Planète

Oppressés par une surpopulation de gibiers sous les cimes de nos légendaires forêts, quelques uns des sangliers wallons ont décidé ni plus ni moins de se faire la malle. Avec quelques marcassins dans les pattes, les plus vaillants d'entre eux ont pris le large, traversant courageusement, il y a de cela quelques années, le viaduc de Beez qui enjambe la Meuse pour transporter la E411 du Sud à la capitale. Filmés sur l'autoroute en pleine nuit par les caméras de surveillance, ces mammifères se sont installés au nord de la Wallonie pour conquérir durant l'hiver 2006 la Forêt de Soignes aux portes de Bruxelles. Sans doute certains de leurs collègues ont-il été introduits volontairement et clandestinement, mais le fait est qu'alors qu'ils avaient quitté cette forêt en 1917, ils sont maintenant une trentaine à la lisière de la capitale, et leur population devrait grandir à l'avenir (des écoducs et écoviaducs enjambant les artères routières et ferroviaires vont favoriser leur mobilité, et le rajeunissement actuel de la forêt améliorer leur alimentation).

Pourraient-ils cependant, à l'instar de ce qui se passe à Berlin, envahir nos quartiers et nos villes? Il est peu probable tant ils sont surveillés, contrôlés et farouches. Bénéfiques pour la biodiversité de la forêt de Soignes (ils régulent la population des rongeurs, aèrent le sol et l'humus en fouinant la terre...), ils devraient s'établir durablement comme voisins fidèles des Bruxellois, sans trop les déranger cependant dans leurs activités urbaines.

Tout le contraire d'autres mammifères sauvages qui hantent les travées de nos villes tels que les blaireaux, les hérissons ou les renards. Qui n'a jamais croisé un goupil scrutant avidement une poubelle au cœur de la nuit d'Ixelles, d'Etterbeek, de Boitsfort ou de la Gare Centrale? Les renards sont de plus en plus nombreux à vivre parmi nous, et leur croissance cause parfois bien des problèmes à nos poules comme à notre propreté publique.

A Paris ou Londres, le même constat peut être réalisé : il y a une faune sauvage de plus en plus remarquable dans nos villes. Interrogée par le site atlantico.fr Justine Roulot confirme que le développement des espaces verts dans les villes n'est pas sans incidence sur la mobilité des animaux. « La réflexion intéressante à développer est d’arrêter de penser notre pays comme un espace divisé en deux types de zones, rurales et urbaines. Ce qu'il faut faire, c’est se poser la question de la reconnexion entre les biodiversités urbaines et rurales, quand cela est nécessaire, car ce n’est pas toujours le cas » explique encore Justine Roulot chargée de mission politique de biodiversité au sein de l'association Humanité et Biodiversité présidée par Hubert Reeves.

Car si la biodiversité est vitale à l'humanité, notre cohabitation avec les animaux qu'ils soient mammifères ou non (on observe à Bruxelles près d'une centaine d'oiseaux nicheurs indigènes dont des buses, des éperviers et même des faucons pèlerins) doit et peut se faire en meilleure harmonie. De multiples gestes sont d'ailleurs possibles au quotidien : privilégier dans nos jardins une place à la nature spontanée (zone non tondue, mare...), éviter les revêtements durs pour permettre au sol d'absorber l'eau, créer des façades et toitures vertes, et éviter tout engrais chimique ou pesticide.

Bien loin des images de films d'horreurs ou d'invasion d'une horde de sangliers dans nos quartiers, les animaux se présentent comme nos meilleurs alliés pour accompagner nos chères destinées.