Ainsi donc le mystère de la disparition de la civilisation maya aurait été levé pour de bon. "L’essor et l’effondrement des Mayas sont l’exemple même d’une civilisation sophistiquée incapable de s’adapter au changement climatique", assure James Baldini. En l’occurrence, à une sécheresse longue de quatre-vingts ans, précise, dans la revue "Science", le chercheur au département des sciences de la Terre de l’Université de Durham.

"Des périodes de pluviosité exceptionnelle (de 450 à 660 de notre ère) ont tout d’abord accru la productivité des systèmes agricoles mayas, entraînant une forte expansion de la population et une surexploitation des ressources." Ensuite, le climat est devenu de plus en plus sec, provoquant un épuisement des ressources, une déstabilisation du système politique et des guerres. "Après des années de privation, une sécheresse, qui a duré près d’un siècle de 1020 à 1100, a définitivement scellé le destin de la civilisation maya." Ce manque d’eau aurait été provoqué par un déplacement de la zone de convergence intertropicale, une ceinture de précipitations entourant le globe, combiné à l’influence du courant El Niño.

Cette hypothèse, controversée et connue depuis longtemps - elle a notamment fait l’objet du livre de Gill B. Richardson, "The Great Maya Droughts" - a cette fois été particulièrement étayée. Les chercheurs ont reconstitué les périodes de pluie et de sécheresse au cours des 2000 dernières années dans la région où vivaient les Mayas, entre le Mexique, le Belize, le Guatemala et le Honduras. Ils ont analysé la composition chimique de stalagmites provenant de la grotte de Yok Balum, proche du site d’Uxbenká. Ils ont ensuite confronté ces données aux événements politiques marquants gravés dans la pierre. Les textes historiques "fournissent un registre daté très riche répertoriant les guerres, mariages et accessions de rois et de reines sur le trône et les captures de guerriers de groupes rivaux", explique Martha Macri, de l’Université de Californie, citée par l’AFP. "Tous les événements sont incroyablement bien datés grâce au système de calendrier maya", ajoute-t-elle. "La fin progressive de cette tradition d’inscription dans la pierre entre 800 et 1000 marque l’effondrement de la tradition maya classique."

Pour autant, le professeur d’archéologie Peter Eeckhout (ULB) et le chercheur indépendant Sebastian Matteo réagissent à la publication de cette étude avec précaution. "Le soi-disant effondrement de la civilisation maya est de l’ordre du fantasme dans la mesure où il y a un abandon plus ou moins abrupt, ou plus ou moins progressif selon les cas, des sites et des différentes régions du territoire maya de la période classique", rappelle le premier. "Les causes avancées pour expliquer cet abandon des sites, qui est réel, peuvent être multiples et différentes selon les régions. Il faut donc toujours se méfier, à mon sens, des explications globalisantes." Et ce d’autant plus que les études paléoclimatologiques, valables pour une région, peuvent difficilement "être étendues à un territoire entier aussi grand que celui de la civilisation maya, qui est comparable à celui de l’Allemagne, avec des écosystèmes extrêmement différents", poursuit le Pr Eeckhout.

S’ajoute à ces considérations le fait que "l’effondrement d’une civilisation ne peut s’expliquer d’une seule manière", affirme Sebastian Matteo, membre de la Société des américanistes de Belgique. Le changement climatique "fait écho à nos propres peurs", constate le Pr Eeckhout. Or, la vision selon laquelle il signerait la vie et la mort de civilisations anciennes occulte "les adaptations possibles et la résilience" des populations.

Cette étude est en outre à placer "dans un contexte plus général", estime M. Matteo, très critique à l’endroit de "la course à la publication dans de grandes revues internationales cotées". "La question du déclin des anciens Mayas est entourée d’une aura mystérieuse qui habite le grand public. Quand celui-ci pense aux Mayas, il pense à 2012, à la fin du monde, aux découvertes astronomiques et au "mystère de sa disparition"." Or , "qu’y a-t-il de plus mystérieux qu’une civilisation mystérieuse qui disparaît ?" Aussi, "apporter des réponses claires à des questions qui semblent intéresser la population, ça paie." Comme le reconnaît Peter Eeckhout, "la mode traverse aussi la discipline."