Décès du professeur Luc Montagnier, ancien prix Nobel de médecine

L'information n'avait jusqu'ici pas pu être confirmée.

La Rédaction avec AFP
Décès du professeur Luc Montagnier, ancien prix Nobel de médecine
©BELGA/AFP

Le professeur Luc Montagnier est décédé ce mardi, selon les informations obtenues par "Checknews", le service de fact-checking de Libération. L'annonce du décès avait été faite ce mercredi par le site FranceSoir, connu pour ses positions anti-vax et la publication répétée de fake news.

Ses travaux sur la découverte du virus du sida en 1983 lui ont valu le prix Nobel de médecine 2008, partagé avec Françoise Barré-Sinoussi.

"Maladie des 4H"

Il faut se replonger dans l'ambiance des années 1980 pour comprendre la fièvre qui s'était emparée d'une poignée de laboratoires dans le monde: découvrir au plus vite l'origine d'un mal étrange qu'on nommait, faute de mieux, "maladie des 4H" (car semblant s'attaquer essentiellement aux homosexuels, héroïnomanes, Haïtiens et hémophiles).

Né le 8 août 1932 à Chabris dans l'Indre (centre de la France), le virologue Luc Montagnier dirigeait depuis 1972 à l'Institut Pasteur un laboratoire spécialisé dans les rétrovirus et oncovirus (responsables de cancers). Début 1983, il isole avec ses "associés" Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann un nouveau rétrovirus qu'il baptise provisoirement LAV (Lymphadenopathy Associated Virus) à partir d'un prélèvement effectué par le Dr Willy Rozenbaum sur un jeune malade, un homosexuel ayant séjourné à New York.

C'est pour lui l'agent "causal" de la nouvelle maladie. Mais la découverte est accueillie avec "scepticisme", en particulier par l'Américain Robert Gallo, grand spécialiste des rétrovirus. "Pendant une année, nous savions que nous avions le bon virus (...) mais personne ne nous croyait et nos publications étaient refusées", racontait Montagnier 30 ans après.

En avril 1984, Margaret Heckler, secrétaire d'Etat américaine à la Santé annonce que Robert Gallo a trouvé la cause "probable" du sida, un rétrovirus baptisé HTLV-III. Mais ce dernier s'avère être rigoureusement identique au LAV trouvé plus tôt par l'équipe de Montagnier...

"Codécouvreurs"

La polémique enfle: qui est le véritable découvreur du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), Montagnier ou Gallo? La question est importante car elle permet de régler la question des royalties liées aux tests de dépistage. Le différend aboutit à une conclusion provisoire et diplomatique en 1987: Etats-Unis et France signent un compromis où Gallo et Montagnier sont officiellement qualifiés de "codécouvreurs".

Le véritable épilogue intervient 20 ans après, avec l'attribution du Nobel pour la découverte du VIH, non pas à Gallo mais à Montagnier et à son associée Barré-Sinoussi. Quelques années après, pour le 30e anniversaire de sa découverte, le Pr Montagnier dressait pour l'AFP un bilan mitigé de cette épopée: "On n'a pas réussi à éradiquer l'épidémie ou même l'infection puisqu'on ne sait pas guérir quelqu'un qui est infecté". Les médicaments antirétroviraux permettent en effet de museler efficacement le VIH mais pas de l'éliminer totalement du corps des personnes infectées.

Vingt ans de dérive

Depuis les années 2000, le professeur Luc Montagnier a été désavoué par la communauté scientifique. Il a en effet défendu à plusieurs reprises des idées qui sont loin de faire consensus en médecine. En 2009, un an après avoir reçu son prix Nobel, il a par exemple soutenu qu'un bon système immunitaire pouvait permettre de se débarrasser du VIH "en quelques semaines".

Depuis 2017, le professeur Montagnier relaie de nombreuses théories anti-vaccinales. Il affirmait par exemple que des vaccins pédiatriques étaient responsables de la mort subite du nourrisson. Une information démentie à plusieurs reprises. Il s'était également opposé en 2017 à la nouvelle politique vaccinale du gouvernement français. Une "dérive pathétique", estimaient à l'époque des membres de l'Académie nationale française de médecine qui réclamaient publiquement des sanctions. "Luc Montagnier accumule les impostures scientifiques et médicales à force de se prononcer dans des domaines où il n'est pas compétent", écrivaient-ils dans une tribune, citant plusieurs exemples.

Entre autres, l'extrait de Papaye fermentée fourni au Pape Jean-Paul II contre la maladie de Parkinson, le test diagnostique de la maladie de Lyme supposé détecter la bactérie dans le sang à partir des ondes électromagnétiques, de prétendues preuves de la réalité de la mémoire de l'eau sans la moindre publication. "La médecine bafouée, les patients mystifiés et nos concitoyens abusés. Qu'attendent les pouvoirs publics et les institutions de santé pour dénoncer ces dérives ?", concluaient-ils.

Ses positions contre la vaccination lui ont finalement permis de devenir une figure de proue du mouvement antivax pendant la crise du coronavirus. Sur Twitter, le Pr. Didier Raoult a rendu hommage à "un homme dont l'originalité, l'indépendance et les découvertes sur l'ARN ont permis la création du laboratoire qui a isolé et identifié le virus du SIDA". Il a jugé l'attention portée à ses dernières hypothèses "disproportionnée".