Si l’humanité aura épuisé le "budget naturel" de la Terre à partir de ce 8 août, la Belgique a épuisé celui du pays depuis… le 27 février. La Belgique est en effet affligé d’une "dette écologique" qui bat des records.

Depuis les années 70, l’empreinte écologique de l’humanité et la biocapacité de la planète ne correspondent plus. L’empreinte écologique est la demande exercée par l’humanité sur la nature, la biocapacité, la capacité de la planète à régénérer ces ressources et à absorber les déchets, dont les émissions de carbone. En résumé, "combien de nature nous utilisons", contre "combien de nature" nous avons.

Aujourd’hui, plus de 80 % de la population mondiale vit dans des pays qui consomment "plus de nature" qu’ils n’en "ont" eux-mêmes. Surnommés les "endettés écologiques", ces pays consomment surtout les ressources naturelles d’autres pays en plus des leurs. C’est ainsi qu’il faut sept fois la superficie du Japon pour couvrir les besoins des Japonais. Les Italiens consomment l’équivalent de 4,3 fois leur pays et les Egyptiens, 3,9. Les Belges font aussi partie du lot. "Les Belges ne font pas figure d’exemple puisque nous consommons pas moins de 6,3 fois la superficie de la Belgique", avertit Koen Stuyck, du WWF Belgique. En clair, il faudrait six Belgique pour (re) générer les ressources utilisées par les Belges et absorber leurs émissions de carbone d’un an.

Dans le Top 10 des "pires" pays

"Ces chiffres élevés sont la conséquence des fortes émissions de C02, de l’abondance de routes et bâtiments - la surface bâtie en Belgique est sept fois supérieure à la moyenne mondiale - et de l’empreinte écologique élevée des cultures agricoles (tant les cultures alimentaires que fourragères et textiles), analyse Koen Stuyck. D’autre part, la Belgique ne dispose que d’une faible biocapacité pour produire elle-même toutes ces matières premières ou traiter les déchets et le CO2."

Plus précisément, environ 60 % de l’empreinte écologique de la Belgique provient des émissions de carbone. "Les bâtiments belges sont très mal isolés, il y a très peu d’énergies renouvelables, le transport routier est très dense et la politique des voitures de société n’incite pas à l’utilisation des transports en commun", résumait le WWF lors de la publication du rapport Planète vivante en 2014. Quant à l’empreinte liée à l’agriculture, elle est le double de la moyenne mondiale, entre autres car le Belge est un grand consommateur de viande. Or, produire une calorie de viande nécessite 7 à 10 fois plus de surface agricole qu’une calorie de céréale. En résumé, s i tout le monde consommait comme les Belges, il faudrait 4, 3 Terres. Seuls neuf pays font pire, dont les Etats-Unis, Singapour ou le Qatar.

"Non aux chaudières à mazout"

En Belgique, nous avons pourtant de nombreuses solutions à notre disposition, martèle le WWF : "Passer massivement aux énergies renouvelables, réduire la consommation, opter pour un régime alimentaire pauvre en viande, transiter vers une économie circulaire basée sur le recyclage et la réutilisation et enfin, réformer la mobilité et la fiscalité." Le Fonds mondial pour la nature demande par exemple que les autorités belges bannissent la vente de voitures équipées d’un moteur à combustion au plus tard pour 2030, que les chaudières au mazout soient progressivement supprimées et qu’une stratégie soit lancée pour promouvoir l’alimentation végétarienne. "Tout doit également être mis en œuvre pour réaliser une politique énergétique cohérente, qui place notre pays sur la voie d’une société bas carbone", conclut Koen Stuyck.


Ce 8 août, l’humanité aura épuisé son budget "nature"

A partir de lundi, nous aurons épuisé notre "budget naturel", celui que la Terre nous fournit chaque année. L’humanité aura consommé lundi la totalité des ressources que la planète peut renouveler en un an et vivra donc "à crédit" jusqu’au 31 décembre. Le lundi 8 août marque en 2016 le "jour du dépassement" ("earth overshoot day" en anglais).

Avance inexorable

L’ONG Global Footprint s’est spécialisée dans ce décompte, qu’elle réalise annuellement. Son calcul prend notamment en compte l’empreinte carbone, les ressources consommées pour la pêche, l’élevage, les cultures, la construction et l’utilisation d’eau. En conclusion ? Nous émettons plus de dioxyde de carbone que nos forêts et océans peuvent en absorber, nous pêchons plus de poissons qu’il n’en naît et nous abattons davantage d’arbres qu’il peut en pousser chaque année. Et la date avance inexorablement depuis les années 1970.

En 2015, le "jour du dépassement" était survenu le 13 août. En 1970, il n’était survenu que le 23 décembre. Depuis, sa date n’a cessé d’avancer : 3 novembre en 1980, 13 octobre en 1990, 4 octobre en 2000, 3 septembre en 2005, 28 août en 2010. "Pour subvenir à nos besoins, nous avons aujourd’hui besoin de l’équivalent de 1,6 planète" par an, relèvent les ONG Global Footprint et WWF. "Le coût de cette surconsommation est déjà visible : pénuries d’eau, désertification, érosion des sols, chute de la productivité agricole et des stocks de poissons, déforestation, disparition des espèces. Vivre à crédit ne peut être que provisoire parce que la nature n’est pas un gisement dans lequel nous pouvons puiser indéfiniment."

En 2030, "dépassement" le 28 juin

Les émissions de CO2, le principal gaz à effet de serre, sont le plus important facteur de dépassement : elles représentent 60 % de notre empreinte écologique globale. D’après Global Footprint, en 2030, si les émissions mondiales de CO2 ne diminuent pas, l’humanité aura englouti son "budget écologique" dès le 28 juin. "L’humanité s’enfonce dans une dette écologique profonde, dont le changement climatique est l’illustration la plus dramatique, avertit Koen Stuyck, du WWF Belgique. Si l’on veut prendre au sérieux les conclusions historiques de la Conférence de Paris sur le climat, nos émissions de CO2 doivent disparaître complètement à l’horizon 2050. Ce qui requiert un nouveau mode de vie sur notre planète. Mais c’est possible […]. Les technologies actuelles permettent de stimuler de nouveaux secteurs tels que celui des énergies renouvelables, tout en limitant les risques majeurs et les coûts entraînés par le changement climatique."

Le bon exemple du Costa Rica

Par contre, si nous poursuivons dans la même voie, il nous faudrait deux planètes à partir de 2050, calcule le WWF. Aujourd’hui, plus de 80 % de la population mondiale vit dans des pays qui consomment plus que ce qu’ils peuvent produire eux-mêmes (voir notre infographie). La Belgique fait partie de ces pays "endettés écologiques" (lire ci-contre).

Mais certains arrivent à faire machine arrière. C’est le cas du Costa Rica, qui a réussi à couvrir 97 % de ses besoins énergétiques grâce aux énergies renouvelables au cours du premier trimestre de 2016. Le Portugal et l’Allemagne ont de leur côté fortement étendu leur capacité énergétique issue de sources renouvelables cette année.