Les îles Galápagos, la Grande Barrière de Corail, l'île de Pâques, le parc national des Glaciers du Montana sont autant d'endroits qui offrent une biodiversité unique et hors du commun. Abritant des tortues centenaires aux coraux multicolores, ces lieux sont menacés par le changement climatique mais aussi par le tourisme.


Le tourisme de masse est l'une des causes bien connues de dégradation de sites. Des villes comme Venise ou Barcelone s'y sont d’ailleurs attaquées frontalement en restreignant les possibilités locatives ou en imposant une taxe d'entrée afin de limiter les nuisances.

Ce tourisme de masse a évolué en tourisme de la dernière chance, c'est-à dire visiter un lieu avant qu’il ne disparaisse ou ne soit irrémédiablement modifié.

Ce sont des Canadiens qui se sont intéressés à cette question, il y a dix ans déjà. Leur étude de 2010, réalisée à Churchill, une ville proposant des visites de la population d'ours polaires en déclin, a révélé que la vulnérabilité croissante des ours polaires incitait la majorité des visiteurs à s'y rendre. Soixante pour cent des visiteurs ont déclaré qu'ils souhaiteraient toujours voir des ours polaires même s'ils semblaient émaciés, et 71% ont déclaré que, si la population d'ours polaires de Churchill était détruite, ils iraient simplement ailleurs pour les regarder.

Depuis son apparition, le phénomène a été identifié sur d'autres destinations. Dans une étude menée en 2016 sur la Grande Barrière de Corail, des chercheurs ont découvert que près de 70% des visiteurs souhaitaient visiter le récif "avant qu'il ne disparaisse". L'ironie est qu'en visitant ces écosystèmes fragiles, les voyageurs accélèrent leur disparition. L'Unesco a même classé le tourisme comme menace principale des Galápagos, au même titre que l’introduction d’espèces envahissantes ou la pêche illégale.

Mais pourquoi continuer à se précipiter vers ces lieux et risquer de les mettre en danger ? Pour Amélie Anciaux, doctorante en sociologie à l'UCL, spécialiste de l'adoption de pratiques écologiques dans la routine quotidienne il y a différents éléments à prendre en compte. "Tout d'abord, la structure matérielle permet de nous rendre dans ces endroits. Tant qu'on aura la possibilité de le faire, les gens le feront. Ensuite, c'est une question d'habitude car la jeune génération que j'étudie considère normal de partir en vacance. Ceux-ci partaient généralement avec leurs parents à la mer du Nord ou en France, des destinations classiques qui se sont désormais transformées en destinations plus exotiques."

Un autre facteur explique le succès de ce tourisme de la dernière chance : le caractère socialement valorisant. "C'est un tourisme de niche, les gens sont à la recherche de ce genre de choses car c'est rare, on en profite car cela va disparaître", explique la chercheuse.

Selon les statistiques du parc national des Galápagos, le nombre de visiteurs dans les îles a augmenté de 39% entre 2007 et 2016. Au cours de la même période, le nombre de visiteurs participant à des visites terrestres a grimpé de 92%. Dans le même temps, le tourisme maritime a diminué de 11%. Cela peut s'expliquer par le fait que les croisières sont de plus en plus réglementées.

Toutefois, le tourisme n'a pas que des désavantages : il créé des emplois mais permet également de générer des revenus pour les îles selon Jim Lutz, président du conseil d'administration du groupe de tourisme et fondateur et président de Vaya Adventures, une entreprise de Berkeley, en Californie. "L'argent généré par les visiteurs permet de surveiller et de protéger le parc national des Galápagos et la réserve marine, ce qui est coûteux et compliqué".

Des propos néanmoins tempérés par la doctorante. "Les circuits touristiques par exemple causent l'érosion des sols", ajoute Amélie Anciaux. "Il n'y a pour le moment pas de chiffre qui démontre que l'éco-tourisme a un véritable impact durable."