C’est un petit air de Bourgogne qui bondit à l’horizon. Juché sur sa colline, rehaussé de sa pierre blanche de Gobertange et de son église qui tend les bras au ciel, le village de Saint-Remy-Geest est presque un phare brabançon qui veille sur la Hesbaye alentour.

“C’est ici que tout a commencé, il y a une quinzaine d’années”, se réjouit Marc Huynen depuis le parvis de l’église paroissiale. À l’époque, il est amené à se pencher sur l’avenir de cet édifice du XVIIIe siècle, fermé aux visiteurs la majorité du temps. Il ressuscite alors dans son esprit les souvenirs d’un voyage en Finlande. Là-bas, il avait découvert une carte du pays, recensant toutes les églises dites “ouvertes”. “Tout de suite, avec mon épouse, nous avons été frappés par l’accueil, par des jeunes qui, en certains lieux, guidaient les visiteurs, par la musique de fond, le soin floral, les informations sur la vie locale que nous retrouvions au sein de ces édifices religieux…”

À partir de Saint-Remy-Geest, et entouré de toute une équipe, Marc Huynen lance alors l’association “Églises ouvertes”. Il s’agit d’un réseau (indépendant de l’église institutionnelle) qui aide les paroisses qui le souhaitent à ouvrir leurs édifices aux voisins, visiteurs, voyageurs, touristes, randonneurs… à les mettre en valeur, à y promouvoir des expositions, des visites ou des concerts.

Très vite, en quelques années, le réseau se répand en Belgique, dans de nombreux départements de France, au Luxembourg et, progressivement, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse. Au total, “Églises ouvertes” accompagne 500 clochers (essentiellement catholiques, mais pas seulement), dont 350 en Belgique.

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Remettre les églises au milieu des villages

“L’objectif est vraiment de rendre ce lieu de culte, financé par les deniers publics, accessibles à tous”, expliquent Martine Van den Bergen et Eve Boidron, membres coordinatrices de l’association. Rien de plus frustrant en effet que de tomber sur des portes fermées (ce qui arrive encore) au détour d’une balade ou d’un voyage, tant les églises de Belgique et de France recèlent des trésors patrimoniaux, historiques, culturels et religieux. Pour ces édifices, il n’y a d’ailleurs pas pire contresens que d’être fermés, eux qui ont toujours eu pour vocation d’être des oasis de prière, d’accueil, de rencontre, de célébration et d’intériorisation.

“Nous souhaitons donc remettre les églises au milieu des villages. En faire des lieux accueillant ou chacun se sent le bienvenu, où l’on peut se rencontrer, prendre du temps, découvrir et mieux comprendre le patrimoine qui nous entoure”, poursuivent Martine Van den Bergen et Eve Boidron.

Par son expertise, ses services et ses conseils (notamment pour mettre en valeur les lieux à travers des photos ou des descriptions historiques), l’association aide les paroisses, sans rien imposer, si ce n’est une charte. Cosignée par les deux parties, elle stipule notamment que l’église doit être ouverte au moins trois jours par semaine, que des brochures et éventuellement un fond musical rendent le lieu accueillant. “En réalité, nous ne faisons qu’encourager, conseiller, allumer une mèche. Après, ce sont les habitants du quartier ou du village qui reprennent le lieu en main, qui y choisissent et coordonnent des activités.”

Les projets de l’association ne s’arrêtent pas là. Elle propose notamment aux villages et quartiers de former de jeunes ambassadeurs bénévoles qui peuvent accueillir les visiteurs et les guider dans les édifices. “Églises ouvertes” aime citer à cet égard l’exemple de l’église Notre-Dame de l’Assomption à Mont-devant-Sassey, dans le nord de la France, un fleuron du patrimoine meusien dont les visiteurs sont passés de 300 à 10 000 par an, notamment grâce aux jeunes du village.

Tout est donc fait pour que dans les quartiers où l’on se connaît moins, pour que dans un village devenu dortoir, l’église devienne un lieu carrefour où se nouent des liens. C’est d’ailleurs parce qu’elle redevient le centre de l’attention de tous qu’elles demeurent soignées, et qu’on y évite aussi de nombreux vols – souvent passés inaperçus lorsque l’église était fermée, insiste l’association qui offre des conseils aux fabriques d’église pour sécuriser les édifices, mais aussi pour les rendre plus durables et écologiques.

À Saint-Remy-Geest comme ailleurs, un livre d’or porte les témoignages des passages, des visites, la trace d’une intention, d’une prière ou d’un partage. “À travers quelques lignes rédigées en indien ou en chinois, on découvre que les gens viennent parfois de loin et découvrent nos régions”, se réjouissent Martine Van den Bergen et Eve Boidron.

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Des circuits à vélo pour passer d’églises en bistrots

Pays verviétois, La Roche-en-Ardenne, région de la Haute Senne… L’association offre une grande diversité de circuits à suivre à pied, en vélo ou en voiture pour découvrir un coin de Belgique, passer d’églises en églises et s’arrêter dans les magasins de produits locaux, dans les restaurants et les bistrots voisins. Tout est ainsi fait pour développer le tourisme de proximité et relier les édifices religieux aux initiatives de la région. Les dépliants qui présentent ces circuits sont de véritables petits guides historiques, culturels et touristiques. Une application est par ailleurs téléchargeable offrant pour chaque lieu une quantité d’informations.

Les journées de juin

“Églises ouvertes” organise également chaque année des Journées spécifiques qui présentent d’ordinaire une grande quantité d’activités. Elles se tiendront cette année les 5 et 6 juin. De nombreux lieux ouvriront ainsi leurs portes et organiseront – pour certains – des expositions ou des visites dans le respect des normes sanitaires. Toutes les informations concernant l’agenda des activités, des Journées ou des circuits sont à retrouver sur le site https://openchurches.eu/fr.

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Que peut-on faire dans un édifice religieux ?

"Osons”. Tel est le conseil que l’association glisse aux paroisses. Oser contacter les étudiants des académies régionales ou les artistes locaux pour qu’ils exposent leurs œuvres. Oser organiser des pièces de théâtre, des cours de cuisine biblique, des lectures littéraires, installer des tables pour que les étudiants puissent venir faire leur blocus… Les idées qu’“Églises ouvertes” propose aux paroisses (qui sont libres ou non de les suivre) sont innombrables et originales. Certaines (comme le fait de loger dans l’église) soulèvent cependant des questions, par ailleurs d’actualité au sein des évêchés qui réfléchissent à l’avenir des édifices.

Car s’il faut ouvrir les portes et permettre aux églises de renouer avec leur vocation qui est celle de rassembler, tout le défi – confie un prêtre – est de trouver le juste équilibre pour maintenir la spécificité du lieu, sans risquer de le banaliser.

Une question en cours de réflexion

Une église ne sera en effet jamais une salle culturelle comme les autres. Pour tous, croyants ou non, une église parle de l’humanité, de la soif d’espérance qui habitait ceux qui l’ont bâti dans l’anonymat, comme pour mieux montrer qu’ils se donnaient à quelque chose de plus grand qu’eux. Pour le catholique, Dieu y est réellement présent. Et elle est un lieu privilégié de rencontre avec lui.

Permettre à chacun de pousser les portes et de goûter de nouveau à la richesse de ces édifices est le souhait de l’association “Églises ouvertes” et de l’institution ecclésiale en Belgique. Mais la question de l’équilibre entre la spécificité du lieu et l’audace nécessaire pour le redynamiser est encore en voie de discernement. Chaque diocèse bénéficie ainsi d’un service ou d’une commission d’art sacré. Au niveau interdiocésain se développe aussi le Cipar – le Centre interdiocésain du Patrimoine artistique et religieux – qui multiplie à son tour les initiatives pour protéger et découvrir ce patrimoine religieux.

>>> A noter: Une conférence en ligne avec l’historienne de l’art Laurence Louis, portant sur la cohabitation entre culte et culture, se tiendra ce 6 mai à 20h. Elle est notamment organisée par le Centre culturel Stavelot-Trois-Ponts. Infos : https://ccstp.be/event/la-culture-a-leglise/

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