L’eurodéputée Corinne Lepage n’était ni mécontente ni radieuse à la sortie du vote sur son rapport consacré à la révision de la directive européenne sur la qualité de l’essence et des carburants diesel. Ce mercredi à Strasbourg, la libérale française estimait avoir fait avancer le dossier dans le bon sens mais pas aussi vite qu’elle l’aurait voulu tant elle avait dû mettre d’eau dans son vin, ou plus exactement de biocarburants première génération dans le moteur des Européens pour les années à venir.

Compromis est en effet l’un des maîtres mots de ce dossier pour lequel, dit-elle, les lobbies industriels se sont particulièrement démenés. Au cœur des débats, les biocarburants font aujourd’hui l’objet d’une mise en perspective plus nuancée qu’elle ne l’était en 2003, lorsque l’Europe a parié sur eux en appelant à une hausse de leur consommation de 2,5 % dans un premier temps et de 5,7 % ensuite. Depuis, il est apparu que leur culture impliquait un changement d’affectation de sols au départ destinés à l’agriculture, impactait dès lors les prix des matières premières alimentaires et menaçait des zones entières de déforestation pour remplacer les terres accaparées.

Se sont alors posées des questions auxquelles on n’avait pas pensé. Les biocarburants sont-ils aussi verts qu’on le pensait ? Ou bien encore "Faut-il choisir entre manger et conduire", selon la formule utilisée par le socialiste belge Marc Tarabella…?

Sur le fond, la bataille qui s’est menée au Parlement européen entre la commission Environnement à laquelle appartient Corinne Lepage et la commission Industrie Recherche et Energie a été âpre et très technique. Au final, la rapporteure l’a emporté d’une courte tête par 356 voix contre 327 et 14 abstentions mais en revoyant à la baisse et à son corps défendant les objectifs de la Commission européenne en ce qui concerne la prise en compte du facteur CASI. Derrière cet acronyme se cache le "changement d’affectation des sols indirects" qui vient d’être évoqué et qui peut, selon certains modèles scientifiques, annuler une partie des effets positifs d’un biocarburant si on l’intègre au bilan de son cycle de vie "du champ à la roue".

Deuxième et troisième générations

C’est finalement la date de 2020 qui a été votée en ce qui concerne l’intégration de ce facteur CASI au bilan environnemental des biocarburants, une date tardive, bien plus que l’aurait voulu la commission Environnement, mais une date tout de même et partant d’un point positif selon Corinne Lepage, qui se réjouit aussi de voir apparaître des seuils en ce qui concerne les biocarburants de première génération.

Fabriqués à partir de cultures dévolues telles que les céréales, les sucres, l’huile de palme etc., ceux-ci devraient à terme être remplacés par d’autres issus de certains déchets ou bien encore d’algues que l’on appelle biocarburants de deuxième ou de troisième génération. Les eurodéputés ont estimé que la part des biocarburants "première génération" ne devrait pas dépasser 6 % de l’énergie finale consommée dans les transports en 2020 alors que celle des "deuxième et troisième génération" devrait représenter au moins 2,5 % de la consommation à la même date.

Ces calculs, on s’en doute, cachent de réels enjeux que l’on comprend mieux lorsque l’on sait, par exemple, que la commission Environnement voulait au départ limiter à 5,5 % les biocarburants première génération et que Corinne Lepage a dû transiger sur 6 pour obtenir l’aval de la commission Industrie. 0,5 % de différence, ça paraît peu mais ça représente 45000 tonnes de biocarburants sur un total de 9 millions.

Pour la rapporteure, l’industrie a perdu sur le fond mais gagné du temps ce mercredi. Ce qu’elle regrette en cette période où l’Europe a besoin d’innovation pour renouer avec la croissance. Ne pas s’y lancer le plus rapidement possible et entretenir le flou à moyen terme lui semble en fin de compte une aberration tout autant industrielle qu’environnementale.