Les différents modèles météo commencent à s'accorder sur une vague de chaleur extrême début de semaine prochaine dans notre pays. Certains modèles météorologiques prévoyaient ces derniers jours jusqu'à 40°C dans les villes. La dernière mise à jour le confirme.


Des températures maximums de 35 à 40°C dans les grandes villes belges et en Campine. C'est ce que la dernière mise à jour, ce 20 juin à minuit, du modèle météo de l'Université de Liège prévoyait pour le début de la semaine prochaine. "S'il n'y a pas de nuages, les 40°C pourraient être atteints au maximum d'ensoleillement", précise le climatologue de l'ULiège Xavier Fettweis, qui analyse ce modèle de simulation numérique. Les températures maximums sont attendues le 27 juin. 


Hier mercredi déjà, le modèle Mar de l'Université de Liège prévoyait pour le début de la semaine prochaine des températures maximum de l’ordre de 40°C dans les villes, sous abri. "Toutes les six heures, il y a un update qui est fait, et depuis mardi soir, à chaque six heures, le modèle confirme une telle vague chaleur : 25 degrés la nuit, 40 degrés à midi ou quand le soleil est au plus fort ( environ 14 heures) dans les villes, et de l’ordre de 30 degrés en moyenne", nous expliquait le climatologue de l'ULiège Xavier Fettweis.

© climato/uliège

Le modèle Mar croise les données du modèle de simulation atmosphérique américain GFS avec des données locales. Ce modèle plus global donne actuellement un maximum de 39°C en Belgique pour le 27 juin. Les autres modèles confirment à présent tous la vague de chaleur, qui  ne sera bien sûr pas limitée à la Belgique : on s'attend ainsi à ce que les 40°C soient dépassés en Allemagne et en France. La chaleur s'explique par une masse d'air chaud venue du désert du Sahara, ce qui pourrait d'ailleurs apporter dans nos régions un air fort chargé en sable.

© climato/uliège

En donnant les chiffres de 40°C mercredi, Xavier Fettweiss se montrait toutefois très prudent : “ce sont des prévisions météo et comme je le dis toujours, un météorologue qui ne se trompe pas n’est pas vraiment un météorologue ! En outre, en hiver, les modèles sont fiables à trois-quatre jours, en été, c’est plutôt fiable à deux-trois jours. Les modèles ont aussi du mal à prévoir les événements extrêmes, donc ces prévisions sont peu fiables. Il y a beaucoup de conditionnel. Ce que je peux dire, c’est qu’à l’heure où je vous parle (mercredi après-midi), tous les modèles prévoient une vague de chaleur forte, entre 30 et 40°C, en Belgique la semaine prochaine. 30°C, c’est quasi sûr, 40°C, ça reste peu probable ; cela n'aurait jamais été observé,donc a priori c'est peu fiable.”


Pour les 25-26 juin, l’IRM, qui utilise un autre modèle de simulation météo, dit "européen", donnait ce jeudi matin des températures pouvant monter jusqu'à 35°C mercredi, avec 33°C dans le centre du pays. Pour mardi, l'IRM s'attend à 32 °C dans le centre et à 33°C en Campine. Au fil des derniers jours, leurs prévisions n'ont cessé d'être revues à la hausse.


Par ailleurs, poursuit le climatologue Xavier Fettweis, “il y a eu des 50°C en Inde, 40-50°C en Iran et en Irak la semaine dernière ; au Groenland, on a des fontes records…. Ici, à l’échelle d’une semaine, clairement, on voit le signal du réchauffement climatique. Ce qui est intéressant, ici c’est que telles températures de 40°C en Belgique, n’ont jamais été produites par mon modèle, dans les derniers 5 à 10 ans. Cela n’a jamais été prévu. On aurait pu bien sûr se tromper après, mais il n’y a même jamais eu de telles prévisions météo. Le réchauffement climatique, même pour des prévisions à l’échelle d’une semaine, commence donc à avoir une influence. C’est cela le signal le plus important ! Les modèles prévoient à l’échelle d’une semaine des événements extrêmes qu’ils ne prévoyaient pas dans le passé. Il n’y a jamais eu des prévisions d’une telle ampleur. On n’a d’ailleurs jamais observé 40°C en Belgique.” Le record a en effet été enregistré à 38, 8°C dans le Limbourg (Hechtel-Eksel) un 27 juillet. C’était l'an dernier et il égalait un record de 2015.

Jusqu'à 35°C, selon l'IRM

L’Institut royal de météorologie utilise, lui, pour ses prévisions, un autre modèle, celui du centre européen des prévisions à moyen terme, couplé à d’autres modèles. De nombreux paramètres sont pris en compte dans les modèles de simulation numérique météo : variables d’état de l’atmosphère et au niveau du sol (températures, humidité, vent, etc) ; processus physiques au niveau de l’atmosphère et du sol ou encore l’interaction entre le sol et l’atmosphère (et inversement). Grâce à toutes ces données, les supercalculateurs sont en mesure de créer des cartes de modélisations numériques.

Les températures obtenues par les calculs de l’IRM sont plus basses qu’avec le modèle utilisé par Xavier Fettweis. “Mais je dois dire que c’est assez interpellant, admet Pascal Mormal, , climatologue de l’IRM, que nous avons interrogé mercredi en fin de journée. Les modèles, ces derniers jours, vont vers une tendance chaude. Il y a deux-trois jours, on tablait plutôt vers 27-29°C pour le début de la semaine prochaine. Et maintenant, on commence à monter vers 31°C, 32°C dans le centre du pays, et quand même 34-35°C en Campine. Les modèles qui s’affinent de jour en jour voient quand même plutôt une hausse des températures. Ce qui est un peu inquiétant, c’est qu’effectivement, les températures sont revues à la hausse à chaque ‘run’, à chaque fois que les ordinateurs font un nouveau calcul et une mise à jour. Je pense que le modèle perçoit qu’il y a quelque chose qui se passe au niveau du réchauffement des températures, plus important que ce qu’on avait anticipé il y a deux-trois jours. Mais pour le cap des 40°C, je reste assez sceptique. Cela me paraît vraiment peu probable. Je veux pas du tout rentrer dans la polémique mais cela me paraît surévalué.”

Question de santé publique

Par contre, Pascal Mormal s’attend bien à ce qu’on assiste à une vague de chaleur “officielle” : “une période d’au mons 5 jours consécutifs avec 25°C dans laquelle il y a au moins 3 jours avec 30°C ou plus. Et cette définition-là, a priori, on va l’atteindre durant la semaine prochaine. Maintenant, moi ce qui m’inquiète vraiment, c’est quand on regarde les vagues de chaleur depuis 1901, sur l’ensemble de la période, il y avait une vague de chaleur tous les 3-4 ans. Mais par contre, sur les 30 dernières années, on a eu 17 vagues de chaleur, c’est presque un an sur deux. Et les 4 derniers étés ont tous été par au moins une vague de chaleur. En 2018, on en a même eu deux. Les chiffres ne trompent pas, les vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes dans notre pays. C’est un signe alarmant ; statistiquement c’est peu probable d’avoir une succession d’été chauds et d’années chaudes. C’est aussi une question de santé publique et c’est préoccupant. Sans compter l’aspect climatique.”

On devrait cependant retourner vers des températures plus supportables à partir de la fin de la semaine prochaine.