Des cultures qui échouent, en proie aux insectes auxquels elles étaient censées résister. Des semences chères et des coûts supplémentaires pour un rendement très bas. La culture OGM est loin d’être une affaire rentable si l’on en croit le rapport de Greenpeace rendu public mercredi, et consacré aux coûts socio-économiques des organismes génétiquement modifiés.

A quelques jours d’un important séminaire organisé lundi à Bruxelles par le SPF Santé publique sur le thème de "l’évaluation de l’impact socio-économique des OGM" en présence de tous les acteurs concernés par le sujet, Greenpeace a souhaité mettre en lumière cette problématique en invitant des représentants du monde agricole espagnol à témoigner de leur expérience dans notre pays. L’Espagne, qui occupe actuellement la présidence tournante de l’Union européenne, concentre en effet à elle seule près de 80 % des OGM cultivés dans toute l’Union européenne. Dans tout le pays, l’organisation environnementale a recueilli de nombreux témoignages d’agriculteurs lésés par les cultures OGM afin de démontrer leurs conséquences néfastes, tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs.

Outre des échecs agricoles, et les multiples cas où les cultures OGM n’ont pas offert l’effet vanté par ses concepteurs, le rapport de Greenpeace dénombre quantité de coûts supplémentaires engendrés par les semences OGM. Nombre d’agriculteurs sont ainsi contraints d’utiliser des intrants supplémentaires et de procéder à des coûteuses opérations de ségrégation des cultures pour éviter la contamination avec des cultures non-transgéniques. Pour le maïs OGM, destiné à l’alimentation du poulet d’élevage, Greenpeace a ainsi calculé un surcoût de 36,57 euros la tonne. Un surcoût qui se répercute sur le producteur et le consommateur, et ne bénéficie, au final, à aucun maillon de la chaîne alimentaire.

Aux Etats-Unis, le prix élevé des semences de soja transgénique et le rendement plus bas offert par ces semences ont créé plus de 11 milliards de dollars de pertes pour les agriculteurs américains, peut-on lire dans le rapport de Greenpeace. Les Etats-Unis où, après usage de semences génétiquement modifiées dans leurs champs, de nombreux agriculteurs sont désormais contraints de désherber à la main, des mauvaises herbes étant devenues résistantes aux herbicides. "Les OGM ne nous ont rien apporté", commente Andoni Garcia, représentant de la COAG, le syndicat agricole majoritaire en Espagne. "Il s’agit d’un bussiness qui ne bénéficie qu’aux grandes entreprises du secteur des biotechnologies, au détriment des droits des agriculteurs et de notre souveraineté alimentaire."

Pour Greenpeace, ces nombreux témoignages devraient inciter les autorités européennes à prendre en compte les dimensions socio-économiques dans le processus d’octroi d’autorisation de culture d’organismes génétiquements modifiés. "A l’heure actuelle, la Commission européenne se contente de l’avis de l’agence européenne pour la sécurité alimentaire pour fonder ses décisions", explique Jonas Hulsens, chargé de campagne Agriculture durable/OGM chez Greenpeace Belgique. "Il est essentiel que les autres dimensions soient également prises en compte." Selon Greenpeace, la prise en compte des aspects socio-économiques des OGM reviendrait en effet à ne pas accorder d’autorisation de mise en culture à la plupart d’entre-eux.

C’est au prochain semestre, durant la présidence belge de l’Union européenne, que ce sujet pourra être amené à l’ordre du jour du Conseil des ministres européens de l’Agriculture. Greenpeace estime capital de porter ces informations au grand jour, les agriculteurs belges n’ayant pour l’heure aucune expérience directe avec les OGM.