Les vaccins contre le Covid-19 augmentent-ils les risques d’infertilité, fausse couche ou dérèglement menstruel ?

Les vaccins sont-ils dangereux pour les femmes enceintes et leur bébé ? Rendent-ils infertiles ? Dérèglent-ils les menstruations ? Sur les réseaux sociaux, ces questions se multiplient depuis plusieurs semaines. Il ne s’agit pourtant que rumeurs ne reposant sur aucune base scientifique.

Les vaccins contre le Covid-19 augmentent-ils les risques d’infertilité, fausse couche ou dérèglement menstruel ?
©R. Batista - AFP
Romane Bonnemé

"La transparence est essentielle pour convaincre ceux qui doutent à propos de la vaccination", affirmait le ministre de la Santé Franck Vandenbroucke (sp.a) au micro de La Libre Belgique le 14 juillet dernier. Et pour cause : certaines des raisons évoquées par les Belges pour expliquer un refus de se faire vacciner reposent sur de fausses informations circulant sur internet. Outre le manque de recul des laboratoires scientifiques, les anti-vaccins s'inquiètent notamment des risques de fausses couches, d’infertilité ou de dérèglements menstruels.

La Source a décidé de déconstruire quelques-unes de ces affirmations, particulièrement répandues sur les réseaux sociaux.

1. Le vaccin contre le Covid-19 est un danger pour la mère ou le foetus



Pour les communautés scientifiques et médicales, aucun lien n’est établi entre la vaccination contre le coronavirus et des effets néfastes pour des grossesses en cours ou à venir. En Belgique, la voix officielle à suivre est celle du Conseil Supérieur de Santé (CSS). Ses recommandations sont formelles : “les vaccins à ARN contre la COVID-19 actuellement disponibles peuvent être administrés en toute sécurité aux femmes enceintes”. Les vaccins ARN sont ceux des laboratoires Pfizer et Moderna.

Les recommandations du CSS se basent notamment sur les résultats préliminaires d’une étude américaine, publiée le 17 juin 2021 dans le New England Journal of Medicine. Menée auprès de plus de 35 600 femmes enceintes, cette étude n’a pas montré de signaux alarmants chez les participantes ayant reçu un vaccin Moderna ou Pfizer. Si le taux de fausse couche (13,9%) relevé dans cette étude a fait réagir certains internautes, celui-ci est pourtant “similaire aux incidences rapportées dans les études (...) menées avant la pandémie de Covid-19”, peut-on lire dans les conclusions.


Quid des messages dénonçant les essais cliniques lancés par le laboratoire Moderna le 22 juillet dernier auprès de 1000 femmes enceintes pour évaluer les risques de fausses couches, comme on peut le lire sur le tweet repris ci-dessus ? Ces essais visent surtout à “écarter les craintes”, avance le docteur Oranite Goldrat, gynécologue à l’hôpital Erasme de Bruxelles. “Même si les études menées précédemment n’ont pas montré de problème de fausses couches, elles ne ciblaient pas spécifiquement les femmes enceintes. Ces essais permettront d’obtenir des résultats réglementés sur cette catégorie spécifique de la population”, précise la gynécologue.

Le double avantage de la vaccination des femmes enceintes

Pour l’épidémiologiste à l’ULB, Muriel Moser, la vaccination pour les femmes enceintes représente un double avantage : “on empêche les femmes de contracter la maladie à près de 95% et on protège aussi les bébés après la naissance : il y a des anticorps qui passent à travers le placenta ou dans le lait si la mère allaite”.

Attraper le Covid-19 peut être dramatique si l’on est enceinte. Les cas de formes graves du coronavirus étant plus élevés pour elles que pour le reste de la population, rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé, et “pas seulement chez les femmes enceintes ayant des comorbidités comme l’obésité ou le diabète”, précise la gynécologue Dr. Oranite Goldrat. Une étude internationale publiée en avril 2021 dans la revue scientifique JAMA Pediatrics a ainsi montré une augmentation de la mortalité maternelle et des accouchements prématurés chez les femmes ayant contracté le Covid-19 pendant leur grossesse.

Face à ces risques, le CSS a estimé en avril dernier que toutes les femmes enceintes étaient prioritaires à la vaccination par rapport à une femme non enceinte.

2. Se faire vacciner contre le Covid-19 en début de grossesse augmente les risques de fausses couches


Plusieurs informations circulant sur les réseaux sociaux reviennent sur le fait de devoir respecter un nombre minimum de semaines d'aménorrhée avant de se faire vacciner contre le Covid-19. “Ce délai était surtout un principe de précaution au début de la campagne vaccinale” estime le Dr. Oranite Goldrat. “Aujourd’hui, avec toutes les études menées et les vaccinations effectuées sans que l’on ait observé de risques particuliers, ce délai du premier trimestre de grossesse n’est donc plus la règle aujourd’hui en Belgique".

Même discours en France, où le ministre de la Santé, Olivier Véran, a réaffirmé le 20 juillet dernier que la vaccination était ouverte aux femmes enceintes dès le premier mois de grossesse.

Certains médecins comme le docteur Isabelle Dehaene, gynécologue à l’UZ Gent, prônent une vaccination “avant le troisième trimestre de grossesse” durant lequel les effets secondaires graves du coronavirus “sont plus élevés pour le bébé”.

3. Les vaccins à ARN messager modifient l’ADN du foetus


De nombreuses études, articles et publications (ici, ici ou ) ont démontré que les vaccins à ARN messagers ne modifient en rien l’ADN des patients inoculés. Il en va de même pour les femmes enceintes et leur bébé à naître.

Ces vaccins sont même préférés pour ce public particulier, notamment en Belgique. La raison ? “Nous avons plus d’expérience avec Pfizer et Moderna, en se basant sur les cohortes observationnelles des milliers de femmes ayant reçu ces vaccins avec ARN messager depuis des mois à travers le monde”, souligne le docteur Isabelle Dehaene.

Parmi ces cohortes figurent les 35 600 femmes enceintes participantes à l’étude américaine du New England Journal of Medicine citée plus haut pour laquelle il n’y a pas eu “de risques accrus d'effets secondaires graves ou d'issues défavorables de la grossesse en raison des vaccins Moderna ou Pfizer/BioNTech”.

Selon le docteur Isabelle Dehaene, citant une source interne de la task force vaccination, “plus de 25 000 femmes enceintes belges ont déjà été vaccinées avec l’un de ces deux vaccins”.

4. Les vaccins contre le Covid-19 rendent infertiles



“Il faut en finir avec cette fake news d’impact du vaccin sur l’infertilité, elle est sortie de nul part (...) il n’est ni rationnel ni basé biologiquement", répond Nicolas Dauby, infectiologue au Centre hospitalier Saint Pierre.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a réaffirmé le caractère infondé de cette rumeur, dans une vidéo publiée le 4 juin dernier. On peut y voir le Dr Soumya Swaminathan déclarer : “il n'y a absolument aucune preuve scientifique ou vérité derrière cette préoccupation selon laquelle les vaccins interfèrent d'une manière ou d'une autre avec la fertilité, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes”.

Les résultats d’une étude menée sur 36 couples en projet de fécondation in vitro (FIV) vont aussi dans ce sens. “Le vaccin à ARN n'a pas affecté la performance ou la réserve ovarienne des patientes dans leur cycle de FIV immédiat suivant”, peut-on lire dans la conclusion de cette étude publiée en mai 2021 dans la revue Reproductive Biology and Endocrinology.

Concernant un possible dérèglement des règles, la réponse immunitaire post-vaccination n’a, pour l’instant, pas mis en évidence une modification du cycle menstruel d’après Muriel Moser. “Il faudrait réaliser une étude scientifique randomisée à ce sujet” ajoute l'épidémiologie.

In fine, les rumeurs de fausse couche, d’infertilité ou d’ADN modifié à cause des vaccins sont infondées, voire dangereuses pour la mère et son enfant. “Le bénéfice de la vaccination chez la femme enceinte surpasse donc le risque potentiel des effets secondaires et évite le danger de complications sévères en cas de Covid-19 contracté durant la grossesse”, soutient le Dr. Goldrat de l'hôpital Erasme.

Les vaccins contre le Covid-19 augmentent-ils les risques d’infertilité, fausse couche ou dérèglement menstruel ?
©R. Batista


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