Le Covid long, des symptômes psychologiques ? Une étude suscite la polémique

D'après une récente étude, les symptômes du "Covid long" sont davantage associés au fait d'être convaincu d'avoir eu la maladie. Des résultats vivement contestés par les patients.

Le Covid long, des symptômes psychologiques ? Une étude suscite la polémique
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Plusieurs mois après avoir contracté le coronavirus certains patients souffrent encore de divers symptômes : fatigue, essoufflement, troubles de la mémoire, douleurs musculaires... Le phénomène du "Covid long" est désormais bien connu.

Une étude épidémiologique française publiée ce lundi par la revue JAMA Internal Medicine vient remettre en cause le lien de causalité entre l'infection par le SARS-CoV-2 et le "Covid long".

D'un point de vue statistique, c’est la conviction d’avoir été infecté par le coronavirus qui est liée aux symptômes du "Covid long". Pour ce faire, les scientifiques ont réalisé des tests sur un panel de plus de 26 800 adultes français, choisis parmi la cohorte de volontaires "Constances", la plus grande cohorte épidémiologique de France. Le sang des participants a été analysé, via des prélèvements réalisés par auto-test sanguin. Puis ils ont répondu à un questionnaire demandant s'ils pensaient avoir été infectés par le virus, quels symptômes ils expérimentaient ces derniers mois et s'ils pensaient qu'ils étaient en lien avec le Covid-19.

De ces données, les chercheurs concluent que les symptômes physiques persistants peuvent être davantage associés à la croyance d'avoir été infecté par le Covid-19. La conviction d'avoir eu le coronavirus est lié à un risque accru de ressentir 15 des 18 symptômes les plus courants du "Covid long". Par contre, un test positif au Covid-19, indépendamment des croyances du patient, n'est associé qu'au seul symptôme de la perte de l'odorat.

Dans les colonnes du Monde, l'un des auteurs de l'étude, le chef du service psychiatrie de l'adulte à Hôtel-Dieu (Paris), Cédric Lemogne, prévient toutefois : "Nos résultats ne disent en aucun cas que les troubles rapportés par les patients sont imaginaires ou nécessairement psychosomatiques (...) Puisque ces patients les ressentent, ces symptômes existent par définition."

Mais cette étude a fait l'effet d'une bombe auprès des associations de patients qui se battent pour faire reconnaître la pathologie, et ainsi recevoir une prise en charge. Pour ApresJ20, association des Covid Long France, cette publication "fait l'objet d'interprétations que nous jugeons préjudiciables pour les patients et professionnels de santé", dénonce-t-elle sur twitter.

"Cette étude repose en très grande partie sur le fait que la sérologie (le dosage d'anticorps) serait un élément suffisant pour distinguer les personnes infectées de celles qui ne l'ont pas été. Cependant, cette même sérologie est désormais reconnue comme un indicateur assez peu fiable sur la durée chez les malades du Covid long. Des études ont en effet montré que la réponse par anticorps pouvant s'effacer d'autant plus que les symptômes persistent", écrit le groupe.

Effectivement, les scientifiques n'ont pas demandé la preuve d'un test PCR positif à un moment donné aux personnes qui ont déclaré avoir eu le coronavirus, mais on testé leur taux d'anticorps (test sérologique) après l'infection, pour confirmer ou infirmer leur déclaration.

Certains professionnels de santé contestent eux aussi ces résultats. Le docteur Jérôme Larché, spécialiste en médecine interne et réanimation, a dénoncé "les biais méthodologiques majeurs de cette étude". Il reproche aussi aux chercheurs ne pas prendre au sérieux les patients.

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