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Planète

Les joyeux perver(t)s

Louise Culot

Publié le - Mis à jour le

Récolter de l’argent pour une bonne cause peut se décliner en une infinité d’activités : des soupers fromage aux calendriers, en passant par la charité publique, les porte-clés, les marathons sponsorisés, les stylos, etc. Toutes les idées sont bonnes, mais pas toujours rentables, pas toujours excitantes non plus.

Celle de Leonie et Lucifer, Norvégiens d’origine, a le mérite de sortir de l’ordinaire. Pour participer à la protection de la biodiversité, ils ont créé un site Internet porno à l’accès payant. Un concept assez basique qu’il fallait juste penser et oser. Le site de "Fuck for Forest" génère environ 100 000 euros chaque année. Une somme entièrement reversée à des projets de protection des forêts primaires.

Il y a six ans, Leona et Lucifer, amoureux de la nature dans toutes ses manifestations, se rencontrent et décident d’allier leur engagement écologique à leur sexualité débridée. Ils fondent "Fuck for Forest", une association sans but lucratif de protection de l’environnement enregistrée en Norvège. Sauf qu’au lieu de récolter des signatures et des promesses de dons dans la rue ou de vendre du vin chaud au marché bio du coin, ils choisissent d’exploiter l’un des plus vieux filons de l’humanité : le sexe. "Dans la culture judéo-chrétienne, le sexe est si souvent perçu comme quelque chose de sale, d’indécent, de malsain Cela crée des hommes et des femmes frustrés ou ignorants qui reproduisent des comportements pervertis, alors que le sexe est la chose la plus naturelle qui soit."

Les deux idéalistes exaltés alimentent leur site avec des photos d’eux pris, naturellement, sous toutes les coutures, et des vidéos de leurs ébats sexuels les plus fantasques, la plupart dans des décors de potagers, de forêts, de lacs et de parcs.

Pas de coûts de production, pas de brevets à déposer, un marché jamais saturé. Une carotte par-ci, un pénis par-là, une femme nue derrière un arbre, certaines images rappelleraient même le jardin des délices "Au début, on pensait que le projet ne durerait pas. On voulait juste expérimenter un nouveau genre d’activisme, montrer aux gens que pornographie ne rime pas forcément avec perversion. L’idéologie derrière "Fuck for Forest", c’est que le sexe est quelque chose de profondément naturel et peut devenir une manière de renouer avec notre environnement, de redéfinir notre appartenance à ce monde, alors que la société tend à nous éloigner au maximum des choses les plus essentielles et à les substituer par des besoins matériels. Nos photos et nos films montrent toujours des personnes qui s’amusent et se traitent avec respect et amour."

En 2004, Leonie et Lucifer sillonnent les festivals nordiques pour promouvoir leur site et défraient la chronique dans quelques journaux locaux. Ils s’installent à Berlin en 2005. "La mixité socio-culturelle de Berlin permet de propager nos idéaux plus largement et plus librement." Concrètement, ils se rendent régulièrement à trois - depuis 2004, Nati, une jeune Allemande, a intégré le couple fondateur de "Fuck for Forest" - dans des manifestations, des événements culturels, des marchés pour distribuer leurs brochures aphrodisiaques, informer le public de leurs activités et plus si affinités. "Le site fonctionne sur base participative. Chacun peut envoyer ses photos pour alimenter le contenu. Si quelqu’un le souhaite, il peut solliciter notre aide, on peut alors prendre les photos ensemble. Les visiteurs paient un droit d’accès valable pour un mois."

Fuckforforest.com compte à peu près 700 visiteurs par mois. "Beaucoup de gens ont honte de visiter des sites pornos traditionnels et se sentent plus à l’aise avec notre site. Ils n’ont plus l’impression de faire quelque chose de répréhensible; au contraire, ça leur donne carrément bonne conscience de savoir qu’avec leurs fantasmes, ils participent à la protection de l’environnement."

Depuis sa création, le site a notamment participé au financement de projets de reforestation et de protection de zones habitées par des Amérindiens en Amazonie brésilienne, à l’achat de terres destinées à des communautés rurales menacées par l’agrobusiness au Costa Rica, à la protection des dernières forêts primaires d’Europe en Slovaquie. Comme dit Leona, presque naïvement : "Le sexe, ça marche..."

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