Planète

COMMENT FONCTIONNE LE RÉSEAU?

Un équilibre permanent entre l’offre et la demande

L’électricité ne peut pas être stockée en grande quantité. Dès que l’énergie est produite par une centrale nucléaire, une éolienne, une turbine au gaz ou une centrale au charbon, elle est transportée d’un point à un l’autre du réseau pour être consommée. "Tout l’enjeu consiste donc à maintenir un équilibre permanent entre la production et la consommation", explique Axelle Pollet, porte-parole d’Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension. "Si la demande excède l’offre, il faut diminuer cette demande ou la combler. Soit on augmente la production, soit ont se tourne vers les importations." Dans le cas inverse, il s’agit de diminuer la production d’électricité ou de vendre le surplus à l’étranger. Les jours de grand froid engendrent généralement un pic de consommation qui entraîne un risque de déséquilibre. Mais cela peut également se produire en été si les producteurs décentralisés (les utilisateurs de panneaux photovoltaïques, par exemple) produisent trop. On est alors face à un pic de production qui peut, lui aussi, mettre la gestion du réseau en difficulté, car la capacité de transport est limitée.

QUI NOUS ALIMENTE EN ÉLECTRICITÉ?

Le parc nucléaire réduit de moitié

Quand le parc nucléaire fonctionne au grand complet, il fournit 55 % de la production électrique, le gaz 39 %, l’éolien 4 % et le charbon 4,5 %. Le 30 mars prochain, le réacteur de Tihange sera mis à l’arrêt pour "une opération d’entretien" planifiée par Electrabel, et viendra s’ajouter aux centrales inactives de Doel 3 et Tihange 2 dont la résistance est toujours à l’étude (lire ci-contre). Le nucléaire représentera alors moins de 30 % de l’électricité produite et sera vraisemblablement compensé par une augmentation des importations d’électricité venue des Pays-Bas, d’Allemagne ou de France. "Depuis la libéralisation du marché initiée par l’Europe au début des années 2000, l’approvisionnement en électricité relève de l’économie de marché", explique Axelle Pollet. "La plupart des fournisseurs disposent d’un fond de roulement et vont s’approvisionner pour le reste sur le marché, là où l’électricité est la moins chère." Cet hiver, avec deux centrales à l’arrêt, la Belgique a été structurellement dépendante de ses importations. "Généralement, ça ne pose pas de problème", ajoute Axelle Pollet. "Mais si d’autres centrales connaissent un incident et doivent être temporairement mises à l’arrêt, cela peut engendrer un risque de pénurie pendant quelques heures."

QUELLE SÉCURITÉ ÉNERGÉTIQUE?

Risque de pénurie en hiver

Le 17 janvier dernier, le réseau belge à haute tension a frôlé la surcharge. Trois petites centrales ont connu un incident alors que froid dopait la demande des consommateurs, ce qui a contraint les fournisseurs à augmenter instantanément leurs importations. Pas de black-out donc, le marché a répondu à la demande, mais deux problèmes auraient pu se poser. Le flux d’importations vers la Belgique est limité à 3 500 mégawatts. L’hiver dernier, il a plafonné à 3 450 mégawatts. Si la demande avait été supérieure, il aurait fallu trouver d’autres solutions. En cas de vague de froid généralisée, la France aurait en outre utilisé toutes ses capacités et cessé ses exportations d’électricité vers la Belgique. "Si cela avait été le cas, on aurait manqué de ressources et appliqué un plan d’action déterminé", précise Axelle Pollet. "Diminuer la demande d’électricité en délestant un certain nombre de clients industriels préalablement sélectionnés et rémunérés. Augmenter la production ou les importations. Et activer le mécanisme de solidarité européenne qui contraint les autres pays à libérer de l’électricité et des capacités de transport." Dans les cas extrêmes où ça ne suffit toujours pas, "on actionne le plan de délestage. Une partie des autoroutes et plusieurs communes réparties sur le territoire sont ‘éteintes’ pendant un temps déterminé pour éviter l’effondrement du réseau."

QUEL AVENIR VOULONS-NOUS?

Un système en transition

"Les centrales nucléaires ne sont pas modulables", précise un spécialiste des questions énergétiques. "Une fois qu’elles sont lancées, elles tournent en permanence et occupent le réseau, ce qui entraîne deux conséquences : une lente disparition des turbines au gaz, de moins en moins rentables et utilisées selon la demande, et contrairement aux idées reçues, une plus grande insécurité énergétique. Si un seul réacteur de 1 000 MW tombe en panne, cela entraîne tout de suite des conséquences importantes. Or, le parc nucléaire est vieillissant, des pannes vont encore se produire. Ne faudrait-il pas investir directement dans le renouvelable et adapter le réseau, lui aussi vieillissant, à une gestion plus décentralisée de la production d’électricité ? Une solution consisterait à investir davantage dans les interconnexions avec les autres pays européens et aller progressivement vers un mix de renouvelable local, renouvelable importé, et des turbines au gaz comme complément d’approvisionnement." La Belgique est en fin de cycle, elle traverse une phase de transition énergétique et la question qui se pose est avant tout sociale, politique : que sommes-nous prêts à mettre en place pour conserver un confort d’approvisionnement, et quels risques sommes nous prêts à supporter pour l’avenir ? "Faut-il redémarrer les centrales avec comme conséquence de freiner cette transition énergétique ? Ou prendre le risque de connaître quelques jours de surcharge en hiver ?", ajoute ce spécialiste. "Une chose est certaine, si on décide de sortir du nucléaire, il faut confirmer que les réacteurs vont fermer, et donner un minimum de garanties aux investisseurs des autres capacités de production pour qu’ils puissent investir dans le renouvelable."