Il n'est actuellement pas recommandé d'utiliser les stocks de masques Avrox, selon un avis du Conseil supérieur de la santé

Nouvel épisode dans la saga des masques: le Conseil supérieur de la santé vient de publier une évaluation des risques des masques buccaux en tissu traités avec un biocide à base d’argent dans le cadre de la protection contre une infection par le SARS-CoV-2.

Il n'est actuellement pas recommandé d'utiliser les stocks de masques Avrox, selon un avis du Conseil supérieur de la santé
© Etienne Scholasse

Nouvel épisode, ou plus exactement dernier état des lieux dans la saga des masques: le Conseil supérieur de la santé vient de publier une évaluation des risques des masques buccaux en tissu traités avec un biocide à base d’argent dans le cadre de la protection contre une infection par le SARS-CoV-2. En résumé : mieux vaut porter un autre masque que celui distribué par le gouvernement, si on en a la possibilité.

Menées par Sciensano, ces recherches AgMask visent à évaluer les éventuels risques sanitaires pour l'homme, causés par le port de tels masques traités à l'argent en raison de ses propriétés antimicrobiennes.

Déjà communiquées dans un rapport intermédiaire, le 23 février dernier, en raison de l'urgence, les recommandations et les conclusions relayées à l'époque restent valables mais sont dans le présent avis "davantage étayées par le contexte scientifique nécessaire", précise le CSS. Que faut-il en retenir ?

A propos des substances incriminées

Les masques buccaux Avrox, qui ont été distribués à l'époque par le gouvernement belge, sont un article traité avec un biocide TP9 à base de nitrate d'argent. L'argent se présente sous forme d'argent ionique (Ag+ ), d'argent métallique (Ag0 ) et de nanoparticules. En tant que biocide, l'argent TP9 est autorisé dans l'UE et approuvé en Belgique. "Cependant, il est important, dans l'utilisation spécifique des masques buccaux, de tenir compte de la toxicité spécifique des différentes formes physico-chimiques de l'argent (ions d'argent ou sous forme de nanoparticules) et du degré d'inhalation, souligne cet avis. L'argent des masques Avrox est lié à un polymère polyanionique qui lie les cations (ions positifs) argent et les libère progressivement".

Quant au dioxyde de titane utilisé comme additif aux fibres synthétiques, il s'agit d'une substance génotoxique et probablement cancérigène (catégorie 2B). "La présence de dioxyde de titane dans les tissus des masques buccaux peut représenter un risque s'il est libéré massivement par inhalation, indique le rapport, avant de temporiser. Cependant, cette libération est faible car la littérature indique une libération très faible même dans des conditions expérimentales très agressives (tests d'abrasion, lavage extrême)."

Les précautions à prendre

Compte tenu de l'incertitude qui entoure certains facteurs de risque (la forme chimique de l'argent, la toxicité du nano-argent, la cinétique de libération de l'argent par les masques, etc.), "la reconnaissance actuelle de ces produits doit être considérée avec précaution", selon le CSS qui décide donc de "procéder avec prudence dans l'utilisation de ces masques, en attendant plus d'informations scientifiques sur l'exposition et la forme d'exposition de l'argent au niveau du système respiratoire de l'utilisateur et l'évaluation toxicologique spécifique du nano-argent". Cette question devrait être clarifiée au niveau européen.

Pour ce qui est du dioxyde de titane, "il n'est actuellement pas possible de déterminer scientifiquement que l'exposition potentielle par inhalation, très limitée, ne présente pas de risque, conclut le CSS. Même en cas d'absorption perorale, un effet génotoxique ne peut être exclu".

Tout en reconnaissant qu'un traitement biocide des masques buccaux présente certains avantages pour prévenir l'infection du porteur par des microbes et des champignons, le CSS s'interroge toutefois sur la nécessité d'un tel traitement en l'occurrence.

Les recommandations et suggestions en conclusion

Vu les nombreuses incertitudes qui subsistent quant à la sécurité d'utilisation de ces produits, les masques restants dans les pharmacies pourraient être gardés en réserve, en attente d'informations supplémentaires, suggère le CSS, qui attend les résultats de l'étude AgMask.

Pour les experts, auteurs de cet avis, "il ne peut être exclu que lors de l'utilisation des masques buccaux Avrox, les seuils toxicologiques puissent être dépassés, mais ce risque doit être relativisé compte tenu des nombreuses incertitudes concernant le degré d'exposition et de l'approche toxicologique conservatrice. Bien qu'il s'agisse d'une opinion d'experts plus que d'un constat scientifique solide, il est clair que le risque potentiel de nuisance pour la santé, lié à l'utilisation de masques buccaux, ne l'emporte pas sur leur bénéfice d'utilisation pour contrôler une contamination par le Covid-19. L'utilisation de masques susceptibles d'induire l'inhalation de dioxyde de titane est contre-indiquée, sauf lorsqu'ils constituent le seul moyen disponible pour prévenir l'infection par le Covid-19".

En résumé: compte tenu des incertitudes qui subsistent actuellement, et dans l'attente de plus d'informations scientifiques concernant la question des nanoparticules et la présence de dioxyde de titane, il n'est actuellement pas recommandé d'utiliser les stocks de masques Avrox. Mais, si vraiment on ne possède pas d'autre masque que celui distribué par le gouvernement en son temps, mieux vaut se protéger avec ceux-ci que ne pas du tout en porter dans les circonstances où le port du masque reste de mise!

Sur le même sujet