Le jour et l’heure ont été fixés à l’avance. Le téléphone sonne. Une voix demande de s’installer confortablement, de s’isoler si possible. Et puis, elle entame son récit : un conte, un texte, un slam. Seule importe la voix, qui relie deux personnes d’un bout à l’autre du fil, qui tisse un lien entre celui qui dit et celui qui écoute. C’est d’ailleurs ce que signifie « Lalela » : écouter, en langue zoulou, c'est le nom du projet lancé par Laurent Develay et Lune. Le plaisir d’offrir ou de s’offrir une « parenthèse enchantée » en compagnie d’un comédien ou d’un conteur qui récite une texte choisi au préalable. « Ceux-ci sont le plus souvent lus par leur auteur et adapté à l'écoute téléphonique », précise Laurent Develay.

Si ce sont majoritairement des « textes positifs » - histoire de ne pas plomber davantage l’ambiance - il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. « C’est une expérience sensorielle d’une dizaine de minutes », transcendée par « la magie de la voix, du texte et des émotions qu’ils suscitent ».

Combiner l'art et la création de lien

Lalela « se trouve à l’intersection entre une approche artistique et la création d’un lien social perdu ou étiolé pendant la période de confinement », commente Laurent Develay. La voix impose la proximité, elle « implique une relation intime. » Si le projet se veut tout public, il entend s’adresser plus particulièrement aux personnes isolées ou en situation précaire. Les fondateurs de Lalela ont d’ailleurs proposé un partenariat à des homes, CPAS, associations article 27 ainsi qu’à la Ligue braille.

Parallèlement, alors que le secteur culturel est à l’arrêt depuis la mi-mars, Lalela est une manière, pour les comédiens, de « renouer avec le public ». Jusqu’à devenir une alternative pérenne ?

Un modèle à professionnaliser

A ses début, Lalela a bénéficié du soutien de la Maison du conte et de la littérature du Brabant Wallon, un coup de pouce essentiel pour ses initiateurs, deux passionnés de littérature. Cependant, le projet fonctionne uniquement grâce à des volontaires, de la confection du site internet aux comédiens et conteurs. « L’objectif, après l’été, est de professionnaliser le modèle et de rétribuer justement les artistes », projette Laurent Develay, qui ne manque pas de révéler « l’état sinistré du secteur culturel ». Pour ce faire, les porteurs de ce projet actif sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont à la recherche de subsides.