Sauver l’Amazonie grâce à Google Earth, Facebook et Twitter ? C’est le défi que se sont lancé les Indiens Surui, réunis dans l’Etat brésilien de Rondonia, grâce à l’intérêt que porte leur chef aux nouvelles technologies. Almir Narayamoga n’a pas hésité une seconde lors d’une visite de la Silicon Valley en 2007 : il a frappé à la porte du géant Google pour plaider sa cause. Résultat : des GPS fournis à la population, des cours d’informatique pour tous pour, à terme, sensibiliser le monde à leur cause et, surtout, sauver la forêt amazonienne. "La technologie, il l’utilise pour parler au monde parce que les Surui ne sont pas écoutés chez eux, ni par l’Etat brésilien ni par la population locale non indienne", explique Thomas Pizer, directeur de la fondation suisse Aquaverde, qui soutient les projets de reforestation et aide à médiatiser la cause des Surui.

Des armes technologiques pour rester pacifistes

Aux commandes, un homme, donc, le chef : Almir Narayamoga, 36 ans, considéré comme "un empêcheur de déforester en rond". Il a un compte Twitter, une page Facebook, un Iphone, le tout au service de son peuple, sur lequel il règne depuis près de 20 ans. Toujours dans sa poche, une clé USB renfermant le projet d’une vie : un business plan sur 50 ans en format PDF. Premier homme de sa tribu à accéder à l’université, il en revient avec une certitude : les nouvelles technologies seront leur meilleure arme pour lutter contre la déforestation qui les met en danger. "Almir a décidé que les Surui devaient acquérir notre technologie pour comprendre notre civilisation", explique Thomas Pizer. Contacté par nos soins, Almir explique : "Nous utilisons ces outils pour porter notre message au monde. L’idée, c’est de montrer à tous ce que serait une vie sans la forêt, quelles seraient les conséquences pour l’Amazonie. Ces outils nous ont énormément facilité la tâche pour toucher toutes ces personnes, de par le monde, qui sont sensibilisées aux questions du développement durable. Facebook permet à des milliers de personnes de nous accompagner dans notre combat et de nous aider à construire ce modèle de développement que nous préconisions pour l’Amazonie".

L’Etat de Rondonia est l’un de ceux qui a été le plus violemment touché par la déforestation : plus de 40 % de la surface existante a disparu devant la volonté des populations locales non indiennes de consacrer plus d’espace à l’élevage du bétail et aux terres agricoles. Les Surui, 1 300 âmes au compteur, peuple sérieusement décimé par le premier contact avec l’homme blanc, dans les années 70, disposent d’un territoire de 248 000 hectares, recouvert à 95 % par la forêt tropicale et déclaré "réserve protégée" depuis 1984. Les 12 500 hectares ayant déjà souffert de la déforestation sont au centre de leurs préoccupations. Objectif : replanter un million d’arbres, en 50 ans.

"Utiliser les outils des Blancs pour leur faire face"

Au programme, pour y parvenir : élaborer une base de données répertoriant les arbres replantés. Les GPS mis à disposition par Google permettent de noter avec précisions les latitudes et longitudes, de prendre des photos pouvant être utilisées comme "preuve" en cas de mise à mal de ces plantations - des dizaines de bûcherons entrent illégalement, chaque mois, sur le territoire - d’envoyer, par satellite, la position exacte des nouveaux plants pour établir une carte précise de reforestation de la région, etc. Google Earth est utilisé comme un outil de contrôle de l’exploitation de la forêt amazonienne et permet de repérer les zones de déboisement illégal par satellites. Almir surveille sa forêt tout en disposant d’un outil de communication d’ampleur planétaire. A l’heure actuelle, après six ans de travail, 100 000 arbres ont déjà été replantés. "C’est un véritable processus de monitoring culturel et environnemental de leur territoire", explique Thomas Pizer. "Les jeunes formés à l’informatique gèrent notamment l’administration des plantations avec l’aide des GPS. Quand ils vont chasser, ils marquent l’endroit où ils ont tué un sanglier. Ils veulent clairement avoir la capacité de faire tout cela eux-mêmes." Thomas Pizer a vécu de longues semaines dans la forêt, avec les Surui. Il explique : "En 2000, ils se sont rendu compte de l’ampleur que prenait la déforestation. Pour sauver la forêt, Almir a proposé d’utiliser les outils des Blancs pour leur faire face, lier connaissances ancestrales et nouvelles technologies". Almir nous explique : "Nous n’avons rien imposé à notre peuple, nous avons décidé ensemble. Ce qui fait peur, c’est l’inconnu, les choses que l’on ne connaît pas. On a donc expliqué à tous le fonctionnement de ces outils". Bien aidé dans la démarche par Google qui a dépêché sur place des formateurs, Almir se réjouit aujourd’hui de disposer, dans une bourgade située à une soixantaine de kilomètres de leur territoire, de dix ordinateurs connectés à Internet, mis à la disposition des Surui.

But final : toucher d’autres tribus environnantes et les convaincre du bien-fondé des nouvelles technologies avec, consécration ultime, la mise en place d’une réglementation gouvernementale faisant d’une loi son rêve : vivre de manière durable et intelligente avec la forêt.