Il y en a qui n’avaient même pas la norme CE de sécurité. D’autres se disaient éducatifs et ne l’étaient pas. Certains étaient carrément catastrophiques sur le plan développemental." C’est que cette maman, que l’on pourrait a priori dire bien exigeante (à juste titre) pour son enfant, sait de quoi elle parle. Logopède de formation et diplômée d’un master en science de l’éducation, elle a suivi une formation sur les troubles de l’enfance, au Canada en lien avec l’Université de Laval.

Autant dire, comme elle n’hésite d’ailleurs pas à le faire, qu’elle a "un certain bagage dans le trouble développemental", elle qui a travaillé une dizaine d’années, notamment dans un centre de consultations en pédopsychiatrie à Uccle, sur base du jeu avec ses jeunes patients. Pourquoi ? Parce que "c’est à travers le jeu qu’on va les aider à dépasser pas mal de difficultés, nous dit-elle. J’avais à cœur de sensibiliser les parents pour faire en sorte qu’ils aident leurs enfants par ce média, leur rappeler toute l’importance du jeu dans le développement de l’enfant".

Inondée de cadeaux souvent peu judicieux à la naissance de sa fille, Delphine de Hemptinne s’interroge. "C’est de là qu’est née une réflexion. Je travaille par le jeu, que ce soit en raccrochage scolaire ou avec des patients fragilisés. De par ma formation et mon expérience, je sais toute l’importance que cela a pour le bon développement de l’enfant, de la famille, etc. Et je voyais autour de moi que les gens ne savaient pas trop vraiment quoi offrir."

Des informations objectives sur les jeux et jouets

"Si on regarde dans les magasins, il y a des milliers et des milliers de références, des boîtes dans tous les sens, poursuit la jeune maman. Si on cherche des jouets sur Internet, il n’y a pas beaucoup d’informations objectives. Il y a de la publicité, énormément, du placement de produit ou des blogueurs qui ont reçu une boîte et qui vont dire que c’est génial. Mais ce qui me manquait beaucoup, c’était des informations vraiment objectives, des conseils ou des analyses qui ne soient pas commerciales."

"Jouons malin" est né de cette réflexion. "Du croisement de la clinique pratique avec les patients et de l’envie de remettre plus de familles au jeu et de l’expérience personnelle avec notre fille et de l’entourage qui ne savait pas quoi acheter et qui achetait des choses pas toujours convaincantes. Mon compagnon et moi, nous nous sommes dit qu’il y avait quelque chose à faire. C’est ainsi que nous avons développé le site Jouonsmalin.com sur lequel on analyse les jeux et jouets qui sont vendus dans le commerce. Nous ne vendons rien sur le site. Nous avons refusé toute publicité. Et il n’y a pas de liens affiliés, ce qui signifie que nous ne redirigeons pas vers Amazon et Cie. C’est un choix que nous avons fait parce que nous voulions vraiment garder une objectivité totale", insiste Delphine de Hemptinne.

Jouons malin est donc financé par d’autres activités du couple, notamment dans le développement informatique et d’édition. "Nous avons donc voulu investir ce qui rentrait dans notre société dans un projet social qui aura un impact, en l’occurrence jouonsmalin.com", qui s’est donné pour mission d’informer objectivement, de sensibiliser et d’encourager les familles, les collectivités, les écoles à se remettre au jeu.

Des experts pour réaliser les analyses

Encore faut-il savoir comment s’opère la sélection des articles présentés en ligne et recommandés par le site. "Pour les analyses qui sont le cœur du projet, nous prenons environ 12 heures par jeu, jouet ou livre, explique la cofondatrice de jouonsmalin.com. Ce sont donc des analyses super complètes, basées sur la littérature scientifique. Pour chaque catégorie de produits, nous avons regardé ce qu’il fallait passer en revue. On n’analyse pas un jouet comme on analyse un puzzle, une balle comme on analyse un jeu de société. Nous avons environ 200 critères. Les grandes catégories sont : l’apparence, de manière objective. On ne dit pas qu’un jouet est beau ou qu’il ne l’est pas. S’il y a par exemple une impression, on regarde si elle est nette, ou pas. D’autres critères sont la solidité, la conception technique, l’utilisation pratique, les compétences éducatives. Dans chacune de ces catégories, il y a toute une série de questions. Comment la taille, le poids ou le niveau sonore sont-ils adaptés au public ? Y a-t-il une conscience environnementale ? Les pièces du puzzle sont-elles bien découpées ?"

La sélection des produits se base donc sur les critères de grilles bien précises, remplies par une quinzaine d’experts (psychologues, logopèdes, kinés, médecin, psychomotriciens…), dont certains sont canadiens. Mais aussi des grilles adaptées qui sont, elles, remplies par des familles, collectivités et écoles testeuses.

Les étapes avant d’atterrir sur le site

En pratique, comment ça se passe ? "Nous repérons un jeu ou un jouet que l’on veut analyser, explique Delphine de Hemptinne. Nous envoyons un exemplaire à l’expert qui remplit sa grille de critères, idem pour la famille testeuse qui a sa propre grille. Celle-ci constituera davantage une grille d’observation : comment l’enfant utilise-t-il le jouet ? Est-il pratique ? Solide ? Ensuite, nous récoltons les grilles, nous rédigeons un texte et, au moyen d’un algorithme, nous donnons une note au produit analysé. Enfin, nous publions cela, avec une photo, sur le site. Pour l’instant, nous achetons encore environ la moitié des produits et nous en recevons l’autre partie, en toute indépendance. Et toujours dans un souci d’objectivité maximale."

La récup’ pour se fournir à petit prix en jeux et matériel éducatif de qualité

Pour les raisons que l’on sait, l’année 2020 a bouleversé la vie et les projets de la plupart d’entre nous. Les concepteurs de jouonsmalin.com n’y ont pas échappé. "Cette année, nous devions organiser pas mal de gros événements, comme un congrès et un salon dédié au jeu éducatif. Mais avec l’arrivée du Covid il a fallu tout annuler, explique Delphine de Hemptinne. C’est pourquoi nous avons lancé La récup’, un concept que nous voulions mettre en place depuis longtemps."

Ici encore, l’idée est venue d’une simple observation : "On sait que les jouets s’accumulent et que, quand les enfants grandissent, on ne sait plus vraiment bien quoi en faire. Via le site jouonsmalin.com, on nous avait souvent demandé de proposer des jeux, jouets, livres d’occasion. Et on n’avait jamais eu le temps de le faire… Le Covid nous a permis de nous lancer dans ce projet par la force des choses. Ce fut chose faite fin décembre 2020."

Une place de marché

La récup’ est une place de marché qui met en contact des particuliers qui désirent revendre des jeux, des jouets, des livres et du matériel éducatif de seconde main avec des particuliers qui souhaitent en acheter à petit prix.

En d’autres mots, "Monsieur et Madame Tout-le- monde peuvent venir vendre des jeux, des jouets éducatifs, des livres… Le principe consiste à mettre en contact des vendeurs et des acheteurs", résume Delphine de Hemptinne, qui insiste sur deux choses importantes à ses yeux. "Premièrement, il faut que l’on puisse faire une présélection. On craignait que, très vite, quelqu’un mette en vente une table à langer, une poussette ou tout autre objet qui n’a rien à faire sur cette plateforme. Nous filtrons tout ce qui n’est pas pertinent. Nous voulions que cela reste dans le jeu, le jouet, le livre et le matériel éducatif et pédagogique. Nous analysons donc toutes les annonces et nous les validons avant de les mettre en ligne.

La deuxième chose qui était importante pour nous est la sécurité au niveau du processus pour s’assurer par exemple que l’on recevra bien l’objet qui a été mis en vente et qu’il arrivera à bonne destination. On fonctionne avec un paiement sur un compte tiers, ce qui donne toutes les garanties à l’acheteur de recevoir le bon produit avant qu’il soit débité. Cela permet d’éviter toute mauvaise surprise."