A cause du Covid, 4000 diagnostics de cancers n'ont pas été posés: "Le temps perdu peut être lourd de conséquences"

L’impact du Covid risque de peser lourd sur la prise en charge des patients cancéreux trop tardivement, voire pas, diagnostiqués.

A cause du Covid, 4000 diagnostics de cancers n'ont pas été posés: "Le temps perdu peut être lourd de conséquences"
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On ne le dira jamais assez et, plus que jamais en cette période bousculée par le Covid, il faut le répéter, comme le fait une fois encore le Dr Didier Vander Steichel, directeur médical de la Fondation contre le cancer (FCC) : "En cas de symptômes nouvellement apparus ou persistants, il ne faut pas hésiter à consulter. Restons-y tous très attentifs et, le cas échéant, ne tardons pas à contacter notre médecin traitant car, face à certains cancers, le temps perdu peut être lourd de conséquences." S’il est vital de réitérer cette consigne, c’est que, d’après la FCC, 4 000 diagnostics de cancer attendus en 2020 en Belgique n’ont pas été posés.

Grâce à la livraison accélérée des données par les laboratoires de pathologie, le Registre du cancer a pu étudier l’impact du Covid-19 sur le nombre de nouveaux diagnostics de cancer dans notre pays. L’étude, publiée ce vendredi dans Esmo open (Société européenne pour l’oncologie médicale), fait état de 6 % de diagnostics de cancer en moins en 2020 par rapport à 2019, soit une estimation de 4 000 diagnostics manquants. Les premiers chiffres de 2021, c’est-à-dire jusqu’en avril, montrent encore un retard (de l’ordre de 4 %) bien qu’un rattrapage se soit poursuivi plus spécialement pour certains groupes d’âge et tumeurs.

Les données montrent qu’au cours de la première vague de la pandémie une diminution marquée du nombre de nouveaux diagnostics de cancer a été observée à partir du mois de mars, la baisse la plus importante ayant été enregistrée à la mi-avril, après quoi le nombre de diagnostics a commencé à augmenter pour se stabiliser aux niveaux de référence au début du mois de juin. Pour ce qui est de la deuxième vague, elle aura heureusement eu peu d’impact sur le nombre de diagnostics de cancer en Belgique, si ce n’est pour la population âgée de 80 ans et plus, où il y a encore 10 % de diagnostics de cancer manquants pour 2020.

Un rattrapage quasi complet depuis début 2021

Cela étant, on peut se réjouir que, "depuis le début de l’année 2021, le rattrapage est quasi complet dans le groupe d’âge de moins de 50 ans , selon la FCC, même s’il reste des efforts à fournir chez les personnes de plus de 50 ans" .

Pour ce qui est des types de cancer, fin 2020, la baisse persistante la plus importante a été observée pour les cancers de la tête et du cou, pour lesquels 14 % de diagnostics en moins ont été posés en 2020. Pour le Pr Vincent Vander Poorten, spécialiste nez-gorge-oreille et chirurgien de la tête et du cou à l’UZ Leuven, "cette observation s’explique probablement par les plaintes vagues liées à ces cancers, qui ressemblent à une infection par le Covid (mal de gorge, nez bouché, toux, enrouement), entraînant le conseil de ‘rester à la maison’. Mais aussi par la forte réduction des soins dentaires , par des examens moins approfondis, la nasolaryngoscopie étant un acte ‘condamné’ pour ‘propagation de virus’. En outre, les patients atteints de cancer de la tête et du cou sont en moyenne plus âgés, plus souvent des hommes, qui consultent moins et plus tard, et dont le système de soutien social est souvent faible". Pour les mélanomes et autres types de cancer de la peau ayant connu une forte baisse des diagnostics en avril 2020, la situation s’est ensuite améliorée avec à peine 8 % (mélanome) et 9 % (non mélanome) de diagnostics manquants à la fin de l’année 2020, tendance au rattrapage qui se poursuit au début de l’année 2021. Pour le cancer du poumon, on ne notait plus que 2 % de diagnostics manquants et 4 % pour le pancréas. À la fin du mois d’avril 2021, il manque encore 4 % de diagnostics dans la population cible du dépistage du cancer du sein et 11 % pour celle du cancer du côlon.

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