Habitez-vous une région plus à risque d'intoxication au radon, deuxième cause de cancer du poumon?

Avez-vous déjà mesuré le taux de radon dans votre habitation? Probablement pas, comme la grande majorité des Belges. Or, après le tabac, ce gaz radioactif naturellement présent dans les sols et les roches est la deuxième cause de cancer du poumon.

Habitez-vous une région plus à risque de contamination au radon, deuxième cause de cancer du poumon?
© JEAN-LUC FLEMAL

Avez-vous déjà mesuré le taux de radon dans votre habitation? Probablement pas, comme la grande majorité des Belges. Or, après le tabac, ce gaz radioactif naturellement présent dans les sols et les roches est la deuxième cause de cancer du poumon.

Raison pour laquelle sera lancée, ce mardi 1er octobre, l'Action Radon 2019. Menée par l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN), en collaboration avec les provinces wallonnes, la Région bruxelloise et la Communauté germanophone, cette campagne de sensibilisation annuelle vise une nouvelle fois à informer la population sur les risques liés au radon, à stimuler des mesures de dépistage et à montrer les solutions de prévention et de remédiation.

D'où vient et où va le radon ?

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"Le radon est un gaz radioactif issu de la désintégration de l’uranium-238, nous explique le Pr Alfred Bernard, toxicologue de l'UCL et directeur de recherche FNRS. Il est émis par les sols et roches qui contiennent de l’uranium. La radioactivité est due à l’émission de particules alpha qui sont particulièrement dangereuses lors d’une contamination interne par inhalation." Inodore, incolore et insipide, ce gaz radioactif naturellement présent est aussi insidieux. Via les fissures, les équipements sanitaires ou encore les approvisionnements d’eau, il peut sans souci s'infiltrer à partir du sous-sol dans n’importe quel bâtiment.

Dans quelle mesure le radon est-il dangereux pour la santé?

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"On estime que l’exposition domestique au radon est la deuxième cause de cancer du poumon pour l’ensemble de population générale et la première cause pour les non-fumeurs, poursuit le Pr Bernard. Au-delà de 100 Bq/m3, le risque de cancer du poumon augmente linéairement avec le niveau de radioactivité, en moyenne de 16% pour chaque incrément de 100 Bq/m3 pour une exposition continue sur toute une vie. En France, on estime que le radon domestique est responsable de 10% des décès par cancer du poumon. Point très important à souligner : il existe une interaction très significative avec le tabagisme si bien que les risques sont surtout très importants pour les fumeurs. L’étude des risques combinés du radon et du tabagisme indique que 75% des décès par cancer du poumon attribuables au radon surviennent chez les fumeurs actuels, 20% chez les anciens fumeurs et 5% chez les non-fumeurs. Le risque est donc  à tout le moins 15 fois plus élevé chez le fumeur actuel comparé au non-fumeur. Il faut préciser que le risque de cancer du poumon en milieu domestique ne devient significatif qu'en cas d'exposition chronique sur de très nombreuses années d'exposition. Bien sûr plus on est exposé tôt (par exemple depuis l'enfance), plus cette exposition chronique risque d'être longue et donc le risque élevé  de cancer du poumon au cours de la vie". Quant à savoir s'il existe des liens avec d'autres types de cancer, "certaines études suggèrent que le radon dans l'air pourrait induire un cancer au niveau du rein mais à ce stade, le poumon est le principal organe cible en cas d'inhalation de radon", répond le toxicologue. 

Quelles sont les zones concernées ?

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La carte de la Belgique est éloquente. Pour des raisons liées à la composition du sous-sol, le sud du pays est clairement plus concerné par le radon que le nord. Certaines communes du Brabant wallon, les provinces de Liège et du Luxembourg sont considérées comme des zones à risques : 5 à 10% des maisons se trouvent en effet au-dessus du niveau de référence de 300Bq/m3. La concentration de radon dans l'air se mesure en Becquerel par mètre cube (Bq/m³). La Belgique s’aligne sur une directive de l’Union européenne qui fixe à 300 Bq/m³ le niveau à partir duquel il est indiqué d’agir dans les constructions existantes. Plus la concentration mesurée est élevée, plus il y a lieu d’y remédier. Après remédiation ou dans une construction neuve, le niveau à atteindre est fixé à 100 Bq/m³.

Comment mesure-t-on le radon ?

Un simple test suffit ! "Utiliser un détecteur est le seul moyen de savoir si l’on est exposé au radon, explique l'AFCN. Un détecteur est un petit tube en plastique, de la taille d'un tube de rouge à lèvres, qui enregistre et conserve les traces. Il ne modifie pas le milieu dans lequel il est placé et ne représente aucun danger pour les utilisateurs des locaux dans lequel il est placé ou pour l'environnement. Il doit être placé au rez-de-chaussée dans la pièce la plus fréquentée de la maison (le plus souvent une chambre à coucher ou le salon). La mesure s’effectue pendant trois mois, au terme desquels le détecteur doit être renvoyé pour analyse".

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Quelles solutions faut-il envisager ?

Si les mesures révèlent un taux anormalement élevé (au-dessus de 300 Bq/m³) de radon dans votre habitation, les partenaires de la campagne (l’AFCN, les Services d’Analyse des Milieux intérieurs des provinces du Brabant wallon, de Liège, de Luxembourg et de Namur, ainsi que le Laboratoire des Pollutions Intérieures de la Province de Hainaut et le CRIPI à Bruxelles) accompagnent le propriétaire dans un processus de remédiation. "En fonction du type de construction et du taux mesuré, les actions de remédiation à envisager vont de l’obturation des voies de passage du radon à l’amélioration de la ventilation, jusqu’à l’aspiration de l’air dans le sol sous la dalle", précise encore l'AFCN. Toujours est-il que, pour diminuer la concentration de radon, le premier réflexe à adopter consiste à aérer son habitation. Une bonne qualité de l'air intérieur est en effet primordiale. Le manque de ventilation, particulièrement pendant la période froide de l'année, contribue à augmenter significativement la concentration en radon.

Comment se procurer un détecteur et à quel prix?

Du 1er octobre au 31 décembre 2019, le citoyen belge peut commander un détecteur de radon via le site web www.actionradon.be pour un coût total de 20€ (comprenant l’analyse et l’aide éventuelle à la remédiation). Pour mesurer le radon sur un lieu de travail, rendez-vous sur www.radonatwork.be.

En parallèle, les partenaires de la campagne proposent au public toute une série de services liés au radon comme des aides directes par téléphone, des journées d'information, des affiches, des brochures…

Qu'a révélé Action Radon 2018 ?

Les résultats de l'action menée l'an dernier ont de quoi interpeler. Suite à cette campagne de sensibilisation, plus de 4 200 ménages belges ont commandé un détecteur pour mesurer le taux de radon dans leur habitation. En Wallonie, presque 10% des mesures effectuées dépassent le niveau de référence de 300 Bq/m³. Un travail important de remédiation dans environ 400 maisons est actuellement en cours. Presque 200 maisons ont dépassé 600 Bq/m³ ; elles peuvent bénéficier d’une inspection de remédiation par un expert radon. Selon les estimations, 36 000 bâtiments seraient concernés par une concentration trop élevée en radon dans notre pays.

Quel est le rôle de l’AFCN ?

En Belgique, l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) est l’autorité compétente pour les problèmes de radon dans les bâtiments. Dans le cadre de sa mission de protection de la population, l’AFCN a pour objectif de diminuer tant que possible les risques d'exposition au radon dans les bâtiments privés, publics et professionnels. C'est ainsi que, chaque année, elle mène l’Action Radon, une campagne de sensibilisation visant à informer la population des risques liés au radon.

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