ExoMars est considérée comme la première étape de l’exploration martienne par l’Europe. L’envoi de la sonde TGO et de l’atterrisseur Schiaparelli, qui recherchent des traces de vie sur Mars, constitue le premier des deux volets de cette mission ExoMars.

L’édition 2016 est une sorte de répétition générale, pour apprendre à atterrir. Même en cas d’échec, cela devait servir selon l’ESA à "faire des ajustements", avant la "vraie" mission de 2020. Cette année-là, l’Europe doit normalement envoyer un robot capable de se déplacer sur Mars. Il doit fonctionner une année martienne, soit plus de 600 jours terrestres. Ensuite, il pourrait y avoir une étape encore plus pointue, avec une mission ramenant un échantillon de Mars sur Terre.

Comprendre l’environnement

Mais pour le manager de Schiaparelli à l’Agence spatiale européenne, Thierry Blancquaert, ExoMars, c’est aussi une façon de préparer les missions d’exploration humaine sur Mars. "C’est compliqué d’aller là-bas, donc on assemble petit à petit les éléments scientifiques et techniques pour accomplir cette mission humaine vers Mars. Pour arriver à se poser, il faut comprendre l’environnement de Mars. C’est aussi l’environnement dans lequel on va se retrouver pour des séjours. Il faut des systèmes vitaux, des supports de vie pour les astronautes…"

Barack Obama et son pas de géant

Et de poursuivre : "Il faut bien connaître la surface de Mars, son atmosphère, bien connaître les tempêtes et les poussières, pour être capable de développer des moyens fiables pour y aller. Je ne nous vois toutefois pas y aller dans la décade qui vient…" L’agence spatiale européenne ne donne aucune date concernant un envoi d’humains sur Mars.

Contrairement aux Etats-Unis, où le président Barack Obama vient de confirmer qu’il veut franchir "ce pas de géant" vers Mars et prévoit une mission habitée dans les années 2030. L’Europe est-elle plus (trop) prudente ? C’est surtout que la Nasa a davantage de raison d’avoir confiance en elle : "Elle a déjà envoyé 7 atterrisseurs sur Mars. Nous, avant ExoMars, nous n’avions envoyé que Beagle 2, et au final, même s’il avait atterri, nous n’avons pas pu communiquer avec lui. On y va graduellement. En tout cas, une mission d’une telle ampleur bénéficiera d’une coopération internationale."

Besoin de volonté

Pour aller sur Mars, le budget s’annonce en effet énorme : des centaines de milliards de dollars. "La mission Apollo (vers la Lune) a coûté entre 100 et 200 milliards de dollars. Cela constituait 2 % du budget fédéral. Là, la Nasa en est à moins de 1 %, souligne l’astrophysicienne Yaël Nazé (ULg). P our aller sur Mars, il faut beaucoup d’argent, or dans le spatial, les budgets ont tendance à se réduire…"

Et cette récente déclaration d’Obama, poursuit-elle, ne l’engage à rien : il est à la fin de son mandat, et ne sera donc pas responsable du budget des décennies à venir. En fait, malgré les déclarations fracassantes de la Nasa, que l’on regarde du côté des Etats-Unis ou de l’Europe (qui a aussi eu ses effets d’annonce en son temps avec Aurora, par exemple), au niveau concret, on est au même point : "pas très loin", dit la scientifique. "Ce qui manque surtout, c’est la volonté. Il faut de l’argent, pour mettre beaucoup d’ingénieurs sur le coup, faire des essais techniques, car techniquement, aller sur Mars, c’est faisable. Ce n’est pas arriver à voyager plus vite que la lumière ou quelque chose du genre ! Pour la Lune, ils sont partis de quasi rien et en huit ans, ils y étaient !"

Retour commercial

Tout n’est pas encore à notre disposition bien sûr : ce voyage nécessiterait une très grosse fusée par exemple. Justement Elon Musk, le milliardaire de la Silicon Valley et patron de la société spatiale Space X, y travaille. Il s’est dit "optimiste" sur sa possibilité d’envoyer les premiers hommes sur Mars en 2024. Le salut viendra-t-il du privé, puisqu’Obama dit vouloir y faire appel pour son "objectif Mars" ? "Cela dépend des objectifs, estime Yaël Nazé. Si l’objectif est purement politique (Ndlr : comme la Lune l’était, comme le sont souvent les missions habitées), cela n’intéressera pas le privé. Par contre, s’il y a un retour commercial, comme chercher des matériaux intéressants sur la planète…" Le déclic pourrait toutefois venir des Chinois et de leur agence spatiale : "S’ils disent : on y va, les autres suivront…" So. De.