La protection civile belge souhaite faire l’acquisition d’un drone, en cas de catastrophe. Les applications non militaires des avions sans pilote se généralisent. Dans tous les domaines.

Les silhouettes noires des oiseaux se détachent sur le fond gris du ciel d’Assenede, en pleine campagne de Flandre orientale. L’un des volatiles décrit de larges cercles au-dessus du champ gorgé d’eau, avant de passer entre deux peupliers. Celui-ci n’est pas un corbeau à la recherche de nourriture, mais un drone, un avion sans pilote. Pas question de militaires ici, même si la technolgie de base est similaire aux appareils utilisés par l’armée américaine. Ici, ce drone "civil", fabriqué à Gand et équipé d’une caméra automatisée, a pour mission de capter de l’imagerie aérienne. Ses prochains propriétaires l’observent du sol. Sam Davis et Simon Briggs, deux géomètres britanniques, s’entraînent à l’usage du "X100". Pour faire atterrir ce "robot qui vole", Sam Davis n’a qu’à presser sur l’écran tactile de la tablette qu’il tient en main, reliée par ondes radio avec l’aéronef.

Corps léger et résistant

"Tout se fait automatiquement", note Maarten Durie, le coach, qui précise que cet UAS (Unmanned Aerial System) peut être stoppé en cas d’urgence. Le travail humain consiste surtout à concevoir à l’avance un plan de vol automatisé, à télécharger sur le pilote automatique. "Ce n’est pas très difficile. Et c’est ‘fun’, af firme Sam Davis. Le drone rendra notre travail de géomètre plus facile et rapide. Le système classique pour un géomètre, c’est se déplacer à pied avec son GPS, et de relever une série de points. On sait en récolter des centaines pour un site. Le drone en récolte des dizaines de milliers." Les deux hommes exercent surtout leur travail dans des mines et des carrières. Utiliser l’UAS leur évite le danger d’y descendre. Mais un drone coûte 44000 euros. "Pour une petite société comme la nôtre, c’est cher, admet Simon Briggs, mais cela nous ouvrira aussi de nouveaux marchés." Ils envisagent de proposer des services à des fermiers ou des exploitants forestiers. Un tel drone permet aussi de détecter les arbres malades ou de doser l’utilisation d’engrais au sein de parcelles agricoles. "Beau travail", approuve le coach. L’avion sans pilote vient de glisser sur le ventre, au sol. Il n’a pas de roues mais un corps en polypropylène expansé, léger, qui encaisse les chocs, et est aisément remplaçable.

GPS essentiel dans le développement

Gatewing, depuis fin 2010, met à profit la thèse de doctorat en aérodynamique de Peter Cosyn, qui a créé la société avec deux associés. Les UAS utilisent en partie des technologies devenues quotidiennes, ce qui n’empêche pas des difficultés. "Le GPS a été essentiel, impossible d’avoir des avions sans pilote sans le GPS, car avec lui, l’avion reste sur sa trajectoire prédéfinie, explique André Jadot, directeur commercial. Mais il y a des défis : par exemple, le vol se fait sans pilote, donc il faut remplacer ce pilote." Pour cela, il y a le pilote automatique, embarqué dans l’avion. Il reçoit l’information des senseurs (accéléromètres, capteurs de position, barométrique...). Ces senseurs indiquent à quelle altitude l’avion vole, à quelle vitesse... "Nous, nous lui donnons l’instruction de couvrir telle zone, et de prendre des photos." La trajectoire pourra être corrigée en permanence. Si tout ceci existe déjà dans les gros avions, cela a dû être miniaturisé, et être le plus léger possible ! L’avion fait deux kilos, pour un mètre d’envergure. "Le logiciel doit pouvoir aussi réagir très rapidement aux turbulences et donner les instructions directement durant le vol. Les senseurs préviennent l’autopilote, qui donne les instructions et l’avion se corrige lui-même." Les limites : les batteries. Après 45 minutes, le drone doit rentrer à sa base. "Mais après 15 minutes, il peut repartir !". "Dans le secteur, il reste aussi le défi technique du ‘sense and avoid’ : détecter les obstacles et prendre une décision, note Michael Maes, Flight Operations manager. La technologie existe, mais pour les gros avions. Ce n’est pas miniaturisé." Le drone de Gatewing réalise un travail de géomètre, mais dans des situations où l’usage d’un vrai avion ou d’un géomètre "au sol" est inadapté. La société a spécialement conçu son drone pour réaliser de l’imagerie aérienne, ou des modèles numériques du terrain.

Pour cela, les images sont traitées et rectifiées géométriquement pour pouvoir être exploitées ensuite sous forme de cartes et de plans. Ces drones sont exportés dans le monde entier, par exemple pour des suivis de grands chantiers, comme celui de cette centrale d’EDF en Angleterre, ou pour l’établissement de données sur le volume extrait de carrières et de mines en Australie. Et même pour la cartographie de l’île de Pâques qui n’avait jamais été réalisée, vu la difficulté d’accès. "Il y a une demande du marché, note M. Jadot. L’avion sans pilote est en train de rentrer dans les mœurs. Il y a eu la phase d’innovation. Et on arrive dans la phase où l’usage se répand fortement."

Des drones civils peuvent ainsi être utilisés pour la surveillance de pipe-line ou de lignes à haute tension. Ou même pour inventorier des animaux. Et la protection civile belge va acquérir un drone, pour survoler des sites de catastrophe. "C’est un domaine en pleine expansion. Cela va se généraliser. Et il y a encore plein d’autres applications qu’on n’a pas encore imaginées", estime Michael Maes.