Pourquoi l'épidémie s'aggrave-t-elle brutalement en Russie ?

Le nombre de cas explose en Russie, où se tiennent plusieurs matches de l'Euro

Pourquoi l'épidémie s'aggrave-t-elle brutalement en Russie ?
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La Rédaction avec AFP

Alors que la Belgique déconfine, que la France tombe les masques et que l'Europe a doucement l'impression de prendre le dessus sur le virus, la capitale russe est confrontée à une flambée record du Covid-19. Moscou a annoncé vendredi restreindre les évènements publics. La ville a notamment fermé sa fan-zone de l'Euro de foot, mais les mesures contre le virus restent malgré tout limitées, les autorités s'efforçant de préserver l'économie.

Moscou a enregistré 9.056 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures, un record depuis le début de l'épidémie et le triple du niveau enregistré il y a moins de deux semaines. Avec 17.262 contaminations quotidiennes au niveau national, la Russie est au plus haut depuis le 1er février, selon les statistiques gouvernementales publiées vendredi. Le pays a enregistré en outre 453 décès supplémentaires, un pic depuis le 18 mars, et Moscou déplore 78 nouveaux morts.

Fan-zone à Moscou lors de l'Euro de foot



Comment la Russie en est-elle arrivée là ? En cause, une campagne de vaccination qui patine, les Russes se méfiant massivement des vaccins développés dans le pays, l'absence de restrictions depuis des mois, l'émergence d'un ou plusieurs variants plus virulents et le non-respect des règles de distanciation et du port du masque.

La vaccination à la traîne

Depuis près d'un an, l'appareil d'Etat et les médias publics mettent en avant la bonne gestion de la crise sanitaire par les autorités et les prouesses du Spoutnik V, vaccin développé par la Russie et disponible depuis plus de six mois.

Mais les Russes ne sont pas allés se faire vacciner malgré les appels répétés du pouvoir, le président Vladimir Poutine le premier, sur fond de défiance d'une population échaudée par des décennies de propagande soviétique puis russe et les coupes budgétaires dans le domaine de la santé.


Depuis décembre, seuls 19,4 millions de Russes sur 146 millions d'habitants ont reçu au moins une dose, selon le recensement du site Gogov, qui agrège les données des régions et médias faute de statistiques nationales officielles.

A Moscou, 1,8 million de personnes ont reçu au moins une injection, sur les 12 ou 13 millions d'habitants que la ville compte officiellement. Le maire Sergueï Sobianine a donc décrété mercredi la vaccination obligatoire de tous les employés du secteur des services. Quelque 60% d'entre eux, soit deux millions de personnes environ, doivent l'être d'ici le 15 août.

Le variant Delta

Selon le maire de Moscou, "le plus probable, c’est que nous sommes confrontés à de nouveaux variants, plus agressifs et qui se répandent plus rapidement." La directrice du gendarme sanitaire Rospotrebnadzor, Anna Popova, a confirmé que "la proportion du variant Delta (précédemment appelé variant indien) est en nette progression depuis deux semaines".

Une progression qui se traduit dans les chiffres divulgués par le gouvernement. Le ministre de la Santé russe, Mikhaïl Mourachko, a lui annoncé que "sur les dernières semaines, nous constatons en moyenne dans le pays une hausse de 30% du nombre de malades." Lors d'une visioconférence avec des responsables gouvernementaux chargés de la lutte contre le Covid, il a également précisé que les 30-40 ans étaient particulièrement touchés par ce très fort rebond de l’épidémie qui touche l’ensemble de la Russie.

Des mesures insuffisantes

"Il me semble que les autorités minimisent le danger ces derniers jours. Ils ne donnent pas beaucoup d'information exprès pour ne pas gâcher l'Euro. J'ai peur que la situation s'aggrave après", a confié à l'AFP une habitante, Elena Iakovleva, âgée de 50 ans. La Russie accueille au total sept matches de l'Euro de foot, tous à Saint-Pétersbourg (nord-est), deuxième ville du pays, où l'épidémie est également repartie.

"L’absence de restrictions et un respect limité des gestes barrières depuis des mois explique aussi cette flambée de l’épidémie, alors que de nombreux Russes refusent de porter le masque dans les transports ou les lieux publics" , note le Huffpost ce vendredi.

Pourquoi l'épidémie s'aggrave-t-elle brutalement en Russie ?
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Le maire de Moscou a donc prolongé jusqu'au 29 juin la fermeture, décrétée le week-end dernier, des lieux de restauration dans les centres commerciaux, des zoos ainsi que de toutes les installations des parcs publics, tels que les aires de jeux et les équipements sportifs. Restaurants et bars devront fermer de 23H00 à 06H00 du matin, comme c'était déjà le cas depuis une semaine. Jeudi, il a prévenu que des mesures bien plus dures pourraient intervenir sous peu : "Nous sommes très proches de devoir prendre des décisions très strictes."

Du côté de Saint-Pétersbourg, les mesures restrictives restent limitées et le port du masque est assez aléatoire, alors que la ville accueille des dizaines de milliers de fans de foot pour l'Euro.

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