Et si c’était pour aujourd’hui ? Dans les rangs de l’exécutif wallon, on se montre de plus en plus prudent, et de moins en moins loquace. Il faut dire que le dossier a reçu ces derniers jours tant de critiques - fondées, et non fondées aussi - que toute tentative de compréhension semble devenue presque vaine. On parle ici de l’avant-projet de décret du ministre wallon de l’Aménagement du territoire, Philippe Henry (Ecolo), relatif à l’implantation d’éoliennes en Wallonie, et que ce dernier entend faire adopter en 1 re lecture ce jeudi en gouvernement.

L’objectif de ce dernier : revoir la façon dont les projets éoliens sont décrochés en Wallonie et ce, dans le but de rationaliser "le plus judicieusement possible" l’implantation des mâts éoliens sur le territoire wallon. Pour y parvenir, l’Olivier s’était d’abord accordé sur un cadre de référence éolien, puis sur une cartographie très largement revue et corrigée mais pas pour autant abandonnée. Avec, comme but ultime, une production annuelle en Wallonie de 3 800 GWh à l’horizon 2020, soit près de 15 % des besoins en électricité.

Le riverain méconnait, le promoteur communique mal

Il y a une petite dizaine d’années encore, on les découvrait, on les admirait, on les contemplait même. Certes elles ont toujours eu leur lot de farouches opposants, mais "peu importe, racontent plusieurs développeurs de projets éoliens, les éoliennes à l’époque, c’était tendance, c’était sexy. On en installait quasiment là où on voulait, c’était effectivement à peu de choses près le règne du ‘premier arrivé, premier servi’. Il y avait globalement peu de pressions paysagères, même si les recours de riverains existaient déjà alors. L’éolien, c’était LA nouvelle filière du renouvelable à l’échelle de la Région wallonne, c’était la poule aux œufs d’or en quelque sorte".

Jusqu’au jour où cet emballement, cette quasi-euphorie autour du vent laissa place à "la réflexion et à la raison", déclarent certains, à "la crispation, au rejet ou à l’indifférence", soutiennent d’autres. Quelle que soit la formule employée, force est de constater que le vent a effectivement tourné pour les éoliennes. Aujourd’hui, on les trouve bruyantes, dérangeantes visuellement, on les aime bien de loin mais surtout pas près de chez soi. Mais pourquoi donc ce revirement de situation ? Tentative d’explications.

1. La méconnaissance du riverain et la peur de l’inconnu. "Il y a quelques années, j’ignorais tout des éoliennes et de leur implantation sur le territoire wallon", raconte un riverain. Je ne m’y suis d’ailleurs jamais intéressé. Jusqu’au jour où j’ai été moi-même concerné par la problématique. Aujourd’hui, il y a un parc éolien à proximité de chez moi. A l’époque, quand j’ai appris qu’un développeur ambitionnait d’installer des mâts non loin de ma maison, je faisais un blocage total, je le reconnais. Je n’y connaissais rien, mais j’avais été marqué à plusieurs reprises par le discours tenu par un lobby anti-éolien particulièrement piquant. Pour apaiser mes craintes et trouver des réponses à mes questions, je me suis rendu à la réunion d’information qui était prévue à destination des riverains. Là, j’ai été particulièrement surpris de voir à quel point la confusion était totale dans l’esprit des gens. En gros, la réflexion des riverains présents se limitait à ceci : ‘On ne veut pas de taches vertes autour du village. Point barre’. Pour ma part, j’ai demandé au promoteur éolien en ques tion de me faire un montage photo, de façon à ce que je puisse visualiser les choses, et ainsi imaginer ce que je verrais de ma maison. Du jour au lendemain, ma perception de l’éolien a totalement changé", termine-t-il.

2. L’absence ou la communication maladroite des promoteurs de projets éoliens. S’ils reconnaissent unanimement avoir peu, pour ne pas dire pas du tout communiqué à l’adresse des communes et des riverains jusqu’il y a encore deux, trois ans - et ce, précisément pour échapper autant que possible aux plaintes - les promoteurs de projets éoliens entendent désormais changer de stratégie. Et miser sur davantage de négociation et de transparence. "Il y a des promoteurs qui se foutent totalement de l’avis des communes. Ils se pointent avec leur huissier et leur permis en poche, point barre. Mais autant dire que cela hypothèque terriblement vos relations ultérieures avec l’ensemble des riverains", expose un promoteur. Qui poursuit : "Pour notre part, nous souhaitons améliorer les RIP, les réunions d’information du public, notamment en proposant aux riverains de visiter des parcs éoliens existants, ou encore en instaurant des forums de riverains de façon à les impliquer davantage dans le projet".

3. L’ absence de ligne politique claire. De manière générale, tous les acteurs de terrain concernés s’accordent pour dire "qu’il n’y a aucun leadership politique sur les matières liées au renouvelable, que ce soit à l’échelon régional, fédéral ou européen". Selon les mêmes, l’éolien n’est plus un sujet politiquement vendeur pour nos représentants, ce qui en fait un dossier "hijacké"… à cinq mois du méga scrutin de mai 2014. Al. D.