Un médecin spécialiste insiste sur l'importance de reprendre les consultations : "On risque de se retrouver avec des mauvaises surprises"

Depuis un mois, toutes les consultations non urgentes ont été suspendues chez les médecins spécialistes. Aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux à tirer sonnette d'alarme et à demander que les choses évoluent pour le bien-être des patients.

Un médecin spécialiste insiste sur l'importance de reprendre les consultations : "On risque de se retrouver avec des mauvaises surprises"
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Depuis un mois, toutes les consultations non urgentes ont été suspendues chez les médecins spécialistes. Aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d'alarme et à demander que la situation évolue pour le bien-être des patients.

Suspendre toutes les visites, examens et interventions médicales non urgentes, cette décision avait été prise il y a un mois pour limiter au maximum les déplacements des patients et ainsi endiguer la propagation du coronavirus. Mais aujourd'hui, selon plusieurs médecins, un retour progressif à la normale devrait être envisagé. C'est en tout cas ce que pense Audrey Neuprez, spécialiste en médecine physique au CHU de Liège et conseillère communale libérale, qui a récemment lancé une pétition en ligne allant dans ce sens. Selon elle, sans une reprise rapide de certaines disciplines, des pathologies, à première vue bénignes, pourraient dégénérer. "Ce qui n’était pas urgent durant les trois premières semaines risque de le devenir si on prolonge cette situation. La téléconsultation ce n'est pas la panacée et ce n'est pas parce qu'il y a le coronavirus, qu'il n'y a plus d'autres pathologies", nous a-t-elle confié.

"Cette pétition concerne vraiment toutes les disciplines: kinésithérapie, pédicure médicale, chirurgie... Pour l'instant, nous n'avons reçu aucune remarque négative, que du contraire. Nous en sommes déjà à plus de 1200 signatures, dont plus de la moitié proviennent des professionnels de la santé", poursuit-elle. Audrey Neuprez aimerait atteindre les 2000 signatures et compte faire parvenir la pétition au gouvernement d'ici la fin de la semaine. "Normalement, les consultations restent annulées encore deux semaines, si on pouvait déjà gagner une semaine ce serait énorme, car les choses vont reprendre de manière progressive. Nous sommes vraiment concernés par ces milliers de rendez-vous que l'on va devoir reporter. Comment allons-nous pouvoir prendre en charge tous ces patients de manière adéquate", s'interroge-t-elle. La doctoresse est également préoccupée par la convalescence de ces patients qui pourrait s'en retrouver altérée.

Une inquiétude que plusieurs médecins partagent. C'est notamment le cas d'un médecin spécialiste qui nous a fait part de ses craintes tout en restant anonyme. "Si on laisse trainer les choses on risque de se retrouver avec des vrais problèmes. En plus les suivis sont vraiment compliqués puisqu'on ne peut plus faire actuellement de nouveaux examens et on risque de se retrouver avec des mauvaises surprises", nous explique-t-il.

Comment juger de ce qui est urgent ?

Le spécialiste, qui recevait en temps normal aux alentours de 80 patients par semaine, n'en accueille plus que 3 à 5 en fonction des cas. En effet, c'est aux patients eux-mêmes de juger de leur état et de l'urgence de leurs symptômes. Une situation qui n'est pas toujours facile à gérer. "Je téléphone à tous mes patients, pour faire un suivi à distance, répondre à leurs questions et leur faire parvenir des prescriptions lorsque c'est nécessaire. C'est énorme comme travail, et lorsque l'état qu'ils me décrivent me semble urgent, je les reçois en consultation. Mais ce n'est pas évident, le facteur psychologique du patient joue un rôle essentiel. Certains ont peur de se rendre à l'hôpital et vont donc minimiser leur état", nous confie le médecin.

La semaine dernière, les services d'inspection de l'Inami et du SPF Santé publique ont annoncé la mise en place de contrôles pour s'assurer que les médecins continuent d'effectuer uniquement des consultations et prestations essentielles. Une décision qui interpelle le médecin spécialiste. "Mais c'est quoi ça ? Qui va pouvoir juger de manière objective lorsqu'une situation est urgente, lorsque la douleur d'un patient est jugée trop grande ?", s'inquiète-t-il.

Le médecin est également préoccupé par la période qui suivra le déconfinement. "Je ne sais pas comment nous allons nous y prendre. Si nous allons assister à une augmentation accrue des consultations ou pas. En tout cas, nous devrons prendre des mesures pour nous assurer que la distanciation sociale sera bien respectée entre tout le monde. L'idéal serait que toutes les consultations puissent reprendre au plus vite, début mai ce serait bien", conclut-il.

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