Planète

En attendant le jour où tous nos déchets recyclés deviendront matières premières secondaires au sein de l’appareil productif d’une économie circulaire, les initiatives visant à alléger nos poubelles, individuelles ou collectives, pratiques traditionnelles revisitées ou innovations, ne manquent pas. Dans les grandes villes, les habitants peuvent certainement jouer un rôle clé dans la valorisation des déchets. A Berlin, cette tendance se décline sous des formes multiples et insolites.

Le marché aux puces

Le concept du marché aux puces est certes loin d’être nouveau, mais quelle autre ville d’Europe peut se vanter d’en organiser à peu près cinquante par semaine ? Le dimanche matin, le chinage est devenu un rite. Au lieu d’être relégués dans des placards ou à la cave, les objets inusités sont aussitôt revendus pour quelques euros. Comme la concurrence favorise l’adaptation de l’offre et de la demande, les puces berlinoises ont acquis très bonne réputation tant auprès des "fashionista", les fanatiques de la mode, et des collectionneurs d’objets vintage qu’auprès des consommateurs moyens. Les étals du marché, aussi bien soignés que garnis, n’ont rien à envier à ceux de la grande distribution.

A la recherche d’un pull d’hiver, d’un grille-pain ou d’un cadeau de Noël, le Berlinois se rendra donc aux puces de son quartier avant d’opter pour du flambant neuf, une aubaine pour des masses de biens de consommation déclassés quoi qu’en bon état.

Freebox et troc

La BSR, la société responsable du ramassage des poubelles à Berlin, héberge sur son site une plateforme de petites annonces en ligne (http://www.bsr.de/verschenkmarkt) grâce à laquelle rien ne se perd, rien ne se jette, tout s’échange. " Avant de vous débarrasser de quelque chose, demandez-vous si l’objet pourrait être réutilisé par quelqu’un d’autre ", lit-on sur le site.

Le troc porte sur des biens de nature et de valeur très variables, du tube de dentifrice aux fruits du jardin, du mobilier de bureau aux livres d’école. Pour ceux que les bons plans de la Toile n’intéressent pas, ils peuvent espérer dénicher un trésor dans l’une des fameuses "Freebox" de certains anciens quartiers de l’Est. Armoires improvisées sur le trottoir, les fournisseurs des "Freebox" y déposent leurs possessions indéfiniment, en attendant qu’elles fassent le bonheur d’un acquéreur passant par là.

La bouteille consignée

En Allemagne, il est rare d’acheter une bouteille ou une canette qui ne soit consignée. Aucun liquide n’échappe au système de "Pfand" qui permet aux producteurs de réutiliser les bouteilles au lieu d’en fabriquer à l’infini en mobilisant des ressources inutilement. La consigne vaut entre 0,8 et 0,25 cent d’euro, comptabilisés à la caisse et restitués au retour de la vidange en bon état. Pour beaucoup, les quelques centimes investis dans le "Pfand" tiennent de la contribution symbolique. Ceux-ci abandonnent plus volontiers leurs bouteilles vides aux abords d’une poubelle publique plutôt qu’ils ne les ramènent au magasin. Du coup, une légion de "Pfandsammler" ou "collectionneurs de vidanges" s’est formée dans les rues de Berlin qui arrondissent leur fin de mois sur base de ce système de consignation. Depuis 2011, pour éviter que les cadavres de bouteilles ne s’entrechoquent dans un coin de leur cuisine, les Berlinois peuvent, sur un site internet (www.pfand.de), trouver le nom et le numéro de téléphone d’un "collectionneur de vidanges" actif dans leur quartier.

"Les sauveurs de vivres"

En Allemagne, le film documentaire "Nos poubelles passent à table" (Valentin Thurn) diffusé en 2010 sur la chaîne publique ARD, a attiré les regards du grand public sur "les déchétariens" ou les adeptes du "Containern", en allemand. Activistes au sein du mouvement contre le gaspillage alimentaire, "les déchétariens" s’approvisionnent en glanant des vivres dans les poubelles des supermarchés. Leur butin est constitué d’aliments consommables dont la date de péremption est dépassée ou qui ont été sortis des rayons avant d’être périmés. Bien que leur action soit illégale et susceptible d’amande, ils échangent des informations et se réunissent à travers les réseaux sociaux, actifs à Berlin sous le nom "de sauveurs de vivres". Certains d’entre eux procurent la matière première aux "Vokü" (abréviation de Volksküche), l’incontournable soupe populaire toujours en vogue à Berlin Est.