Planète

L'Etat de New York a approuvé mercredi l'une des lois de réduction des gaz à effet de serre les plus ambitieuses de la planète, en contre-pied du déni climatique de Donald Trump, qui a fini d'enterrer le même jour le plan anti-charbon de Barack Obama.

L'Union européenne, la France, le Royaume-Uni, la Suède, la Nouvelle-Zélande, la Californie sont quelques unes des juridictions à s'être donné comme objectif d'être neutres en carbone d'ici le milieu du siècle -- mais la plupart n'ont pas encore adopté de législation contraignante.

Le texte adopté par le parlement de l'Etat de New York (20 millions d'habitants), dirigé par les démocrates, prévoit de réduire de 85% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, par rapport à 1990 (en 2015, l'Etat n'en était qu'à une réduction de 8%).

Dans le but de parvenir à un bilan carbone neutre, les législateurs prévoient aussi des incitations pour que les 15% d'émissions restantes soient compensées.

Cela veut dire que d'ici une trentaine d'années, la plupart des centrales thermiques ne pourront plus brûler de gaz naturel ou de charbon, et que la majorité des véhicules sur les routes devront être électriques ou à zéro émission -- sans compter le chauffage des logements ou l'énergie utilisée par les usines.

"Alors que Washington reste les bras croisés, New York montre la voie", s'est réjoui le sénateur démocrate Todd Kaminsky, un des principaux artisans de la loi.

L'Etat s'est fixé comme objectif intermédiaire d'une réduction de la pollution climatique de 40% d'ici 2030, toujours par rapport à 1990.

Et en 2040, 100% de son électricité devra être sans émission de carbone. L'Etat est déjà bien avancé pour cet objectif-là, une grande partie de l'électricité provenant aujourd'hui du nucléaire (28%) et de l'hydraulique (16%), le gaz naturel représentant 35%. Le solaire et l'éolien sont négligeables actuellement.

La loi new-yorkaise, négociée entre le gouverneur Andrew Cuomo et les deux chambres du parlement local, toutes deux à majorité démocrate depuis janvier, illustre l'adhésion rapide de toute la gauche américaine, et notamment des candidats à la Maison Blanche, au principe d'un "New Deal Vert", afin de faire basculer l'économie américaine vers les énergies propres tout en favorisant la création de "bons emplois".

Déclin du charbon 

Aux Etats-Unis, New York rejoint la Californie et d'autres Etats gouvernés par les démocrates pour compenser l'inaction climatique du gouvernement fédéral américain.

Donald Trump a engagé le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat, signé en 2015. Cela s'est traduit par l'abrogation de plusieurs réglementations adoptées pendant les huit ans de la présidence Obama.

Le "Clean Power Plan" de Barack Obama visait à accélérer la fermeture des centrales au charbon en fixant des plafonds d'émissions de gaz polluants. Bloqué en justice, il n'est jamais entré en vigueur, et Donald Trump a décidé de le remplacer à son arrivée au pouvoir.

Depuis, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) oeuvrait à rédiger une nouvelle réglementation moins contraignante.

L'administrateur de l'EPA, Andrew Wheeler, a annoncé mercredi dans un discours que le processus était terminé. Le document n'a pas été publié.

Mais ce plan pro-charbon ne devrait pas enrayer à lui seul le déclin du charbon, engagé depuis plusieurs années au profit du gaz naturel et des énergies renouvelables.

"La tentative de l'administration Trump de ressusciter une industrie obsolète comme le charbon s'avère futile: depuis qu'il est entré en fonction, plus de 50 centrales au charbon ont fermé", a déclaré un responsable de la campagne Beyond Carbon, financée par le milliardaire new-yorkais Michael Bloomberg, qui veut consacrer 500 millions de dollars de sa fortune à achever le charbon aux Etats-Unis d'ici 2030.

Au total, au moins 289 centrales ont engagé leur fermeture depuis 2010, selon l'ONG écologiste Sierra Club, soit 40% de la capacité de production électrique des centrales au charbon.