C’est au détour d’une route sinueuse des Berkshires, une région montagneuse de l’est des Etats-Unis, que l’âme de E.F Schumacher a trouvé refuge. Un coquet bâtiment en bois juché sur une colline abrite la bibliothèque personnelle de cet économiste anglais qui a marqué son époque avec le célèbre "Small is beautiful".

Ici se perpétue l’héritage de celui qui voyait le développement économique moderne comme une gigantesque machine de production déconnectée des besoins réels des êtres humains et épuisant les ressources naturelles.

En dépit de sa taille modeste, le Schumacher center for a New Economics a été le berceau de plusieurs expériences alternatives qui ont essaimé aux Etats-Unis et de par le monde. C’est ici qu’a été créé, au début des années 80, le premier community land trust, un modèle où la propriété du sol est séparée de celle du bâti (1)."Le terrain appartient à une structure sans but lucratif, ce qui permet d’éviter la spéculation et de garantir des prix abordables pour le logement", explique Susan Witt, gardienne des lieux depuis 33 ans. Le centre est également pionnier dans la création de monnaies locales; la plus récente, le BerkShares, est acceptée dans 400 commerces des environs et échangeable dans cinq banques.


La crise bancaire, moment décisif

Avec Robyn Van En, une agricultrice dont l’exploitation se trouve quelques centaines de mètres en contrebas, le Schumacher center a aussi participé, en 1985, à la création d’un des tout premiers CSA (community support agriculture), l’équivalent des groupes d’achat collectif, qui, chez nous, soutiennent les petits agriculteurs locaux en s’engageant à acheter leur production.

Ils se comptent aujourd’hui par milliers aux Etats-Unis. Sur fond de crise économique et d’une sensibilité accrue pour les questions environnementales, les idées du Schumacher center attirent aujourd’hui davantage l’attention. Au point que l’institution, restée modeste jusqu’au krach boursier de 2008, vient de donner naissance à une nouvelle structure : la New Economy coalition (coalition de la nouvelle économie).

Basée à Boston, elle fédère une cinquantaine d’organisations qui ont émergé ces dix dernières années avec une vision similaire de l’économie : orientée vers la production locale et les circuits courts, soucieuse de préserver les ressources naturelles et de redistribuer plus équitablement les richesses (trois projets sont présentés ci contre). "Les efforts étaient fragmentés et nous avons senti la nécessité de mettre toutes les pièces du puzzle ensemble", raconte Eli Feghali, directeur de communication de la New Economy Coalition. Pour lui, la crise bancaire a été un moment décisif. "Nous avons senti que notre audience s’élargissait. Comme l’a montré le mouvement Occupy Wall Street, il y a une prise de conscience que le système actuel ne fonctionne plus. De plus en plus de gens se sont ouverts à de nouvelles approches en matière d’économie. Car ils s’inquiètent plus du bien-être et de notre capacité à faire face au changement climatique, que du taux de change du dollar et du PIB."


(1) Des community land trust sont pour l’instant en train de voir le jour à Bruxelles et dans le reste du pays.