Correspondant en Allemagne

Le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie et une association anti-nucléaire d’Aix-la-Chapelle réclament avec force la fermeture des centrales atomiques belges de Tihange et Doel.

Dans un texte adressé au ministre fédéral de l’Environnement, le chrétien-démocrate Peter Altmaier, les ministres régionaux de l’Environnement et de l’Economie - le vert Johannes Remmel et le social-démocrate Garrelt Duin - l’ont prié d’œuvrer en faveur de la déconnection des réacteurs proches de la frontière allemande ou, pour le moins, d’empêcher la prolongation de leur fonctionnement.

Evoquant les microfissures observées dans les deux réacteurs belges, Johannes Remmel souligne le danger "d’un grave accident et d’une émission de radioactivité pouvant avoir des conséquences considérables sur la population" du Land qui compte 17 millions d’habitants et pèse un poids très lourd dans l’économie allemande.

Les deux centrales belges étant seulement distantes de 60 et de 120 kilomètres de la Rhénanie du Nord - Westphalie, des vents forts pourraient contaminer le bassin de la Ruhr.

Le ministre fédéral Altmaier, qui n’est pour sa part pas un adversaire du nucléaire, n’a pas répondu publiquement à l’avertissement du gouvernement rouge-vert de Düsseldorf.

De son côté, l’association "Stop Tihange" d’Aix-la-Chapelle révèle qu’en septembre Manfred Schrauben, chef du département surveillance et contrôle de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge, a refusé de recevoir une délégation d’activistes allemands, sous prétexte que de tels entretiens pouvaient seulement être menés avec des ressortissants belges. Suite à ce refus, les militants anti-nucléaire ont invoqué le droit d’information et de non-discrimination garanti par la convention d’Aarhus, ce qui amené l’AFCN à accepter de répondre à leurs questions par e-mail.

Ce comportement est d’autant plus incompréhensible que le 18 octobre aura lieu à Wunsiedel, en Bavière, une rencontre entre l’exploitant de la centrale controversée tchèque de Temelin, et des bourgmestres bavarois, l’office de contrôle bavarois des centrales ainsi que des représentants de Greenpeace. Brigitte Artmann, représentante locale des Verts, s’étonne donc de l’attitude belge: "Alors que la République tchèque engage le dialogue avec les voisins bavarois, l’autorité compétente belge bloque. Une telle attitude serait compréhensible concernant un ancien pays communiste, mais venant de la Belgique cela donne à réfléchir".

L’Allemagne compte néanmoins trois réacteurs construits avec le même matériel que celui utilisé dans les centrales belges: Brunsbüttel, Philippsburg 1 et Isar 1. Le même acier de Krupp a été utilisé pour forger les pièces produites par la société Rotterdamsche Droogdok Maatschappij. Mais comme ces trois anciens réacteurs font partie de huit qui ont été déconnectés après la catastrophe de Fukushima, on n’en a pas examiné les cuves. Ce qui risque de ne pas simplifier l’enquête sur un possible vice de fabrication.

D’autres Länders rouspètent également. Ainsi, le gouvernement sarrois a exigé le débranchement de la centrale lorraine de Cattenom, considérée comme peu fiable. Et, tout en saluant l’intention du président Hollande de fermer Fessenheim fin 2016, le ministre vert de l’Environnement du Bade-Wurtemberg, Frank Untersteller, a pour sa part affirmé qu’il ferait tout son possible pour que cette centrale "soit fermée plus rapidement".