L'Incredible Company poursuit ses activités malgré le confinement. Elle y prône une résilience bien nécessaire en ces temps de chamboulements.

La situation de confinement est inédite pour les citoyens belges. « Cela secoue, fait émerger des doutes », observe Vincent Vandoorne. Ceux-là même sont source de questionnements : sur le monde dans lequel on vit, le fonctionnement de nos sociétés… « De ces questionnements émergent des interrogation liées au développement personnel », poursuit l’un des fondateurs de l’Incredible Academy.

Depuis 2019, la coopérative néo-louvaniste proposait aux employés des entreprises de construire et gérer un potager sur leur lieu de travail et d’ainsi « apprendre les gestes de résilience maitrisés par leurs grands-parents ». A ces activités de connexion avec la nature et le vivant se sont ajoutées celles favorisant une meilleure connexion à soi-même et aux autres : yoga, pleine conscience, intelligence collective, communication non-violente, cuisine, nutrition, biodiversité…

La demande n’a pas tari avec le confinement. Que du contraire. L’Incredible Academy a donc dû remplir sa mission première: faire preuve de résilience « au moment même où tout le monde en a besoin », commente son cofondateur. Elle a ouvert ses ateliers aux particuliers, a mis en place une permanence potager et poulailler, des visioconférences interactives animées par ses formateurs. « Nous avons organisé des cours de chant, de yoga, des ateliers de production de pain, des groupes parole autour des difficultés rencontrées en confinement… »

Faire son pain pour éviter les files à la boulangerie, augmenter le rythme des séances de yoga pour faire du sport à l’intérieur, lancer un potager pour produire ses propres légumes (et occuper de manière constructive les enfants), mettre en place un poulailler pour avoir des oeufs frais tous les matins. « On remarque que de plus en plus de gens s’y sont essayés », commente Vincent Vandoorne. « Ces moments sont favorables à l’expérimentation. Les gens réapprennent la résilience : cette capacité à faire face aux adversités de la vie, transformer la douleur en force motrice pour se surpasser et en sortir fortifié ». Celle dont ils font preuve à leur échelle. Mais pas seulement. « Les accompagner grâce à ces activités a d’autant plus de sens dans ces moments-ci que les citoyens s’aperçoivent de la fragilité du monde dans lequel ils vivent et se rendent compte de l’importance de la souveraineté dans tout ce que l’on fait. » « Aujourd’hui, il me semble que la société est en demande d’une résilience stricte. » Entendez : que nous soyons capables de produire localement pour répondre à la demande de la population. « On le constate avec la production alimentaire et de masques pour laquelle on ne veut pas être dépendant et souffrir d’un manque d’approvisionnement »

Quel rôle pour les entreprises ?

La première question que Vincent Vandoorne se pose, pour l’après-crise, est de savoir « comment les entreprises traiteront leurs employés ». « Les forces vives vont-elles être mises sous pression afin de rattraper le retard accumulé pendant la crise ou se dirige-t-on vers un traitement plus humains des équipes ? »

Car cette demande de changement, elle se fait aussi ressentir au niveau des entreprises. D'après Vincent Vandoorne, « les employés n’ont plus envie que seuls comptent les bénéfices. » « On constate un changement de mentalité dans le grand public. Mais les grands patrons seront-ils aussi prêts à changer certaines lignes budgétaires de leurs plans pour favoriser la transition ? » La société dans laquelle nous vivons ne pourra opérer sa mue que si le monde de l’entreprise se joint à la sphère privée, pense-t-il. « Les grandes entreprises doivent assumer un rôle dans le processus de transition. »

Pour ce faire, Vincent Vandoorne a quelques idées en tête, notamment celle d’accompagner les grandes entreprises non plus dans la mise en place de leur potager mais de leur… maraicher, « afin de produire fruits et légumes pour les employés ». Les avantages sont nombreux : « on assure un large approvisionnement, on connait la provenance des produits, leurs traitements, cela favorise le contact avec la terre des employés, qui donnent du sens et de l’utilité à leurs pauses », motive-t-il.