Phytofar, l'association belge de l'industrie des produits phytopharmaceutiques (BASF, Bayer, Syngenta...), n'est visiblement pas prête à s'incliner avec grâce devant la dernière décision prise par le gouvernement belge la concernant. 


On parle ici de la nouvelle réglementation concernant l'interdiction du glyphosate, ce principal composant du RoundUp et suspecté d'être cancérigène. Quel est l'appel que la fédération des fabricants de pesticides adresse, en substance, aux citoyens ? Faites vos stocks, avant que la vente des herbicides soit définitivement interdite. Le ministre wallon de l'Environnement s'est dit scandalisé par cette annonce.

Ce 26 septembre, le gouvernement fédéral, à l'initiative du ministre de l'Agriculture Denis Ducarme, a en effet publié un arrêté royal qui interdit les herbicides de synthèse à usage non professionnel. Il s’agit, entre autres, d’herbicides sélectifs pour les pelouses, d’engrais combinés à des herbicides et d’herbicides contenant du glyphosate (dont l’utilisation était déjà interdite dans les différentes régions), le tout à l'usage des particuliers. Les herbicides sélectifs pourront être vendus jusqu’au 31 décembre 2018, les autres sont désormais interdits de vente.

Pour rappel, classé "cancérigène probable" depuis 2015 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate est utilisé sous diverses marques, la plus célèbre étant le Roundup fabriqué par le groupe américain Monsanto, qui appartient désormais au géant allemand de la chimie Bayer.

Un tribunal de San Francisco a condamné mi-août Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l'origine du cancer de Dewayne Johnson, une victoire pour ce jardinier américain qui espère un effet boule de neige. Des milliers de procédures contre Monsanto sont en cours aux Etats-Unis, à des degrés divers d'avancement. Selon le tribunal US, le glyphosate, qui compose le Roundup, est bel et bien cancérigène.

Controverse européenne

En Europe, après deux ans de débat particulièrement houleux, fin 2017, les Etats membres de l'Union européenne (UE) ont renouvelé pour cinq ans la licence du glyphosate. La Commission européenne, organe exécutif de l'Union, met en avant le feu vert de ses agences scientifique, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques), qui n'ont pas classé la substance comme cancérigène. Mais l'indépendance de l'Efsa a été mise en doute par des révélations de journaux selon lesquels son rapport comporterait des passages copiés/collés d'un document déposé en 2012 par Monsanto.

© AFP

En France, le gouvernement français a promis en mai que le glyphosate serait interdit "dans ses principaux usages" d'ici 2021, et "pour tous les usages" d'ici cinq ans.

Chez nous, c'est la santé publique et le principe de précaution, qui ont également prévalu : pour le ministre de l'Environnement Di Antonio (Région wallonne), "la dangerosité du glyphosate semble aujourd'hui avérée", comme il le disait dans La Libre au mois d'août.

"Concocter des herbicides artisanaux"

"Selon les autorités belges, la décision de retirer ces produits du marché a été prise en vertu du principe de précaution et pour des raisons de santé publique. Il s’agit d’un recours abusif à ces principes", assène pour sa part la fédération Phytofar dans un communiqué diffusé ce mercredi. Une décision qui rendrait même la situation plus dangereuse qu'avant, assurent les fabricants de pesticides :


"Le retrait du marché de dizaines de produits, sans la moindre analyse des risques, ne contribuera pas à une sécurité accrue pour les utilisateurs. Que du contraire, l’absence de solutions efficaces pourrait inciter les particuliers à s’en remettre à Internet, concocter des herbicides artisanaux en mélangeant diverses substances dont ils ne maîtrisent pas les réactions ou utiliser des produits qui ne peuvent jamais être utilisés comme produits de protection des plantes, créant, de ce fait, un risque pour la santé ou pour l’environnement."


Les associations et les scientifiques proposent déjà pourtant depuis plusieurs années des alternatives.

"Utilisés correctement, les produits présents sur le marché sont sûrs. Il s’agit donc de décisions politiques sans fondement, qui minent la prévisibilité du système réglementaire et qui rendent impossibles les investissements dans notre pays", affirme encore la fédération . Et de conclure à l'adresse du citoyen, en lui conseillant de se rendre au magasin pour acheter les produits phytosanitaires avant que la totalité de la gamme ne disparaisse définitivement des rayons, pour cause d'interdiction : " Allez donc acheter vos désherbants en toute confiance jusqu’à la fin de l’année", conclut précisément le communiqué.

Pas sûr que cette "rébellion" assumée face à une décision politique fasse plaisir aux ministres concernés...

Réaction de Carlo Di Antonio

Le ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio a en tous cas réagi en fin de journée et s'est dit scandalisé par cette récente annonce de Phytofar encourageant les citoyens à faire leur stock de produits phytopharmaceutiques avant le 31 décembre.

« Phytofar encourage clairement les citoyens à enfreindre la loi puisque, pour rappel, l'usage du glyphosate est interdit en Wallonie pour les particuliers depuis le 1er juin 2017. Il s’agit d’une attitude irresponsable et immorale ! Phytofar fait primer des intérêts commerciaux et économiques au détriment de la protection de la santé et de l’environnement ! Le Roundup est plus que jamais considéré comme cancérigène !" a commenté le ministre.