La grande boucle de Bicloo, de la chambre à air au portefeuille

Inspire

Valentine Van Vyve

Publié le - Mis à jour le

Bicloo utilise les chambres à air de vélos usagées pour fabriquer localement des pièces de maroquinerie.

La grande boucle de Bicloo, de la chambre à air au portefeuille
© D.R.

Valentin De Rodder a usé les pavés, sillonnant les routes durant plus d’une décennie à la rencontre des vendeurs de vélos du Hainaut. Travaillant alors dans l’industrie du cycle, il se rend compte, au fil de ses pérégrinations, des aspects “peu reluisants” du secteur : provenance lointaine des matériaux, mauvaises conditions de travail, montagnes de déchets… L’impact environnemental, économique et social de cette passion qu’il nourrit pour la bicyclette lui saute aux yeux.

En 2018, à la faveur d’un tour d’Europe en van, il découvre des initiatives d’upcycling à la base de pièces de vélo. À Budapest et à Turin, des petits bricoleurs redonnent vie à ces matériaux de manière artisanale. De retour en Belgique, il souhaite s’inspirer de ce qu’il a découvert, “y ajouter les normes de l’industrie” et faire en sorte que son projet crée de la valeur économique locale et de la valeur sociale.

Plus aucune chambre à air à la poubelle

Quelques années plus tard, “Bicloo” voit le jour. “Pour les cyclistes, le biclou désigne une vieille bicyclette qui roule encore mais qui ne séduit plus. Un peu à l’image des vieilles chambres à air que nous valorisons.”

En 2020, il met en effet en branle le large réseau qu’il s’est tissé dans le secteur du cycle. Désormais, les vendeurs et ateliers de vélo donnent des chambres à air… qui leur reviennent quelques semaines plus tard sous forme de maroquinerie à vendre sur leurs étals . Pochette de téléphone, porte-monnaie, portefeuilles et porte-cartes (“grâce à sa surface adhésive, il tient mieux dans la poche et constitue une sorte d’antivol naturel”), housses, pochettes, plumiers, sac banane et ceintures. Mais aussi des accessoires de sport tels que la précieuse sacoche de selle qui contient… la nouvelle chambre à air. La boucle est bouclée !

© D.R.

“Il y a dans ce projet une dimension écologique évidente, explique Valentin de Rodder. En s’inscrivant dans l’économie circulaire et le recyclage, l’ambition est que plus une seule chambre à air ne finisse à la poubelle”. Car question déchets, le constat est saisissant : “Un magasin de vélo jette en moyenne 30 chambres à air par semaine. Extrapolé au nombre de magasins et ateliers, les chiffres sont insensés”. Les tenanciers des magasins, s’ils ont d’abord “ouvert les yeux ronds”, ont “surtout vu dans cette initiative une opportunité : celle de diminuer leur volume de déchets”.

Valentin de Rodder garde néanmoins l’esprit critique. “Quand un vélo remplace une voiture, on ne peut que se réjouir. Mais un vélo produit, ce sont aussi des déchets créés. On estime que 130 millions de vélos sont vendus par an dans le monde, soit environ 4 par seconde”, souligne-t-il.

Réunir les trois dimensions de la transition

S’inscrivant dans la mouvance du zéro déchet, il verrait bien ses produits atterrir dans des magasins de vrac, de zéro déchet (non-food), de mode éthique et durable ou “de barber shop vendant des accessoires de mode pour hommes”“Le projet vise à favoriser l’économie et la création d’emplois au niveau local”, ajoute-il.

Valentin de Rodder le concède : il n’est “ni créateur, ni designer”. Par contre, il a su s’entourer de personnes compétentes en couture et capables de traiter le caoutchouc. “En plein confinement, je me suis mis à la recherche d’une équipe qui m’aiderait à mettre en forme mes idées”, raconte-t-il. Rapidement, se noue un partenariat avec l’entreprise de travail adapté Les érables. Deux personnes y ont ainsi été formées pour fabriquer les produits de Bicloo, conférant au projet sa dimension sociale et solidaire.

Des applications pour l’industrie

Les choses ont été vite. Peut-être portées par le boom du vélo cette dernière année. Les prototypes ont été lancés en septembre 2020 et, en décembre, les premiers articles étaient en magasin. Quant aux défis à venir, ils sont nombreux, à entendre Valentin de Rodder. “Il faudrait maintenant construire des displays pour les magasins afin de faciliter la récolte des vieilles chambres à air”, propose l’entrepreneur. Voire de “créer une filière à partir de ce déchet orphelin dans les parcs à containers”.

Les idées ne manquent pas. Les débouchés non plus. Dans la lignée du zéro déchet, “on pourrait imaginer utiliser la chambre à air en guise d’emballage ou encore comme isolant”, suggère-t-il. “Je suis dans l’innovation, la recherche pour créer d’autres applications pour l’industrie. J’imagine notamment que la chaîne de production puisse lui être mise à disposition pour différents projets.” Et d’appeler à “du jus de cerveau” dont il a cruellement besoin pour poursuivre le développement de ses idées.

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