Le 3 mars, s’ouvrait à Bangkok la 16ème conférence de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (Cites). 5 000 espèces animales et 29 000 espèces végétales dont le commerce est totalement interdit (annexe I) ou étroitement contrôlé (annexe II), selon les risques de les voir disparaître. À l’heure de renvoyer les 177 délégations chez elles, la plupart des acteurs n’ont qu’un mot à la bouche : "Satisfaisant". "Nous avons obtenu de beaux succès", annonce Anne Vanden Bloock, attachée à la cellule Cites du SPF santé publique et environnement. "Quatre espèces de requins menacés par le commerce de leurs ailerons, et les raies Manta menacées par le commerce de leurs plaques branchiales ont été classées à l’annexe II. Un accord a été trouvé sur l’octroi d’autorisations officielles pour la pêche en haute mer des espèces protégées par la Cites qui permettront de mieux les contrôler. Et quatre espèces de Palissandre, un bois de luxe fort prisées par les consommateurs chinois, ont également été mises sous protection. C’était très important. Ce bois originaire de Thaïlande, d’Amérique Latine et d’Amérique centrale est surexploité depuis plusieurs années".

Les rhinocéros massacrés

Ces avancées sont d’autant plus importantes que la précédente conférence avait échoué à inscrire dans ses annexes plusieurs espèces menacées comme le thon rouge, et que la Cites constitue aujourd’hui le principal outil de protection de la faune et la flore sauvage au niveau international. Fondée sur l’utilisation de l’arme commerciale, elle s’impose théoriquement à ses états membres à qui elle peut infliger un embargo commercial sur les espèces protégées en cas de non-respect des accords, votés à la majorité des deux tiers.

"C’est ce qui pose encore problème", tempère Christiaan Van der Hoeven, expert du WWF Netherlands pour les espèces protégées. "Beaucoup de propositions ont abouti mais les états doivent encore les transposer dans leurs législations nationales. Or un certain nombre de mauvais élèves comme la Chine, la Thaïlande, la RDC ou le Nigéria ne se sont toujours pas mis en conformité avec de précédentes mesures. En revanche, la reconnaissance par l’ONU du trafic d’espèces sauvages comme un crime sérieux est un réel succès. Aujourd’hui, les gros trafics sont contrôlés par la criminalité organisée. On ne peut rivaliser avec eux que si on dispose de moyens importants et d’un plan de lutte global".

Et pour cause, éléphants et rhinocéros sont encore fréquemment massacrés en dépit de l’interdiction totale de commercialiser l’ivoire et les cornes, imposée par la Cites. Selon les chiffres du WWF, 668 rhinocéros noirs ont été tués en 2012, contre 13 en 2007 alors qu’il n’en resterait que 30 000 dans le monde. "Une rumeur comme quoi la poudre de corne de Rhinocéros guérirait le cancer est partie du Vietnam", confirme Anne Vanden Bloock. "Ca a fait exploser le braconnage en Afrique du Sud. Les deux pays ont passé un accord pour enrayer la demande d’un côté et interdire la prise de trophées de chasse de l’autre, d’ici 2017. En ce qui concerne les éléphants, la hausse du braconnage est attribuée à la pauvreté, la corruption et les moyens insuffisants mis en œuvre dans leurs pays d’origine, et la demande croissante d’une classe moyenne chinoise en quête de luxe".

Les huit pays impliqués dans le commerce de l’ivoire ont été sommés de mettre en place un plan d’action mais les moyens à mettre en œuvre son considérables. "On a vu des braconniers passer du Mozambique en Afrique du Sud en hélicoptère pour envahir le parc Kruger, tuer les rhinos, et retourner de l’autre côté de la frontière où ils exportent les cornes vers l’Asie sans courir un réel risque d’être arrêté", ajoute Gwendoline Viatour de WWF Belgique. "Le trafic s’est mondialisé avec internet qui facilite considérablement l’obtention de toutes sortes de produits à travers le monde sans qu’on puisse les tracer avec précision. Aujourd’hui, il faut 48h entre le moment où le Rhinocéros est tué en Afrique, et celui où le consommateur vietnamien consomme la poudre qui en est extraite". Malgré les réglementations en vigueur, le commerce d’espèces sauvages et le quatrième commerce illégal le plus lucratif au monde derrière la drogue, les contrefaçons et le trafic d’êtres humains. Selon les estimations du WWF, il génère 19 milliards de dollars par an. Les risques de disparition de certaines espèces sont potentiellement plus rapides que l’entrée en vigueur des mesures censées les protéger.