Une équipe de l'UCLouvain identifie un "spaghetti mou" essentiel à la résistance des bactéries

Une équipe de l'UCLouvain identifie un "spaghetti mou" essentiel à la résistance des bactéries
©UCLouvain

S'il est bien un champ d'investigation qui fait aujourd'hui l'objet d'explorations acharnées de la part des scientifiques, c'est sans doute celui des bactéries, d'autant qu'elles se montrent - et de manière inquiétante -  de plus en plus résistantes aux antibiotiques. Les nombreuses hospitalisations récentes de patients fragilisés par le Covid ont d'ailleurs entraîné une recrudescence des infections bactériennes, qui semblent avoir profité de l'opportunité pour gagner du terrain. D'où l'intérêt et l'urgence de trouver des parades pour les affronter à l'avenir.

Bien déterminée à mieux comprendre le mécanisme et le rôle joué par les bactéries, une équipe de l'UCLouvain vient de faire, dans ce domaine, une nouvelle découverte publiée ce jeudi dans la prestigieuse revue scientifique Nature Chemical Biology. Ils ont en effet identifié des segments déstructurés, encore inexplorés à ce jour, dans des protéines. En forme de spaghettis mous, ces segments s'avèrent essentiels à la vie des bactéries

Des envahisseurs et des murs d'enceinte

"Pour combattre son ennemi, il faut connaître ses points forts et ses points faibles, comprendre comment cet ennemi fourbit ses armes", explique le Pr Jean-François Collet, chercheur à l’Institut de Duve de l’UCLouvain et investigateur WELBIO. Comprendre le fonctionnement des bactéries, décrypter leurs mécanismes afin de déjouer leur résistance aux antibiotiques, c'est précisément l’objectif de son laboratoire et des présentes recherches.

Pour bien les comprendre, il faut savoir que les bactéries se protègent des "envahisseurs", en l'occurrence ici les antibiotiques, grâce à une ou deux membranes, que l'on pourrait comparer à des murs d’enceinte. En outre, "elles sont composées de protéines : chacune possède une structure propre qui détermine sa fonction, expliquent les chercheurs. Dans le mur de protection extérieur, on trouve notamment des lipoprotéines, soit des protéines accrochées au mur via une ancre lipidique (graisseuse). Ces lipoprotéines participent à la construction du mur, à son entretien et à sa défense, permettant ainsi à la bactérie de vivre et de conquérir".

Comme un spaghetti cuit, tout mou...

L’équipe de l'UCLouvain, dont la jeune chercheuse Jessica El Rayes, a observé qu’entre la partie active de la lipoprotéine et la partie lipidique, se trouve en réalité une séquence sans structure, qui ressemble à …"un spaghetti cuit, tout mou, capable d’adopter la forme qu’elle veut".

Curieusement ignorées jusqu'ici par la recherche, ces séquences déstructurées sont pourtant présentes dans de nombreuses bactéries telles que E-coli ou Borrelia (maladie de Lyme). Raison pour laquelle l'équipe du Pr Collet a décidé d'investiguer ce segment mou, afin de déterminer son rôle dans la vie des bactéries.

C'est ainsi que les scientifiques ont découvert que "la bactérie était affaiblie lorsqu’on transforme le "spaghetti mou" en spirelli ou lorsqu’on le raccourcit en cheveu d’ange", expliquent-ils. En d'autres mots, ils ont démontré le rôle essentiel de cette séquence désordonnée : "sans ce spaghetti mou, les lipoprotéines n’arrivent plus sur le mur d’enceinte et la bactérie est dès lors fragilisée !"

Cette découverte importante met en évidence le fait qu’il existe encore beaucoup de mystères dans ce domaine et de nombreuses régions à explorer au sein des protéines. Autant de réponses à apporter qui seront nécessaires au développement indispensable de nouveaux traitements antibiotiques destinés à lutter contre les infections bactériennes.

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