Si vous jetez un regard rétrospectif sur 2012, quels sont les trois événements marquants de l’actualité environnementale ?

En premier, je dirais l’ouragan Sandy qui a contribué à la prise de conscience de la réalité des changements climatiques. Ensuite, les OGM avec toute la controverse sur le travail de l’Efsa (l’Autorité européenne de sécurité des aliments) et les questions liées à leur évaluation et à l’expertise. Enfin, les controverses autour des questions des gaz de schiste, des forages offshore, etc.

Vous avez été associée à la polémique sur les OGM lancée par l’étude du Pr Séralini. Celle-ci a été très critiquée. Avez-vous le sentiment qu’elle a tout de même contribué à faire bouger les lignes ?

Une fois passé le bouillonnement médiatique, je pense que trois éléments forts ressortent de cette histoire. D’abord la prise de conscience à l’échelle de l’opinion publique planétaire qu’il pouvait y avoir un problème de santé avec les OGM. Jusqu’à présent, on les considérait comme un problème d’environnement, de pollution génétique. Avec l’étude de Séralini, quelles que soient les critiques que l’on puisse faire, la question de l’impact potentiel des organismes génétiquement modifiés sur la santé est entrée dans le débat. Je pense que c’est ce qui a provoqué la colère massive de tous les organismes d’expertise qui, depuis dix ans, mettaient ce sujet sous le boisseau. Le deuxième point a été la mise en exergue des dysfonctionnements graves de ces mêmes organes d’expertise. En toute hypothèse, tout le monde a bien compris qu’il n’y avait pas jusqu’ici d’étude sur le long terme et que ce n’était pas normal. Aujourd’hui, même la Commission européenne et l’Efsa commencent à dire qu’il faudrait des études à deux ans sur les OGM et ils cherchent à réunir des fonds pour cela. Ils se rendent bien compte que leur attitude n’est plus tenable. La troisième chose, c’est qu’au niveau des responsables politiques, je l’observe en France, il y a une prise de conscience du fait que les organes d’expertise ont des systèmes d’évaluation avec deux poids, deux mesures. Et qu’il faut peut-être se poser la question de savoir pourquoi les critères utilisés par ces agences pour critiquer l’étude de Séralini ne l’étaient pas pour regarder les études des industriels qui servaient de base aux autorisations de mise sur le marché. D’autre part, il ne faut pas penser que tous les scientifiques sont contre Séralini. Certains, et non des moindres, se sont aussi manifestés en sa faveur.

Rio pour le développement durable, Hyderabad pour la biodiversité, Doha pour le climat… On a le sentiment que les grands sommets ont fait du surplace. C’est une impression que vous partagez ?

Oui, au niveau international, on fait du surplace, voire de la régression en ce qui concerne le climat. Aujourd’hui, chaque Conférence des parties aboutit juste au minimum nécessaire pour que le sommet suivant puisse avoir lieu. Pour autant, je suis convaincue que ce n’est pas parce que nous sommes en situation d’échec sur le plan de la gouvernance internationale que les mesures domestiques n’avancent pas. J’ai le sentiment que ce sujet est devenu si important sur le plan économique et stratégique au niveau industriel que chaque Etat a repris ses billes, si j’ose dire. Et donc que la progression de la gouvernance internationale est inversement proportionnelle à l’intérêt que les Etats manifestent sur le sujet. Tout simplement parce que comme il n’y a aucune confiance entre eux et qu’il n’existe aujourd’hui aucun accord sur l’équité, chaque pays est obsédé par l’idée que l’autre en profite sur son dos. Chacun est conscient qu’il faut avancer parce que le changement climatique est déjà une réalité physique, mais aussi parce qu’il y a un intérêt majeur. Mais il n’y aura de progrès au niveau de la coopération internationale que le jour où l’on ne sera d’accord sur ce qu’est un partage équitable du fardeau.