Un rapport de l'OMS, auquel Maggie De Block a participé, met en garde sur une "nouvelle pandémie"

Il y a environ un an, un groupe d'experts de la santé avait été formé par l'OMS afin d'analyser la gestion de la pandémie de coronavirus par les différents gouvernements européens. L'objectif était de tirer des leçons afin d'éviter les mêmes erreurs que par le passé. Ce vendredi, Het Laatste Nieuws révèle leurs conclusions dans un rapport catégorique: "il n'y avait aucune excuse pour ces échecs."

Un rapport de l'OMS, auquel Maggie De Block a participé, met en garde sur une "nouvelle pandémie"
©REPORTERS
La Rédaction avec Belga

"Les conséquences dévastatrices du Covid-19 ont montré à quel point de nombreux pays de la région étaient mal préparés", pointent ainsi les experts dans leur rapport. "Il y avait un manque flagrant de planification. Les systèmes de surveillance et de réaction ne parviennent pas à détecter les signaux d’alerte à temps et sont incapables de concevoir ou de mettre en œuvre des réponses appropriées. Et puis il y avait un manque de leadership politique. Il était souvent faible, totalement absent ou même aggravait la situation", assènent-ils.

Selon eux, "il n'y avait aucune excuse pour ces échecs. Il y a eu de nombreux avertissements dans le passé avec les épidémies d’Ebola, de Zika, de SRAS et de grippe porcine. Tous ces événements ont souligné l’importance d’une bonne préparation."

Fatalistes, les auteurs donnent ainsi des perspectives sombres pour l'avenir: "Il y aura une nouvelle pandémie, nous pouvons en être sûrs. Nous ne pouvons pas nous permettre de refaire les mêmes erreurs".

Maggie De Block, experte belge du panel

Parmi ces experts européens, Maggie De Block, ex-ministre de la Santé publique. D'après elle: "Tout le monde dans notre région a mal évalué le virus et l’ampleur de la pandémie. Personne n’était correctement préparé. Nous n’étions pas préparés à une crise aussi prolongée. Nous devions tout inventer au fur et à mesure. Développer les capacités de test, collecter les données, organiser les hôpitaux... Pourtant, nous n’avons pas fait pire que les autres. En termes de collecte de données et d’organisation des hôpitaux, nous étions parmi les meilleurs. Nous avons également réussi à enregistrer assez rapidement des chiffres corrects sur les admissions et les décès, ce que tous les pays ne peuvent pas dire. Les hôpitaux ont également pu s’organiser plus rapidement et mieux que dans d’autres pays. Et notre capacité de test était déjà au top européen après quelques semaines", argumente-t-elle.

L'une des principales conclusions du panel d'experts concerne le manque de coopération entre les différents états européens: "Ce qui m’a frappé au début de la crise, c’est la rapidité avec laquelle la solidarité au sein de l’Europe s’est évaporée. Tout le monde s’est retiré derrière ses propres frontières. Je me souviens qu’à un moment donné, le président français Emmanuel Macron a même bloqué des équipements médicaux que nos hôpitaux belges avaient déjà payés. Autre point: sur le marché du matériel de protection ou encore alimentaire nous avons agi de manière très protectionniste", ajoute Maggie De Block.

Même son de cloche du côté de l'OMS, ce vendredi: "Les réponses politiques divergentes, souvent tâtonnantes, continuent d'avoir des conséquences catastrophiques, avec plus de 1,2 million de décès dans la seule région européenne (plus de 4 millions dans le monde) et une récession économique sans précédent". C'est pourquoi l'Organisation Mondiale de la Santé prône une politique sanitaire transnationale, qui reconnaisse l'interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Baptisée "One Health" ("Une santé"), cette politique doit engager les gouvernements nationaux, les acteurs régionaux et mondiaux, ainsi que les responsables des systèmes de santé et d'aide sociale dans des réformes profondes, des programmes d'investissements et des améliorations en termes de gouvernance, en tirant les leçons de la pandémie, soutient le président de la Commission paneuropéenne sur la santé et le développement durable, liée à l'OMS, Mario Monti.

"Il faut en outre être conscients des liens entre le changement climatique, la biodiversité et la santé humaine; et de la nécessité de revigorer et d'étendre nos services de santé nationaux", poursuit l'ex-commissaire européen.

La santé, bien public mondial

Troisième axe de ce vaste chantier, "renforcer la position de la politique de santé dans l'élaboration des politiques générales des gouvernements et des organisations internationales, en créant un Conseil mondial de la santé et des finances au sein du G20, qui reconnaîtrait que la santé est un bien public mondial. Les nouvelles générations méritent un monde où le progrès ne se fait pas au détriment de leur santé et de la santé de la planète", conclut l'Italien.
La Commission paneuropéenne sur la santé et le développement durable recommande dès lors aux pays de mettre sur pied des stratégies "One Health" intergouvernementales, fondées sur le concept de "la santé dans toutes les politiques" et basées sur un partenariat entre les secteurs public et privé, où les risques et les bénéfices sont partagés équitablement.

Ces stratégies devront également prendre en compte les inégalités sociales et les discriminations qui les fondent (sexisme, racisme, etc.) afin de réduire la polarisation de la société et rendre confiance aux citoyens et citoyennes en leurs institutions. La Commission, qui insiste par ailleurs sur la prévention plutôt que la réactivité en matière de santé, préconise de recueillir des données sur les différents niveaux de santé au sein des populations et ainsi de mieux suivre les inégalités en matière de santé et d'accès aux soins de santé et aux services sociaux

Enfin, la Commission appelle à la création d'un conseil paneuropéen sur les menaces sanitaires et plaide pour des investissements dans des plateformes de partage et d'interopérabilité des données, "dans le respect de la vie privée", dans toute la région, qui s'étend des frontières occidentales butant contre l'océan Atlantique aux confins de la Russie, à l'extrême est.

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