Correspondante à Paris

Pilotée par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) de Sciences Po - Paris, l’étude Devast (Disaster Evacuation and Risk Perception in Democracies) s’est penchée sur les conséquences sociales et politiques de la catastrophe de Fukushima.

Professeur au Center for Liberal Arts et au Tokyo Institute of Technology, l’anthropologue japonais, Noriyuki Ueda revient pour sa part sur les origines de ce grand désordre annoncé.

Comment expliquer que le Japon, une démocratie aussi puissante et évoluée, soit resté dans le déni face aux signes avant-coureurs d’une possible catastrophe nucléaire ?

Le Japon possède effectivement des industries très reconnues : Honda, Toyota Quand ces fabricants de voitures trouvent des défauts de fabrication, ils l’annoncent au public. Dans la centrale nucléaire de Fukushima, les problèmes de réacteur étaient connus. Mais ils n’ont pas été dits. Les Japonais se pensent très compétents dans les domaines de l’innovation à petite échelle, mais pas dans les grands programmes. Pour mieux comprendre cela, je ferai le parallèle avec la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais savaient que la défaite était prévisible, mais ils se sont tout de même lancés dans le combat. Chaque Japonais a fait ce qu’il avait à faire sur le terrain, à son niveau. Et il l’a sûrement bien fait. Mais le pays a perdu la guerre. Aujourd’hui, il n’y a plus l’empereur, mais les Japonais continuent de vivre de la même façon.

La France aurait-elle mieux réagi ?

Pas forcément, car l’aspect culturel n’explique pas tout. L’industrie nucléaire fait peur, aussi, en raison de son aspect militaire. Cette industrie cultive le secret. La transparence totale est quasiment impossible. Tant que le militaire demeura lié à l’industrie nucléaire, une catastrophe telle que Fukushima pourra arriver dans n’importe quel pays.

Ce savoir-faire militaire aurait pu favoriser une meilleure gestion des procédures en situation de crise…

Au Japon, il y a une trentaine d’années, vous étiez employé à vie par l’entreprise. Et les salariés étaient rassurés. Mais depuis une dizaine d’années, l’entreprise change. Les employés savent qu’à condition d’être fidèles, ils seront gardés. Sinon, ils seront virés. La pression sur les salariés les oblige à cette exigence de fidélité. Alors, quand ils trouvent un problème dans les systèmes de la centrale nucléaire, ils ne les annoncent pas de peur de perdre leur emploi.

Quel est l’impact social et politique de cette catastrophe ?

Un impact positif, pour le futur. Les citoyens japonais sont plus exigeants envers les autorités et demandent davantage de transparence. L’opinion publique a vraiment changé. Mais ce n’est pas forcément le cas des salariés de Tepco, ni du gouvernement. Eux n’ont pas spécialement changé.