L'agence spatiale américaine promet pour ce soir une annonce "suprenante" concernant Europe, la lune de Jupiter. La Nasa garde le mystère sur la découverte. Voici cependant nos hypothèses.

Europe, la lune de Jupiter, abrite-t-elle la vie ? Beaucoup de passionnés d’astronomie se posent la question en ce lundi 26 septembre et trépignent d’impatience à l’idée d’avoir une possible réponse. Car c’est ce qui s’appelle faire du “teasing” : l’agence spatiale américaine, la Nasa, a prévenu qu'elle allait faire ce soir (20 heures, heure belge) une annonce “surprenante”, en lien avec Europa (Europe), l’une des quatre lunes de la planète Jupiter. Depuis bien longtemps, les scientifiques considèrent Europe et Mars comme les deux corps célestes les plus susceptibles d’abriter une vie (sous forme de microbe, pas de petits hommes verts). On retrouve d’ailleurs Europe au cœur de nombreux romans de science-fiction, comme la suite de 2001, l’odyssée de l’espace, comme lieu hôte de la vie extraterrestre. La science a déjà déterminé que cette planète, recouverte d’une épaisse couche de glace, renferme un océan sous sa croûte. “Or, pour avoir la vie, il faut deux choses, indique Yaël Nazé, astrophysicienne à l’ULg. De l’eau liquide, et de l’énergie.” Si la Terre a celle offerte par le Soleil, Europe, elle, celle résultant des marées entraînées par jupiter et les autres lunes.

L’agence spatiale américaine avait déjà assuré auparavant “qu’il y a des preuves très solides d’un océan liquide sous la surface d'Europe, qui pourrait abriter des conditions favorables à la vie.” Mais pour l’astrophysicienne Yaël Nazé, il ne faut pas rêver, du moins cette fois : la Nasa n’annoncera pas avoir découvert des traces de vie microbienne sur Europe. Pour la bonne raison qu’on ne dispose pas, dans ce coin-là de l'Univers, d’instruments capables de détecter la vie… Les données évoquées par la Nasa proviennent d'ailleurs du télescope Hubble qui n’a pas cette vocation.

Par contre, les éléments découverts qui seront présentés par la Nasa dans quelques heures pourraient faciliter la découverte ultérieure de traces de vie sur Europe même si pour l'instant, la Nasa se contente de préciser qu’elle présentera lors de la conférence “une campagne d’observation unique ayant révélé les preuves étonnantes d’une activité qui pourrait être liée à l’océan souterrain d’Europe.” "On sait pour l’instant qu’il y a un Océan sur Europe, mais on ne sait pas où il se trouve exactement, et à quelle profondeur”, poursuit Yaël Nazé. L’annonce pourrait donc avoir trait avec sa localisation. Plus l’océan serait près de la surface, plus faciles seraient les investigations pour une forme de vie. Les découvertes annoncées par l’agence spatiale pourraient aussi avoir trait à des geysers (la fameuse “activité”), qui ont été repérés en 2012 à la surface d’Europe. A-t-on découvert une activité plus intense à ce sujet ? Dans ce cas, cela faciliterait aussi les recherches, car il ne faudrait alors plus creuser, mais simplement analyser le sol où l’eau des geysers est retombée. La surface d’Europe est très “active”. La glace d’Europe se fracture régulièrement, permettant à la glace du dessous d’affleurer au-dessus. La découverte pourrait aussi avoir trait à ces fractures.

La Nasa a annoncé l'an passé son intention d'envoyer un robot doté d'une série d'instruments scientifiques, pour orbiter autour d'Europe dans les années 2020.

Update: La Nasa pourrait confirmer l'existence d'un océan sur une lune de Jupiter

La Nasa n'a fourni aucun détail supplémentaire sur cette présentation très attendue à laquelle doivent notamment participer Paul Hertz, directeur de la division astrophysique de la Nasa, et William Sparks, un astronome au Space Telescope Science Institute de Baltimore.

Selon les scientifiques, Europe --l'une des 67 lunes de Jupiter-- est "l'endroit de notre système solaire où il est actuellement le plus probable de trouver de la vie" en dehors de la Terre.

De précédentes observations de la Nasa avaient déjà détecté sur cette lune jovienne des indices de la présence d'un océan d'eau liquide de près de cent kilomètres de profondeur sous une épaisse couche de glace, ouvrant la possibilité à l'existence d'une vie microbienne.

"Le cycle de l'oxygène et de l'hydrogène constitue un moteur important de la chimie de l'océan d'Europe et donc de la vie qui pourrait y exister, exactement comme sur la Terre", concluait Steve Vance du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa, dans une étude publiée en mai par la revue américaine Geophysical Research Letters.

Ses recherches avaient permis de constater que les proportions de ces deux éléments clé pour l'apparition de la vie étaient comparables dans les océans terrestres et sur Europe. A savoir que la production d'oxygène est environ dix fois supérieure à celle d'hydrogène.

Les observations avec Hubble des rayonnements ultraviolets pourraient conforter ces conclusions, ainsi que des mesures effectuées pour évaluer la quantité de carbone, d'azote, de phosphore et de soufre sur Europe.

La Nasa avait annoncé en 2015 une mission robotique vers Europe d'ici 2020, et précisé en mai dernier la sélection de neuf instruments à bord du vaisseau spatial.

Océan sub-glaciaire sur Ganymède 

Des scientifiques avaient aussi annoncé en 2015 avoir détecté, également grâce à Hubble, un vaste océan d'eau salée sous l'épaisse croûte glacée de Ganymède, la plus grosse des lunes de Jupiter.

La sonde américaine Galileo, qui avait exploré Jupiter et ses lunes de 1995 à 2003, avait détecté pour la première fois des indices de la présence de vastes océans sur Europe et sur Ganymède.

Cette découverte d'eau liquide multiplie les pistes de recherche de l'existence de vie extraterrestre dans le système solaire, soulignait alors la Nasa.

Selon les scientifiques, l'océan sub-glaciaire de Ganymède est profond d'une centaine de kilomètres, dix fois plus que ceux de la Terre, et est enterré sous une croûte de 150 kilomètres d'épaisseur formée pour l'essentiel de glace.

Dès les années 1970, les planétologues soupçonnaient que Ganymède, découverte en 1610 par Galilée, pourrait posséder un océan.

C'est en observant le mouvement des aurores boréales sur Ganymède et sur Jupiter que les scientifiques ont pu déterminer l'existence d'un vaste océan d'eau salé qui affecte le champ magnétique de cette lune.

Etant donné que l'eau salée est meilleure conductrice d'électricité que l'eau plate, le mouvement de l'océan influence le champ magnétique, expliquait la Nasa.

De son côté, l'Agence spatiale européenne (ESA) doit envoyer sa première sonde, baptisée Juice, en 2022 pour étudier Jupiter et ses lunes.

Juice (JUpiter ICy moons Explorer) devrait être lancée par une fusée Ariane 5 depuis Kourou en Guyane française.