L'anthropologue Pascal Picq est un spécialiste des grands singes. Entre Darwin et lui, explique-t-il, aucun anthropologue (qui étudie l'être humain sous tous ses aspects et tend à définir l'humanité) ne s’est intéressé aux grands singes, "nos frères d’évolution". Pour Pascal Picq, les grands singes ont beaucoup de choses à nous raconter sur nous-mêmes. 

"D’un point de vue anthropologique, on sait depuis quelques décennies les grands singes, et tout particulièrement les chimpanzés et les bonobos, représentent les espèces les plus proches de nous dans la nature actuelle. Nous partageons quasiment le même patrimoine génétique. Puis, au fil des observations, on s’est aperçu qu’ils partagent aussi tous les comportements que l’on avait postulé comme propre à l’homme, mais sans l’ignorance totale de nos frères d’évolution : bipèdie, outils, culture, système sociaux, politique, empathie, chasse, partage, langage … Les chimpanzés sont tout simplement plus humains que ce que notre arrogance ne voulait pas voir ! Cela a bouleversé nos recherches sur les origines de l’Homme". 

En outre, les chimpanzés ont des cultures et des savoirs faires, comme des pratiques thérapeutiques utiles pour nous. "Plus largement, les singes sont les jardiniers des forêts." En mangeant les fruits, ils dispersent les noyaux et les graines des arbres et participent à leur reproduction, favorisant la biodiversité des forêts tropicales. Si les insectes butineurs et les singes disparaissent, ce sont les forêts qui meurent. Est-ce que cela nous concerne en Europe ? "Evidemment, car ces mécanismes se répercutent à l’échelle mondiale. Quand vous mordez dans un hamburger, il y a des chances pour que la viande viennent du brésil, de bœuf nourris avec du soja OGM, sont les champs ont été pris à la forêt, entraînant la disparition de singes et, surtout, de peuples traditionnels. Notre obésité galopante écrase les diversités".