Planète

Il est inhabituel qu’un président des Etats-Unis passe plus que quelques heures en Alaska, à la faveur d’une escale lors d’un voyage intercontinental. Solidement républicain, le 49e Etat américain n’exerce par ailleurs pas un attrait exagéré sur les locataires démocrates de la Maison-Blanche. En y achevant mercredi une visite de trois jours, Barack Obama a habilement voulu illustrer, de façon très pédagogique, une de ses priorités politiques.

Il s’agit bien entendu du réchauffement climatique, à trois mois d’une conférence internationale à Paris que les experts jugent cruciale et lors de laquelle M. Obama voudrait voir les Etats-Unis jouer un rôle majeur. Le Président, qui peine toujours à convaincre ses adversaires républicains au Congrès de la réalité des enjeux, s’est arrêté au glacier Exit (le bien nommé…), dans les monts Kenai. Intégré dans un parc national, le site est traversé par un sentier le long duquel on a marqué les étapes successives du retrait du glacier, qui a reculé de deux kilomètres en deux siècles.

Nulle part ne mesure-t-on mieux qu’en Alaska l’effet du réchauffement climatique, devait souligner lundi le Président américain lors d’une conférence internationale sur l’Arctique organisée à Anchorage. Les glaciers de l’Etat perdent chaque année 75 milliards de tonnes de glace. C’est, a expliqué M. Obama à l’usage de ceux qui n’auraient toujours pas pris la mesure du désastre, septante-cinq fois un volume équivalant à la superficie du Mall de Washington, du Capitole au mémorial de Lincoln, multipliée par quatre fois la hauteur de l’emblématique obélisque à la gloire de George Washington qui trône en son milieu…

Des contradictions

Barack Obama entend réduire les émissions de gaz à effet de serre et promouvoir les énergies renouvelables. Mais c’est lui aussi qui a autorisé en mai dernier la prospection pétrolière et gazière en mer des Tchouktches, entre Russie et Amérique, dans l’océan Arctique. Les associations de défense de l’environnement crient au scandale, en pointant les dangers que cette activité ferait courir à des écosystèmes extrêmement fragiles.

Nul n’a oublié, en Alaska, la marée noire provoquée en 1989 par le naufrage de l’"Exxon Valdez". Mais nul n’oublie non plus l’importance du secteur énergétique dans l’économie locale, déjà durement touchée par la chute des cours pétroliers. Le secteur emploie plus de cent mille personnes, s’est empressée de rappeler l’Association des producteurs de gaz et de pétrole, tandis que le gouverneur William Walker déplorait que le fameux pipeline qui descend de Prudhoe Bay jusqu’au port de Valdez ne fonctionne qu’à un quart de sa capacité.

Barack Obama a donc dû jouer les équilibristes, déplorant la fonte des glaces dans l’Arctique, tout en épinglant les opportunités économiques dont s’accompagne le phénomène (exploitation de ressources naturelles jusque-là inaccessibles, nouvelles voies maritimes, essor du tourisme…). Il a exprimé le souhait de ne pas laisser les autres Etats riverains, en tête desquels la Russie, distancer les Etats-Unis dans cette nouvelle conquête de l’Ouest, ou, plutôt, du Nord-Ouest.

Le Président a ainsi annoncé la construction accélérée de grands brise-glace - les Etats-Unis n’en ont que deux en état de marche, alors que la Russie en possède plus de quarante. Et il a flatté le sentiment identitaire des populations autochtones en décrétant que le mont McKinley, point culminant de l’Amérique du Nord à 6 194 mètres, serait désormais désigné exclusivement par son nom originel en langue koyukon : Denali.