"Extrêmement inflammable", "toxique", qui peut "provoquer le cancer" et induire des "anomalies génétiques"... L’oxyde d’éthylène refait parler de lui

Ces derniers jours, la Belgique enregistre plusieurs rappels de produits alimentaires en raison de ce désinfectant interdit en Europe.

"Extrêmement inflammable", "toxique", qui peut "provoquer le cancer" et induire des "anomalies génétiques"... L’oxyde d’éthylène refait parler de lui
©Flémal
So. De. (avec AFP)

Glaces (Mars, La Laitière, Carrefour, Cora...), sauces (La William, Bicky), fromage à tartiner (Kiri, Grandeur Nature)… Les rappels de produits par l'Agence fédérale de sécurité alimentaire (Afsca) se sont multipliés ces derniers jours en Belgique. Cette cinquantaine de produits (depuis fin juin) contiennent tous une substance interdite dans l'Union européenne: l'oxyde d'éthylène. Celui-ci est utilisé comme désinfectant pour éviter la présence de moisissures et réduire les risques de salmonelles. En tant que pesticide, il est appliqué comme traitement préventif par fumigation désinfectante. Cette substance est toutefois interdite dans l'Union européenne depuis 1991 comme pesticide, et depuis 2011 son utilisation est interdite en tant que produit de protection des denrées alimentaires et des aliments pour animaux. "À l'origine de cette problématique qui touche tous les pays européens, c'est l'alerte lancée par l'Afsca (mi-2020, NdlR) à la suite de l'analyse de lots de graines de sésame importées d'Inde qui a mis en évidence que la limite maximale de résidus pour cette substance était dépassée. Depuis lors, les analyses ont été étendues et, en plus des produits à base de sésame, d'autres produits de type 'épices' ont été rappelés pour cette même raison", explique-t-on à l'Afsca.

Par ailleurs, en juillet, la Commission européenne a décidé que les produits contenant l'additif caroube (que l'on peut retrouver dans les glaces par exemple) contaminé à l'oxyde d'éthylène, devront tous être retirés du marché européen, y compris si le pesticide n'est pas détecté. Ce, "parce qu'aucun niveau d'exposition sûr ne peut être défini pour les consommateurs", selon la Commission. Celle-ci a précisé que si la Belgique et le Danemark "mettront pleinement en œuvre les mesures, les deux pays ont exprimé leur préoccupation quant au rappel systématique de denrées alimentaires produites avec une matière première" contenant un produit chimique au-dessus de la limite maximale autorisée. Les deux pays ont estimé que cette approche était "en contradiction avec les travaux menés", portant notamment sur la réduction du gaspillage alimentaire.

Au niveau sanitaire, le désinfectant gazeux est classé comme agent cancérogène, mutagène et reprotoxique. Gaz "extrêmement inflammable" et "toxique", l'oxyde d'éthylène peut "provoquer le cancer" et induire des "anomalies génétiques", selon le profil toxicologique établi par l'Institut français de recherche et de sécurité (INRS). L'Afsca de son côté précise "qu'à long terme et à haute dose, l'oxyde d'éthylène peut être cancérigène, bien qu'en plus petite quantité, aucun danger aigu ne soit à déplorer. L'Afsca a effectué une évaluation générale des risques afin de savoir si le consommateur courait un risque pour sa santé en consommant ces produits qui contiennent des graines de sésame ou autres épices ou produits non conformes. Nos experts ont conclu à un risque chronique potentiel. Cela signifie que si un consommateur devait consommer ces produits non conformes régulièrement et en grande quantité, il y a un risque pour sa santé". En clair, "on parle d'un risque à long terme, par exemple si on tartinait tous les matins avec le même fromage pendant 20 ans", exemplifiait ainsi le porte-parole de l'Afsca, sur RTL Info. Comment l'oxyde d'éthylène, interdit, se retrouve-t-il néanmoins chez nous ? La substance n'est pas interdite dans certains pays tiers, ce qui pose la question des contrôles européens sur les denrées importées (voir LLB 15/04). Dans un rapport sénatorial, l'élu français Laurent Duplomb, qui qualifie ces contrôles de dysfonctionnels et insuffisants, jugeait que c'était "la philosophie du système européen, qui repose sur une confiance candide dans ses partenaires commerciaux", qui était remise en cause par l'oxyde d'éthylène.

Sur le même sujet