En ces temps de relance de la croissance par la consommation, c’est à un sujet délicat que s’attaque le Comité économique et social européen (Cese). Ce mardi, cette instance consultative de l’Union européenne organisait en effet un séminaire consacré à l’obsolescence programmée des biens de consommation, justement. Une batterie de GSM irremplaçable car soudée; un condensateur inadapté dans un téléviseur, Cette pratique qui consiste à limiter volontairement la durée de vie d’un produit pour accélérer son renouvellement est en effet de plus en plus contestée.

Une dizaine d’intervenants (spécialiste des analyses de cycle de vie; représentant des consommateurs, philosophe ) sont ainsi venus nourrir la réflexion d’un groupe de travail constitué au sein du Cese afin d’élaborer un code de conduite en la matière. Cet avis d’initiative devrait être bouclé en octobre prochain et transmis à la Commission qui, en vertu du Traité de Lisbonne, sera tenue d’y donner suite.

Signe de la nature sensible de cette discussion, les poids lourds de l’électronique - Apple, Samsung et HP notamment - ont tous décliné l’invitation à venir prendre la parole. Même refus poli du côté de l’OMC ou de Business Europe, le lobby de l’industrie.

Professeur à l’UCL, Thierry Libaert est l’instigateur de cette démarche et le rapporteur du groupe de travail. "D’un point de vue symbolique, agir contre l’obsolescence programmée est le plus bel exemple de ce qui peut être une vraie politique de développement durable au cœur de l’Europe. Au-delà des bénéfices environnementaux, cela peut servir à retisser la confiance des citoyens dans le monde de l’industrie, qui est aujourd’hui au plus bas", explique-t-il. "L’aspect social est également très important car les classes populaires sont les premières victimes de ces produits peu fiables qu’elles doivent racheter régulièrement". Sans même parler des conditions dans lesquelles ceux-ci sont fabriqués.

Pour sa part, M. Libaert estime qu’il faut prioritairement s’attaquer aux cas les plus flagrants du "prêt à jeter où l’on organise pertinemment la fin de vie d’un appareil, alors que l’on sait qu’il pourrait durer plus longtemps". Et de citer l’exemple d’imprimantes contenant une puce électronique qui limite le nombre de copies réalisables. Un véritable "sabotage organisé". Autre piste, renforcer les filières de réparation, avec à la clef une source de création d’emplois locaux.

L’information des acheteurs pourrait également être renforcée en indiquant sur le produit si celui-ci est réparable et, pourquoi pas, en l’informant sur l’espérance de vie escomptée. De cette manière, le consommateur pourrait se faire une idée de l’amortissement de son achat sur la base d’un coût annuel d’utilisation. La fourniture d’une notice, expliquant comment réparer des pannes simples ou la mise en place de l’obligation de garder un stock de pièces disponibles durant plusieurs années, selon le type de produit, serait également bienvenue. Tout comme une extension de la période de garantie qui, de deux ans actuellement, pourrait passer à cinq. En veillant à ce que le coût de cet allongement ne soit pas payé par le consommateur.

En France, le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé est allé jusqu’à proposer la création d’un "délit d’obsolescence programmée". Une approche radicale qui aura sans doute du mal à passer la rampe.