Ce sont des masques un peu particuliers qui ont vu le jour au sein de l’entreprise de travail adapté bruxelloise Brochage-Renaître. Au centre du traditionnel bandeau en coton est cousue une protection centrale transparente qui découvre la bouche de la personne qui le porte, là où les masques classiques l’occultent. Ces masques ont été pensés pour les personnes sourdes et malentendantes. Celles-ci « utilisent très souvent le langage des signes, mais toutes lisent aussi sur les lèvres, précise Pascale van der Belen, directrice d’Info-Sourds. On ne se rend pas compte à quel point les personnes malentendantes entendent avec les yeux. »

Une entreprise de travail adapté qui s’adapte

Parmi les travailleurs en situation de handicap de l’entreprise de travail adapté (ETA) Brochage-Renaître, on compte plusieurs personnes malentendantes pour qui « nous avions le souhait de trouver une solution », raconte Sabine Charlier, la directrice. Cette ETA spécialisée dans le brochage d’imprimés - dont les activités avaient été réduites à peau de chagrin et le personnel mis en chômage temporaire - a donc revu entièrement ses activités pour répondre à la demande de ce « public en détresse » et ainsi continuer de participer à l’inclusion de personnes en situation de handicap. En outre, « la production de masques a permis d’assurer l’emploi d’une quinzaine de nos travailleurs ‘extra’ ordinaires » sur les 116 travailleurs que compte l’entreprise.

En quelques jours, Mme Charlier a développé un modèle répondant aux normes et en a décliné le processus de production en onze étapes « simples ». C'est « la clé, pour que notre public de travailleurs puisse les confectionner », précise-t-elle. Dans l’atelier de l’ETA, installé à Evere, chaque travailleur est assigné à une tâche bien précise qu’il répète tout au long de la journée. « S'ils sont habitués à manipuler des machines, ils ont fait preuve d’une incroyable capacité d’adaptation puisqu’ils se sont formés à cette activité en quelques jours », acquérant de ce fait de nouvelles compétences, poursuit notre interlocutrice. « Ils ont été excessivement enthousiastes et fiers d’apprendre de nouvelles choses », commente encore Sabine Charlier. « Le fait que ce soit une initiative solidaire dont ils peuvent parler facilement est valorisant. »

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Faciliter la communication

La Cocof a d’ores et déjà commandé 10 000 pièces à distribuer aux associations bruxelloises d’aide aux personnes en situation de handicap pour répondre à la demande des personnes sourdes et malentendantes, mais aussi des personnes autistes ou très sensibles au langage non verbal.

Et « au-delà de la lecture labiale, tout le monde a besoin de voir le sourire, les expressions du visage, le non-verbal, pour bien comprendre un message vocal », estime Sabine Charlier. Ces masques pourraient donc répondre aux besoins d'un public bien plus large. Puéricultrices, institutrices, médecins, kinés ont d'ailleurs déjà fait appel à ses services. « Si la demande augmente, nous ouvrirons une deuxième ligne de production », souligne-t-elle.

Les masques, vendus au prix coûtant, peuvent être commandés par les particuliers via le webshop de l’entreprise.