C’est ce mercredi que les instances européennes devraient voter le prolongement de l’utilisation du glyphosate, le produit herbicide chimique le plus vendu sur la planète. Le particulier le connaît mieux sous son nom de commercialisation, le Roundup. Le ministre wallon de l’Environnement, Carlo Di Antonio (CDH), annonce qu’il prendra les mesures nécessaires pour limiter son utilisation en Wallonie.

Vous considérez le glyphosate comme véritablement dangereux pour la santé ?

On n’a aucune certitude, ni dans un sens, ni dans l’autre. Une étude dit que c’est cancérigène, une autre la contredit. La fameuse étude de l’OMS qui le qualifiait de "cancérigène probable" a étudié les produits tels qu’on les vend en magasin. L’étude présentée par l’Europe a été faite sur la substance active seule. Or, celui qui est vendu dans le commerce est combiné à d’autres choses. Est-ce le glyphosate qui est dangereux ou est-ce que ce sont les adjuvants ? Toujours est-il que ce que l’on vend aux gens, d’après l’OMS, ce n’est pas bon.

La Belgique va pourtant voter la prolongation de son utilisation ?

Sans doute et ce qui m’étonne c’est que le gouvernement fédéral n’a pas demandé l’avis du Conseil supérieur de la santé.

Qu’est-ce que vous pouvez faire comme ministre de l’Environnement ?

Mes pouvoirs sont limités, mais je compte agir. Nous avons la possibilité de réglementer et donc d’en compliquer l’usage. En fixant des normes par exemple.

Cela doit passer par un décret ?

Il a été approuvé en deuxième lecture la semaine dernière. Il donnera habilitation au gouvernement d’interdire sous certaines conditions et de limiter l’usage de n’importe quel produit phytosanitaire.

Il concernera les particuliers aussi ?

Il y a trois volets. Le premier concerne les agriculteurs. On va y aller par étapes. En négociant des accords de branches avec des objectifs de temps. Pour les particuliers ensuite, on ne pourra pas interdire la bouteille sur l’étalage mais j’ai écrit au ministre Willy Borsus (MR) pour qu’on impose le paquet neutre comme pour le tabac.

Il est d’accord ?

Il ne m’a pas encore répondu. Le décret prévoit également de compliquer les choses sur les lieux de vente. Dans les jardineries, il y a souvent une personne détentrice d’une phytolicence mais pas dans les grandes surfaces. Il faudra qu’il y en ait une ou qu’ils arrêtent d’en vendre. Je veux aussi que les vendeurs placent ces produits sous armoire fermée. Seule la personne détentrice d’une phytolicence pourrait l’ouvrir. Au niveau des pouvoirs publics, on peut l’interdire complètement.

Tout cela alors que le fédéral va accepter la prolongation de ce produit dans le commerce ?

Certaines mauvaises langues disent que comme l’usine de Monsanto (NdlR : qui commercialise le Roundup) à Anvers emploie du monde, on ne veut pas la voir disparaître.


Les mesures anti-glyphosate en Wallonie

Des règles strictes. Les agriculteurs ne pourront plus utiliser de glyphosate (Roundup) à proximité de nappes d’eau, d’établissements scolaires ou encore de noyaux d’habitats.

L’emballage. Le ministre wallon a demandé au fédéral d’imposer le paquet neutre pour le Roundup.

En magasin. Les produits devront être dans une armoire fermée à clé. Seul un employé détenteur d’une phytolicence pourra y accéder et le délivrer aux clients. Tous les commerces qui en proposeront devront disposer d’un employé qui a une phytolicence.

Cas particulier. Les très grosses exploitations agricoles où le glyphosate est utilisé pour rendre les récoltes de blé matures au même moment ne pourront plus le faire.


"Je veux que dans dix ans, la Wallonie soit 100 % bio"

Vous pensez qu’un jour, on pourra se passer de tous les produits chimiques dans l’agriculture ?

Je ne fais pas encore l’unanimité sur cette question, mais je défends l’idée d’une Wallonie 100 % bio à l’horizon 2025, voire 2030. Cette idée de 100 % de qualité différenciée permettrait d’être à la pointe en matière de santé et d’environnement et de donner un vrai projet de production pour la Wallonie. Ça permettra de donner un revenu aux producteurs. Aujourd’hui ils sont tous à regarder le cours de la Bourse pour le lait et les céréales.

Pourquoi vous ne faites pas l’unanimité ?

Ce n’est pas dans la déclaration de politique régionale et je sens aussi que les syndicats agricoles sont encore réticents. L’idée doit faire son chemin mais c’est selon moi un projet positif. C’est porteur, c’est un vrai label.

Cela existe déjà ailleurs en Europe ?

Il y a eu une étude universitaire sur ces questions en Croatie ou en Lituanie. La conclusion de tout cela, c’est que c’est très rentable. C’est faisable en dix ou quinze ans. Nous travaillons dessus et nous viendrons prochainement avec des propositions pour les différents secteurs agricoles.

Vous voulez changer radicalement le modèle ?

On voit bien qu’il y a de plus en plus de personnes qui ne veulent plus manger de viande parce qu’il y a des incertitudes sur la qualité et sur le bien-être animal. Le 100 % bio résout ces problèmes. Le développement durable passe aussi par la nourriture et c’est ce que je veux faire. Je veux convaincre tout le monde de passer à ce genre de chose. C’est une des pistes pour redonner du sens à ceux qui veulent produire chez nous.

Quel est le pourcentage d’agriculteurs wallons qui sont passés au bio ?

Près de 13 %. On constate que ces agriculteurs ont beaucoup moins de problèmes financiers par exemple. Ils sont en meilleure santé aussi. Pour revenir au glyphosate, il y a certains médecins qui diagnostiquent des cancers qu’ils appellent "cancer de l’agriculteur". Les premiers touchés par l’utilisation de ces produits, ce sont les agriculteurs eux-mêmes.