"Un bombardement de mutations": un scientifique belge explique comment Omicron pourrait plus facilement échapper à l'immunité

Petit à petit, le variant Omicron révèle ses secrets.

La forte contagiosité du variant Omicron n'est plus à démontrer. En Afrique du Sud, le virus est devenu dominant en un temps record. Selon les experts, ce n'est qu'une question de mois, voire de semaines, avant que ce variant ne supplante Delta en Europe.

Une partie de l'explication réside peut-être dans le fait qu'Omicron a pris le relais d'un virus du rhume inoffensif mais beaucoup plus contagieux. C'est du moins le constat dressé par un groupe de recherche américain, indien et canadien. Selon leur analyse relayée par Het Nieuwsblad, le nouveau variant présente plus de trente mutations sur ses protubérances. L'une d'elles correspond exactement à une partie qui est également présente dans les protubérances du coronavirus humain 229E, qui est l'un des virus responsables du rhume.

D'après les chercheurs, il est dès lors possible que le variant ait récupéré cette particule auprès des humains eux-mêmes. Au cours de la division cellulaire, le virus aurait ajouté accidentellement un morceau de matériel génétique humain à son propre plan de construction. Il aurait alors contenu des informations sur la protubérance 229E.

Les scientifiques de Gand impressionnés par le "bombardement" de mutations

Selon Nico Callewaert, directeur scientifique du Centre de biotechnologie médicale VIB-UGent, ces conclusions sont prématurées. "Ça pourrait provenir d'un virus du rhume, mais ça pourrait tout aussi bien être une nouvelle mutation qui correspond par hasard", précise-t-il à nos confrères du Nieuwsblad.

Le scientifique espère en tout cas que la Belgique pourra ralentir la propagation du variant Omicron aussi longtemps que possible. Car "la quantité de mutations et de combinaisons - rapprochées en grappes - n'a jamais été vue auparavant". En effet, depuis l'apparition du premier foyer à Wuhan, Nico Callewaert et ses équipes ont étudié comment et où les anticorps se liaient aux protubérances du coronavirus. À Gand, quelque 3 millions de génomes ont déjà été analysés. Quand Omicron a été détecté, tout le monde était mobilisé. L'expert le qualifie de"bombardement" de mutations.

"La plupart des endroits contre lesquels nous pouvons facilement fabriquer des anticorps ont été touchés", dit-il. Le résultat est que ce variant est plus à même d'échapper à l'immunité déjà construite. "A la fin de cette semaine ou au début de la suivante, je pense que cela sera confirmé par des études".

Outre les anticorps, notre système immunitaire dispose d'une autre arme qu'il peut déployer : les lymphocytes T, qui ont la capacité de détruire les cellules reconnues comme infectées. Mais on ne sait pas exactement combien de cellules T apparaissent après une vaccination ou une infection. Ils sont beaucoup plus difficiles à mesurer que les anticorps. "Les rapports vont de presque aucun à beaucoup", indique Nico Callewaert. Donc faire aveuglément confiance à ces cellules T est quelque chose que le scientifique belge préfère ne pas faire. Il espère que nous pourrons gagner suffisamment de temps pour que les chercheurs puissent mettre à jour leurs médicaments et leurs vaccins. Cela prendra au moins trois mois. "Ce temps est nécessaire. Si on va plus vite, on a l'impression que l'on injecte en masse quelque chose qui n'a pas été suffisamment testé", conclut-il.