Le scénario était dans l’air depuis quelques jours, il a gagné en épaisseur ce mercredi. La Commission européenne a confirmé qu’elle allait proposer aux Etats membres de prolonger de 12 à 18 mois l’homologation du glyphosate dans l’Union européenne. Un sursis qui doit permettre à l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) de terminer sa propre évaluation de la toxicité du principe actif de l’herbicide Roundup.

Tombé dans le domaine public, ce produit est aujourd’hui décliné sous diverses formes par de nombreux fabricants. L’Echa endosserait ainsi un rôle d’arbitrage, alors que le débat sur la nature cancérogène de cette substance fait rage depuis des mois.

Troisième tentative…

Insistant sur le fait que la Commission avait fait "son maximum" pour proposer une solution qui repose sur des bases scientifiques solides, le commissaire européen en charge de la Santé et de la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a souligné que la décision incombait à présent aux Etats membres dont les experts se réuniront pour la troisième fois lundi prochain. Cette fois, l’exécutif européen, qui défendait initialement une prolongation de 15 ans, a bon espoir d’arriver à réunir une majorité qualifiée permettant d’obtenir un feu vert avant la date fatidique du 30 juin - date à laquelle l’autorisation de commercialisation du glyphosate devient caduque.

Pour faire passer la pilule auprès des plus réticents, mais aussi au sein du Parlement européen, la Commission confirme son intention d’interdire un coformulant (la tallowamine) utilisé pour accroître l’efficacité du glyphosate et suspecté de présenter des risques pour la santé humaine. Et, comme le demande le Parlement, elle accepte désormais de présenter une deuxième proposition visant à restreindre l’utilisation du glyphosate dans les jardins, parcs et aires de jeux publics, ainsi que sa pulvérisation dans les champs peu avant la récolte pour accélérer la maturation des graines.

Vytenis Andriukaitis insiste en outre sur le fait que les Etats membres qui le souhaitent auront toujours la possibilité de limiter ou d’interdire le glyphosate sur leur territoire.

Les réactions n’ont pas traîné : ni l’association écologiste Greenpeace, ni les industriels ne sont satisfaits. De son côté, la ministre française de l’Environnement, Ségolène Royal, a d’ores et déjà annoncé que son pays ne voterait pas cette proposition. La position du gouvernement allemand, assis entre deux chaises dans ce dossier, devrait être décisive.